Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 13/09/2017

Cette semaine marque le retour de Tom Cruise à du divertissement de qualité, celui de Michel Hazanavicius à la comédie de pastiche, et celui de Darren Aronofsky au grand n’importe quoi.

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American Made de Doug Liman

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Le personnage de Barry Seal est une sorte de pantin désarticulé, brinquebalé entre les intérêts de deux camps opposés, mais aussi aveuglé par le goût de l’adrénaline et l’appât du gain. Comme Maverick dans Top Gun, il est gouverné par cette idée – plus inconsciente, dans le cas présent – de vouloir toujours se dépasser, suivant le culte du « toujours plus haut, toujours plus fort » qui est à la fois le moteur et la malédiction de nombre de personnages de la fiction américaine. Mais (…) là où, dans Top Gun, Maverick échouait puis se relevait, pour revenir encore plus fort et déterminé, Barry Seal est un personnage qui se croit invincible mais finit par être rattrapé par des forces et des enjeux qui le dépassent. Ayant volé trop près du soleil, il est ainsi condamné à se brûler les ailes et à tomber.

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Note : 6,5/10

 

Le Redoutable de Michel Hazanavicius

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L’hommage pourrait apparaître comme un brin naïf, et il l’est forcément un petit peu, mais il participe de cette dialectique qu’installe le film entre une réelle admiration pour son sujet et une certaine irrévérence – quoique tout de même contrôlée – vis-à-vis du « monument » Godard. Car s’il ne fait aucun doute qu’Hazanavicius aime Godard cinéaste – ne serait-ce que par cette façon presque fétichiste de recréer des images –, il n’hésite également pas à le bousculer de toutes les manières possibles et imaginables : renversé et piétiné dans les manifestations de mai 68, hué et chahuté lors de meetings des étudiants communistes, ou encore à travers sa paire de lunettes, cassée à de nombreuses reprises. De là à ce que l’on puisse dire que le film utilise cette image des lunettes brisées pour remettre en question l’œil du cinéaste et le regard qu’il porte sur son art, il n’y a qu’un pas qui peut aisément être franchi.

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Note : 6,5/10

 

Mother! de Darren Aronofsky

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Le goût douteux de Darren Aronofsky pour la monstration de la souffrance et toute la martyrologie crapoteuse qui va avec ont une nouvelle occasion de s’exprimer à travers ce Mother!, sorte d’apogée de « l’art » du cinéaste. À part dans le paroxystique Requiem for a Dream, Aronofsky avait rarement atteint un tel degré de complaisance dans le petit théâtre misanthrope où il fait évoluer ses personnages. Associée à la lourdeur symboliste dont il est coutumier – érigée en dogme par l’épouvantable The Fountain –, cette tendance crypto-mystico-moraliste de l’auteur lui fait pondre avec Mother! un de ces films les plus pénibles, une expérience aussi éprouvante que creuse, dont la construction en diptyque ne fait qu’accentuer le radotage. Le film n’hésite en effet pas à asséner son discours abscons deux fois de suite, en infligeant à répétition l’envahissement de son espace personnel au personnage de madone « trash » incarné avec une conviction suicidaire par une Jennifer Lawrence tout en crises d’hystérie et en spasmes grimaçants.

Note : 2/10

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Sorties Cinéma – 26/04/2017

Cette semaine, un thriller espagnol surprend, les gardiens de la galaxie capitalisent sur leurs acquis, un teen-movie s’embourbe dans les clichés et Pierre Richard gâtifie comme jamais.

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La Colère d’un homme patient de Raúl Arévalo

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L’appréhension que l’on peut éprouver devant un film de cet acabit est souvent lié à la dimension toujours assez droitière de scénarios unilatéraux mettant en scène des « autojusticiers » dont la souffrance initiale semble justifier un déferlement de violence sur les cibles de leur vendetta personnelle. (…) Tarde para la ira parvient à éviter cet écueil, en jouant précisément avec les attentes liées au genre. (…) Le film remplit son contrat et respecte ses enjeux de série B basique, mais de manière détournée.

