Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 08/11/2017

Au programme cette semaine : Laurent Cantet tente de retrouver la veine d’Entre les murs, Dayton et Faris le mojo de Little Miss Sunshine, Bustillo et Maury de suivre la trace d’Aja et Thierry Klifa de faire passer un téléfilm pour un film de cinéma.

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L’Atelier de Laurent Cantet

« L'Atelier » de Laurent Cantet

Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

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Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Rayon Vert

Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Suricate Magazine

Note : 7/10

 

Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton

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Se retranchant derrière leur sujet – et aussi derrière la structure du film de sport, très carrée et impliquant une certaine « efficacité » intrinsèque –, les réalisateurs pensent s’épargner les critiques sur l’indigence de leur scénario et de leur mise en scène. Car Battle of the Sexes, en dehors de son socle de réalité – et des prestation « drôlatiques » mais non moins « oscarisables » de Steve Carell et d’Emma Stone, tous les deux cabotins à souhait –, ne peut lutter à mains nues contre l’élan « feel good » bas de plafond qu’il dégage et son esthétique de reconstitution rétro balisée, sans la moindre aspérité.

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Note : 4/10

 

Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

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Formalistes crapoteux issus de l’école française des réalisateurs geeks et fiers de l’être, Alexandre Bustillo et Julien Maury montent à Hollywood et entendent bien marcher dans les pas d’un Alexandre Aja, en réalisant « leur » Colline à des yeux, à savoir une préquelle improbable du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Même si l’on se dit qu’il vaut parfois mieux s’enquiller un nanar « bien fait » et plus ou moins conscient de son statut, cet espèce de second degré sur l’esthétisation et l’exagération de la violence atteint souvent ses limites dans ce Leatherface, surtout en regard du film original de Hooper, lequel n’était absolument pas dans le même registre et ne méritait pas vraiment ce type de relecture poussive et cynique.

Note : 3,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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de Thierry_Klifa

Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10

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FILM FEST GENT 2017 – « Lake Bodom » de Taneli Mustonen

Quand un festival de cinéma non-spécialisé dans le film de genre choisi de sélectionner dans sa programmation un film comme celui-ci, il y a toujours un effet de curiosité qui attire le cinéphile, intrigué par ce qui a bien pu se dégager du film en question pour attirer les programmateurs et ainsi se différencier du tout venant de ce type de productions. Après la vision de Lake Bodom, on se dit que l’unique raison qui a pu pousser le Festival de Gand à le programmer est probablement la petite touche d’exotisme due à sa nationalité – finlandaise – et non ses qualités intrinsèques.

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Intrigués par un fait divers ayant eu lieu dans les années 60 sur les rives du lac Bodom, deux jeunes garçons décident d’emmener deux jeunes filles de leur école en excursion nocturne sur les lieux, pour mieux les effrayer à coups d’histoires macabres à la lueur du feu de camp, et de bruits douteux tous droits sortis du Projet Blair Witch. Mais les choses ne vont bien évidemment pas se passer comme prévu.

Il est difficile de parler d’un film comme celui-ci sans le « spoiler » allègrement. Donc, allons-y : après une demi-heure de film, la situation s’inverse quand le spectateur se rend compte que « tel est pris qui croyait prendre » et que les véritables victimes sont ici les deux pauvres garçons, cibles d’une terrible vengeance orchestrée par les deux filles, suite à une sordide histoire de sextape et autres rumeurs à caractère sexuel. Mais une fois cette partie « revenge movie » dépassée – après de longs tunnels dialogués très dispensables – le film glisse de nouveau dans un nouveau sous-genre du film d’horreur : le survival.

Car il est bien entendu qu’un film d’horreur digne de ce nom, garant de référents moraux et de clichés rétrogrades, ne peut laisser s’en tirer à si bon compte des personnages féminins revanchards et manipulateurs. Lake Bodom joue donc une ultime fois au jeu de l’arroseur arrosé dans une dernière partie punitive. Il y a dans ce calvaire final une dimension d’abstraction semi-expérimentale – coupes et fondus au noir en cascade, sur une bande sonore bien crapoteuse – qui pourraient être vue comme « audacieuse » mais ne réussit pas à sauver le film de l’ennui et de la banalité desquels le Festival de Gand a eu la grandeur d’âme de vouloir le sortir pour donner l’illusion, un court moment, qu’il était plus digne et plus « auteur » qu’une joyeuseté décomplexée du BIFFF.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


Sorties Cinéma – 13/09/2017

Cette semaine marque le retour de Tom Cruise à du divertissement de qualité, celui de Michel Hazanavicius à la comédie de pastiche, et celui de Darren Aronofsky au grand n’importe quoi.