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Les Gardiens de la galaxie Vol 2 de James Gunn

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Ce deuxième épisode des Gardiens de la galaxie capitalise un maximum sur les recettes du premier (humour omniprésent, bande originale vintage,…) et ajoute une donnée légèrement putassière, le passage du personnage de Groot au « trop mignon » Baby Groot, probablement destiné à gagner des points chez un public enfantin ou féminin. Dans sa dernière partie, le film se fait étonnamment sentimental, voire larmoyant, et finit par faire l’éloge unilatéral de l’esprit de famille et du conformisme, un comble pour une franchise qui réclamait au départ une certaine indépendance vis-à-vis de l’univers Marvel. Le seul film Marvel réellement subversif reste à ce jour Deadpool, et ce Gardiens de la galaxie 2 se classe plutôt parmi les plus lisses et conventionnels.

 

The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig

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L’impression qui domine à la vision de The Edge of Seventeen est celle d’avoir déjà vu ce teen-movie des dizaines de fois. Rien ne dévie jamais du récit de passage et d’acceptation, et des clichés du genre. Le psychologisme approximatif du mélodrame familial, la pauvreté flagrante de la mise en scène, les personnages stéréotypés (la mère fantasque, le prof cool, le « nerd » amoureux transi,…) et l’interprète principale (Hailee Steinfeld, particulièrement crispante) sont autant d’éléments rébarbatifs qui contribuent à couler ce film sans reliefs ni aspérités.

 

Un profil pour deux de Stéphane Robelin

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Comme on peut s’y attendre, Un profil pour deux est rempli de bons sentiments, de personnages stéréotypés et prend l’allure et l’esthétique d’un téléfilm ciblé pour un public assez âgé. Le film se permet bien l’un ou l’autre dérapage contrôlé concernant notamment son trio amoureux légèrement atypique, mais ne manque pas de retomber sur ses pattes lors d’un final pétri de politiquement correct, où tout le monde retrouve bien sa place – les jeunes entre eux, les vieux entre eux, etc.

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Le Procès du siècle de Mick Jackson

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Un film didactique, plat et assez ambigu sur le procès qui opposa l’historienne Deborah Lipstadt au négationniste David Irving, au début des années 2000. Lipstadt étant contrainte de démontrer l’existence de l’Holocauste après avoir été traînée en justice par Irving – qu’elle a préalablement traité de menteur –, le film se concentre sur le travail de ses avocats et donne à l’historienne un rôle assez ingrat, celui d’une femme bornée qui semble ne pas comprendre la différence entre émotion et factualité. Cette stéréotypisation outrancière du personnage et l’espèce de neutralité froide avec laquelle est abordé celui de son adversaire contribuent à rendre très antipathique ce téléfilm même pas amélioré.


BIFFF 2017 – Jours 5 et 6

Week-end au rythme de croisière pour le BIFFF, avec des fantômes iraniens, un croquemitaine irlandais, des aliens russes ou encore un John Wayne français….

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Samedi 8 avril

 

Under the Shadow de Babak Anvari

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Ce film iranien a apparemment fait sensation à Sundance et est désigné par quelques amateurs de genre comme « le meilleur film d’horreur » de l’année. En dehors de cette hallucination collective incompréhensible, on peut éventuellement dire qu’il s’agit d’un mix improbable entre le début de Poltergeist – avant que ça devienne bien – et le cinéma d’Asghar Farhadi. Si le film avait été américain ou bulgare, personne n’en aurait parlé, mais le politiquement correct à la vie dure.

 

Nails de Dennis Bartok

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Un film de croquemitaine vraisemblablement à très petit budget – les couloirs de l’hôpital où se déroule l’action ressemblent à ceux d’un taudis de Tchernobyl –, Nails rempli plus ou moins son contrat réglementaire, à savoir un monstre très laid et très flippant, des « jumps scares » à n’en plus pouvoir et une héroïne qui crie très bien. À part ça, pas grand-chose à se mettre sous les ongles, mais ce n’est déjà pas si mal….