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American Made de Doug Liman

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Le personnage de Barry Seal est une sorte de pantin désarticulé, brinquebalé entre les intérêts de deux camps opposés, mais aussi aveuglé par le goût de l’adrénaline et l’appât du gain. Comme Maverick dans Top Gun, il est gouverné par cette idée – plus inconsciente, dans le cas présent – de vouloir toujours se dépasser, suivant le culte du « toujours plus haut, toujours plus fort » qui est à la fois le moteur et la malédiction de nombre de personnages de la fiction américaine. Mais (…) là où, dans Top Gun, Maverick échouait puis se relevait, pour revenir encore plus fort et déterminé, Barry Seal est un personnage qui se croit invincible mais finit par être rattrapé par des forces et des enjeux qui le dépassent. Ayant volé trop près du soleil, il est ainsi condamné à se brûler les ailes et à tomber.

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Note : 6,5/10

 

Le Redoutable de Michel Hazanavicius

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L’hommage pourrait apparaître comme un brin naïf, et il l’est forcément un petit peu, mais il participe de cette dialectique qu’installe le film entre une réelle admiration pour son sujet et une certaine irrévérence – quoique tout de même contrôlée – vis-à-vis du « monument » Godard. Car s’il ne fait aucun doute qu’Hazanavicius aime Godard cinéaste – ne serait-ce que par cette façon presque fétichiste de recréer des images –, il n’hésite également pas à le bousculer de toutes les manières possibles et imaginables : renversé et piétiné dans les manifestations de mai 68, hué et chahuté lors de meetings des étudiants communistes, ou encore à travers sa paire de lunettes, cassée à de nombreuses reprises. De là à ce que l’on puisse dire que le film utilise cette image des lunettes brisées pour remettre en question l’œil du cinéaste et le regard qu’il porte sur son art, il n’y a qu’un pas qui peut aisément être franchi.

Lire le texte complet sur Le Suricate Magazine

Note : 6,5/10

 

Mother! de Darren Aronofsky

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Le goût douteux de Darren Aronofsky pour la monstration de la souffrance et toute la martyrologie crapoteuse qui va avec ont une nouvelle occasion de s’exprimer à travers ce Mother!, sorte d’apogée de « l’art » du cinéaste. À part dans le paroxystique Requiem for a Dream, Aronofsky avait rarement atteint un tel degré de complaisance dans le petit théâtre misanthrope où il fait évoluer ses personnages. Associée à la lourdeur symboliste dont il est coutumier – érigée en dogme par l’épouvantable The Fountain –, cette tendance crypto-mystico-moraliste de l’auteur lui fait pondre avec Mother! un de ces films les plus pénibles, une expérience aussi éprouvante que creuse, dont la construction en diptyque ne fait qu’accentuer le radotage. Le film n’hésite en effet pas à asséner son discours abscons deux fois de suite, en infligeant à répétition l’envahissement de son espace personnel au personnage de madone « trash » incarné avec une conviction suicidaire par une Jennifer Lawrence tout en crises d’hystérie et en spasmes grimaçants.

Note : 2/10


BIFFF 2017 – Tops et flops

Le 35ème BIFFF s’est clôturé hier, après plus d’une centaine de projections. Sur cette quantité de films, il nous a été donné d’en voir une trentaine. Petit retour, donc, sur ce qui a été vu, le pire et le meilleur.

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Top 5 :

1/ Safe Neighborhood de Chris Peckover

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2/ The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

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3/ Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

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4/ Tarde para la ira de Raúl Arévalo

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5/ Tunnel de Kim Seong-hun

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Flop 3 :

1/ Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

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2/ Eat Local de Jason Flemyng

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3/ Bloodlands de Steven Kastrissios

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Le BIFFF s’est tenu du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Jours 11, 12 et 13

La fin du BIFFF fut calme – de notre côté – et pauvre en découvertes. Il faut dire que deux semaines de visionnages intensifs, de Troll et d’ambiance électrisante nous auront bien fatigué.

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Vendredi 14 avril

 

Will You Be There ? de Hong Ji-young

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En sachant que ce film coréen est adapté d’un roman de Guillaume Musso, on sait plus ou moins ce qu’on va y trouver, à savoir une romance, des bons sentiments et un peu de surnaturel – en l’occurrence un paradoxe temporel assez classique. Étant donné qu’il est difficile de rater totalement un film sur le voyage dans le temps – l’aspect ludique reprenant toujours le dessus sur la dimension de déjà-vu – Will You Be There ? est largement regardable, malgré les lourdeurs scénaristiques et de mise en scène, notamment un usage pénible des ralentis musicaux.

 

Samedi 15 avril

 

Prooi de Dick Maas

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Si un quelconque esprit malade sera tenté de voir dans cette série B hollandaise une parabole de la société se retournant contre ses citoyens – après tout, il s’agit bien d’un lion, emblème nationale, terrorisant les habitants d’Amsterdam –, la seule chose à y voir de fait est son effet spécial principal, ce lion en animatronique, particulièrement gratiné et ringard, qui prend un malin plaisir à décimer du mauvais acteur néerlandais. Parfois, il faut se contenter de peu….