 

Attraction de Fedor Bondarchuck

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Se voulant le pendant russe d’Independance Day et de sa suite, Attraction parvient à rivaliser avec son modèle américain sur le plan des effets spéciaux, effectivement irréprochables, mais échoue à y apporter une dimension de folie, à ouvrir ses horizons et à sortir du récit étriqué de petits conflits entre personnages peu intéressants. Le début était pourtant visuellement prometteur et ébauchait une piste de « teen movie » pas désagréable, malheureusement développée plus tard en sous-ersatz de Twilight, à la sauce extra-terrestre.

 

Dimanche 9 avril

 

Safe Neighborhood de Chris Peckover

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Se présentant dans un premier temps comme un « home invasion » classique, Safe Neighborhood joue en réalité avec ces attentes-là, avec l’état blasé des spectateurs face à ce sous-genre, pour justement jouer un tour pendable à son public. Car il s’agit, en réalité, de tout sauf d’un « home invasion ». Du « pitch » initial – un jeune garçon et sa tout aussi jeune baby-sitter aux prises avec un intrus cherchant à pénétrer leur maison, un soir d’absence parentale – le film ne fait qu’une bouchée pour le digérer complètement et partir dans une toute autre direction, sitôt qu’un retournement de situation franchement imprévisible vient rebattre les cartes tant sur le plan du scénario que du genre, et même de la mise en scène.

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Le Serpent aux mille coupures d’Éric Valette

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Éric Valette veut faire du cinéma de genre en France et le fait certainement avec beaucoup de sincérité mais se cogne à un mur factuel, celui de ne pas pouvoir verser une culture dans une autre, une cinématographie dans une autre. Dans Le Serpent aux mille coupures, il est difficile d’assimiler des dialogues très premier degré qui passeraient peut-être en anglais mais sont difficiles à digérer en français. De la même manière, le film se voulant une sorte de western moderne, imaginer Tomer Sisley en John Wayne ou encore Pascal Greggory en shérif intègre est une gageure trop importante pour le spectateur démuni devant ce qui ressemble au final plus à un téléfilm France 3 qu’à un hommage à John Ford.

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2016 – Jours 7 et 8

Les deux purges découvertes lundi et mardi ne viendront pas assombrir un beau paysage… il y avait trois bonnes surprises dans la programmation du BIFFF en ce début de semaine : du contemplatif, du délirant et de l’animé.

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Lundi 4 avril

 

Into the Forest de Patricia Rozema

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Tout comme The Survivalist, Into the Forest est un survival post-apocalyptique à caractère intimiste. Le film de Patricia Rozema se focalise sur deux sœurs tentant de subsister – et de combattre l’ennui – dans une grande maison perdue à la lisière des bois, alors que le monde s’écroule peu à peu depuis le début d’une panne globale d’électricité.

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Note : 7/10

 

The End de Guillaume Nicloux

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En salle, ce court-métrage étiré sur une heure et demi, dont on peine à saisir la portée métaphysique apparemment voulue, est passé comme une lettre à la poste grâce aux commentaires des festivaliers, en forme comme jamais. Il faut dire que le film donnait le bâton pour se faire battre, avec son Depardieu tout en relâchement et en éructations bourrues, ses déambulations faussement poétiques et ses seconds rôles tapés. Même mauvais, le film aurait peut-être mérité de ne pas être présenté au BIFFF, afin d’éviter d’être lynché comme il l’a été.

Note : 3,5/10

 

Mardi 5 avril

 

The Call Up de Charles Barker

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Une bande de « gamers » sont rassemblés dans un immeuble désert afin de participer à un jeu virtuel d’un nouveau genre, dont le but est tout de même de dégommer des terroristes. De niveau en niveau, ils se rendent compte que ce jeu n’en est peut être pas un et qu’ils sont probablement les victimes d’un méchant traquenard. L’enjeu de ce Doom low-cost se résume à cela, et surtout à une absence d’idées flagrante, à des acteurs mauvais comme des cochons et à une musique binaire insupportable. Pénible !

Note : 2/10

 

Yoga Hosers de Kevin Smith

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Reprenant des gimmicks et des personnages de son précédent film, Tusk – les deux films sont les deux premiers épisodes d’une trilogie consacrée au Canada –, Kevin Smith s’en éloigne tout de même en assumant pleinement ce qu’il avait du mal à maximiser dans le premier, à savoir le n’importe quoi absolu et l’humour bête et méchant.

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Note : 7,5/10

 

Seoul Station de Yeon Sang-ho

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Yeon Sang-ho avait déjà fait montre d’une noirceur teintée de misanthropie dans ses deux films précédents – The King of Pigs et The Fake. Seoul Station est évidemment empreint de ce même esprit parfois très pesant, mais l’allégorie des zombies pour parler de la situation socio-économique de son pays et de l’effet sur les individus s’avère plus pertinente et originale que prévu. Le film peut se voir comme un excellent film de genre mais également comme une charge politique extrêmement féroce. Petit bémol concernant une dernière partie en forme de twist scénaristique roublard et baignée d’un pessimisme systématique, que le réalisateur semble infliger comme une claque déplaisante à son spectateur.

Note : 6,5/10

 

Le BIFFF se tient du 29 mars au 10 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


« Les Minions » de Pierre Coffin et Kyle Balda : Jaunes et pas jolis

Depuis le premier opus de Moi, moche et méchant, les personnages des Minions, ces petites créatures jaunes en forme de tic-tacs sur pattes, sont devenus un véritable phénomène de société. Il faut voir le nombre de produits dérivés estampillés « Minions » qui séduisent autant les enfants que les jeunes adultes. Partant de là, il était difficile d’échapper à un film entièrement consacré à ceux qui n’étaient à la base que des personnages secondaires, faire-valoir du méchant Gru.

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Le tout était de savoir si le pari allait tenir la route, sachant que les Minions parlent exclusivement dans un langage abscons faits d’onomatopées et de mots hétéroclites empruntés à gauche et à droite. De ce côté-là, le film ne se mouille pas trop car il choisit de leur accoler une voix-off et des personnages secondaires assurant la partie dialoguée. On n’est donc pas dans la démarche plus radicale qui avait été faite par le studio Aardman pour le long métrage de Shaun The Sheep, même si les deux films ont des similitudes.

Côté scénario, Les Minions se présente comme une « prequel » de Moi, Moche et méchant, puisque le film suit, dans un premier temps, toute la communauté des Minions, se cherchant un « Big Boss » – le plus méchant possible – à travers les âges. Cette idée donne lieu à quelques unes des scènes les plus drôles du film, où l’on découvre que les Minions sont responsables de la disparition des dinosaures, des pharaons, de Dracula, et bien d’autres encore. Ensuite, le film se resserre sur un plus petit groupe de Minions – tout comme dans Shaun the Sheep –, partant à la recherche du méchant suprême auquel se dévouer, afin d’obtenir le bonheur auquel ils aspirent. Dans leur quête, les Minions Kevin, Stuart et Bob se retrouvent dans le Londres des années 60, à aider la maléfique Scarlett Overkill (Sandra Bullock en VO, Marion Cotillard en VF) à s’emparer de la couronne britannique.

Visuellement, l’incrustation des Minions dans les villes des années 60 – d’abord New York, puis Londres – ainsi que le lot de références à la culture pop qui vont avec fonctionnent à plein régime et apportent un cachet particulier à cette aventure, par rapport à la saga des Moi, moche et méchant. De plus, l’humour bête mais diablement efficace qui a fait le succès des Minions est ici forcément décuplé et maximisé, pour faire passer l’humour dialogué sur un plan plus secondaire. Le potentiel burlesque des Minions est bel et bien présent.