 

Don’t Kill It de Mike Mendez

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Dans cette série B assumée et destinée au marché DVD et VOD, l’immarcescible Dolph Lundgren livre un combat sans merci à une entité antédiluvienne qui prend possession des corps pour répandre la mort. C’est assez laid visuellement, pas vraiment « fun », mais ça rempli le contrat de base, à savoir pas grand-chose.

 

Dimanche 16 avril

 

Storm : Letters van vuur de Dennis Bots

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La séance communautaire du BIFFF, réservée exclusivement aux jeunes enfants néerlandophones, puisqu’elle présentait un film familial en néerlandais sans sous-titres. On se demande donc bien pourquoi ce film-ci n’a pas été sous-titré, étant donné que tous les autres du festival l’ont été. Au-delà de ça, Storm est une aventure historico-enfantine à forte portée didactique sur le moyen-âge anversois et les écrits de Martin Luther. Ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux petits films de l’Historium de Bruges (pour ceux qui l’ont visité – minute « private joke »).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Palmarès

La 35ème édition du BIFFF s’est clôturée dimanche 16 avril par la remise des prix et la projection de The Bar d’Alex de la Iglesia. Le film Safe Neighborhood de Chris Peckover a obtenu la récompense suprême, le Corbeau d’Or, un prix amplement mérité.

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Prix de la critique : Tunnel de Kim Seong-hun

(Jury : David Hainaut, Marc Bussens et Olivier Clinckart)

 

Compétition 7ème Parallèle

(Jury : Lucile Poulain, Bénédicte Philippon, Xavier Seron et Aaron Christensen)

Prix du 7ème Parallèle : Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert

Mention spéciale : Saving Sally d’Avid Liongoren

 

Compétition Thriller

(Jury : Kody Kim, Jacques de Pierpont et Patrick Reynal)

Prix du Meilleur Thriller : At the End of the Tunnel de Rodrigo Grande

Mention spéciale : Free Fire de Ben Wheatley

 

Compétition européenne

(Jury : Khadija Leclère, Anne-Laure Guégan, Martin Vachiéry, Riton Liebman, Jean-Jacques Rausin et Sylvain Goldberg)

Méliès d’Argent : Small Town Killers d’Ole Bornebal

Mention spéciale : Orbiter 9 de Hatem Khraiche

 

Compétition internationale :

(Jury : Christina Lindberg, Mar Targarona, Macarena Gomez, Axelle Carolyn et Euzhan Palcy)

Corbeau d’Or : Safe Neighborhood de Chris Peckover

Corbeau d’Argent : The Mermaid de Stephen Chow et We Go On de Jesse Holland et Andy Mitton

Mention spéciale : Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

 

Prix du public : The Autopsy of Jane Doe d’André Øvredal

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – « Replace » de Norbert Keil (pour/contre)

L’allemand Norbert Keil est un grand fan du BIFFF, au point d’y être resté pratiquement tout le long de cette 35ème édition, et surtout à celui de lui réserver la primeur de son film, présenté donc en première mondiale mardi passé au Palais des Beaux-Arts. Replace est un récit de dévoration et de régénération, une parabole sur la peur de vieillir et une histoire d’amour tordue. Mais c’est aussi à la fois un film d’horreur assez gore et une divagation auteurisante aux ambitions visuelles et thématiques quelque peu démesurées. Il fallait donc bien deux regards pour appréhender ce film multiple.

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Pour :

Derrière son côté arty déplaisant et poseur, le film essaie d’explorer une idée intéressante : celle de la dévoration des corps qui se présentent de manière éphémère au spectateur lorsqu’il regarde un film. Le personnage voit en effet sa peau sécher et vieillir prématurément. Pour suivre à la momification, elle se met en quête de la peau d’autres femmes. On pourrait ainsi y voir une métaphore de l’acteur de cinéma, condamné à disparaître et à s’envoler en poussière. Replace serait alors une tentative de déconstruire ce principe fondateur sauf que, malheureusement, le réalisateur ne semble pas tellement se poser les mêmes questions que nous et préfère faire tourner sa fable au grotesque. Replace nous aura au moins permis de rêver de ce film le temps de la projection. (Guillaume Richard)

 

Contre :

Curieux film que ce Replace, qui semble partagé entre deux volontés : celle de s’ancrer dans un cinéma « arty » à prétention esthétisante mais qui semble plus se baser sur des canons publicitaires ou clipesques que cinématographique, et celle de proposer un film de genre référencé avec une part de grand-guignolesque assumée. Dans les faits, le film est d’ailleurs clairement coupé en deux, le côté « arty » insupportable investissant nettement plus la première partie que la seconde, laquelle laisse plus de place au raté, à l’imperfection. Ce film sur la chair en putréfaction et le vieillissement accéléré voudrait bien faire penser à Cronenberg, mais n’y parvient que par ses thèmes, jamais par sa mise en scène ou sa photographie qui pousse à l’extrême la saturation des sources de lumières et les effets de voiles. Dans ce cas, trop de stylisation tue le style. (Thibaut Grégoire)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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