Mais c’est finalement du langage que ressort ce qu’il y a de plus drôle dans Les Minions – du moins pour un spectateur francophone. On sait que le créateur de ces personnages, Pierre Coffin, est français, et il ne s’est pas privé d’insérer toute une série de mots et de références francophones dans le charabia que parlent ses Minions – auxquels il prête d’ailleurs sa voix. Voilà pourquoi il ne faut pas s’étonner d’entendre des choses aussi incongrues que « Merguez moules frites », « Papaoutai » ou « Topaloff » dans leurs bouches, au milieu d’expressions anglaises et espagnoles, mixées à l’extrême dans un grand maelström délirant. Voilà aussi pourquoi un spectateur adulte prendra plus de plaisir à découvrir le film en version originale, ne serait-ce que pour se dire que le spectateur anglo-saxon n’aura pas, de son côté, la possibilité de rire de la même manière devant ces références-là.

Thibaut Grégoire

 

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« Malavita » de Luc Besson : Tourner avec De Niro – Check, faire un film de mafia – Check, …

Adapté d’un roman de Tonino Benacquista – par ailleurs assez agréable à lire – le nouveau Besson tente un hommage appuyé aux films de gangsters new-yorkais, et plus particulièrement à ceux de Martin Scorsese, en leur empruntant leur figure de proue, l’acteur-cachetonneur Robert De Niro.

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En octroyant à Scorsese le titre honorifique de producteur exécutif, Luc Besson se donne par la même occasion la légitimité pour le pasticher allégrement. Mais c’est également là qu’il se vautre, puisqu’il n’arrive jamais à rendre ne serait-ce qu’un minimum de justice à son modèle et livre un résultat d’une effarante platitude.

Il y avait pourtant matière à une correcte comédie noire dans les mésaventures de la famille Manzoni/Blake, contrainte de se terrer dans un bled perdu de Normandie sous un nom d’emprunt, dans le cadre d’un programme de protection des témoins. Giovanni Manzoni, alias Fred Blake (De Niro), a en effet trahi son clan et se retrouve donc dans la ligne de mire de tous les tueurs à gages assoiffés de sang, à la solde de son ancien patron. Placé sous la protection de l’agent Stansfield (Tommy Lee Jones), il doit se battre avec ses pulsions psychopathes et son envie irrépressible de s’épancher sur son passé de tueur, afin de faire bonne figure devant ses nouveaux voisins, tandis que sa femme pyromane (Michelle Pfeiffer), son fils magouilleur et sa fille violente mènent la vie dure à de vieilles habitudes embarrassantes.

De ce pitch en or, Besson parvient à ne rien tirer, et accouche d’une sorte de sitcom très politiquement correcte. Tout est finalement très lisse, et aucune réelle aspérité ne dépasse de ce tableau convenu d’une famille mafieuse comme la décrirait une série télé de prime-time, tandis que la profusion de clichés honteux sur la France en ferait presque oublier que c’est un français qui est aux manettes. Mais pour atteindre un public le plus large et international possible, Besson n’a finalement que peu de scrupules à décrire son pays comme une nation de mangeurs de camemberts idiots.

Abandonnant ses personnages en cours de route, ou oubliant carrément de les traiter – le personnage de la fille se transforme comme par magie en amoureuse éplorée, Tommy Lee Jones n’a strictement rien à défendre,… – Besson enchaîne les scènes à faire comme on coche les cases d’une fiche d’impôts. Dans son application de fonctionnaire, il parvient même à rater une scène qui aurait au mieux pu être fabuleuse, au pire au moins efficace. Quand Manzoni se retrouve à devoir commenter Les Affranchis de Scorsese, devant un ciné-club local, il n’y finalement rien qui se passe. Alors que De Niro aurait pu se retrouver confronté à sa propre image des années plus tôt, alors que la mise en abyme aurait pu être vertigineuse, aucun plan de Scorsese ne surgit et d’ignobles ellipses tuent dans l’œuf ce qui aurait pu apporter au film un minimum de sympathie.

Alors que rien ne s’est passé, tant sur le plan narratif que cinématographique, le film se termine à la va-vite dans un climax bâclé qui tombe comme un cheveu sur la soupe. Il ne subsiste donc strictement rien suite à la vision de ce travail d’un faiseur même pas virtuose, si ce n’est la désagréable impression d’avoir été floué… une fois de plus.

Thibaut Grégoire