Critique et analyse cinématographique

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« Félicité » d’Alain Gomis : Drame social transcendé

Pour son quatrième long métrage de cinéma – depuis le dernier, il y en a eu un pour la télévision (Les Délices du monde) – le réalisateur Alain Gomis (L’Afrance, Andalucia, Aujourd’hui) a eu comme impulsion de base l’envie d’intégrer la musique du groupe Kasai Allstars dans un film de fiction et de filmer Kinshasa, une ville à laquelle il est a priori étranger, dans une langue qui lui est tout aussi étrangère, le lingala. L’ancrage quasiment documentaire que prend Félicité dans son filmage et dans l’approche du décor, laisse malgré tout libre cours au style et aux thèmes du cinéaste, dont l’œuvre est toujours parcourue de personnages en errance et d’envolées lyriques fulgurantes.

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Chanteuse dans un bar à Kinshasa, Félicité a toujours revendiqué sa liberté et son indépendance dans une société qui ne les permettent pas toujours. Mais lorsque son fils Samo est victime d’un accident de moto et risque l’amputation d’une jambe, elle met tout en œuvre pour récolter les fonds afin de payer l’opération, quitte à aller quémander de l’argent, à aller forcer le remboursement de dettes qui lui sont dues. Dans un même temps, Tabu, célibataire flambeur et bon vivant, porte un regard bienveillant sur cette femme pour qui il éprouve silencieusement, mais finalement assez ostensiblement, des sentiments.

Cette base scénaristique semble faire acheminer le film vers une dimension de drame social systématisé, avec un enjeu fort et une structure répétitive, en visites et conçue comme un long chemin douloureux pour l’héroïne. Et le film revêt effectivement en partie cet aspect-là lors de sa première partie, côtoyant presque la construction scénaristique des films les plus systématiques des frères Dardenne (Deux jours une nuit et La Fille inconnue). Mais si cette impression semble perdurer tout le long de cette première heure, Alain Gomis parvient tout de même à mettre à distance l’aspect quadrillé de sa structure par sa mise en scène toujours très ample et ouverte, par l’importance qu’il donne aux scènes musicales et par des saillies poétiques qui interviennent toujours de manière impromptue.

Et puis, surtout, ce film social trouve un terme à mi-parcours, une conclusion à rebours de ce qu’on pourrait attendre et qui déboule un peu sans crier gare. Arrivée au bout de sa croisade pour sauver la jambe de son fils, Félicité est exténuée et l’issue de sa course contre la montre la laisse sur les genoux. Le film pourrait s’arrêter là – il s’arrêterait si l’on était justement dans un cinéma social « coup-de-poing », à la Ken Loach – mais il continue, il montre l’après, il stagne, il continue à vivre, donnant dès lors aux personnages l’occasion d’exister à nouveau, de trouver une certaine forme de salut.

Le projet même du film repose sur cette construction en deux parties : une première qui s’ancre dans une sorte du sous-genre du cinéma d’auteur international, mais qui le dépasse complètement par la mise en scène et par une aération poétique et musicale ; puis une deuxième qui s’en éloigne, qui fait renaître les personnages et les situations qui semblaient usés et épuisés par cette première partie à la dimension mortifère et anxiogène, comme si une autre proposition de cinéma, une autre possibilité, naissait des cendres du drame oppressant qui s’était joué dans la première heure. C’est ce qui fait véritablement la beauté du film d’Alain Gomis : cette construction en diptyque en est presque le sujet. Plus que l’histoire d’une mère-courage ou d’un amour qui naît, Félicité conte celle d’un cinéma qui trouve sa voie personnelle dans un chemin balisé, et qui crée du neuf à partir de l’épuisement narratif d’une forme poussée dans ses extrémités.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 22/02/2017

Les retours de Shyamalan, de John Wick et de Canet réalisateur ne sont pas à mettre sur le même plan, mais sont ce qu’il y a à retenir de cette semaine de sorties.

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Split de M. Night Shyamalan

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M. Night Shyamalan retrouve son cinéma – dans tous les sens du terme – dans ce presque huis-clos psychologique où le fantastique n’est jamais certain et où le passage d’un genre à un autre s’appuie sur un système de croyance qui est depuis le début la pierre angulaire de l’œuvre du cinéaste. Si l’arc du film ne repose pas – comme certains des films les plus emblématiques de Shyamalan – sur un twist final, mais plutôt sur une montée en puissance irréversible, la toute dernière scène, très courte et presque anecdotique, donne à Split une place très précise dans la filmographie du réalisateur et le fait reconsidérer sous un autre angle.

 

John Wick 2 de Chad Stahelski

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Lors de la première heure, le film semble rejouer – de manière plus lourdingue – la partition du premier, même si les scènes de cascades chorégraphiées restent assez fascinantes à regarder. Mais c’est lors de sa deuxième partie qu’il se montre plus ludique, en apportant des variations salutaires. Alors que le personnage de John Wick n’était alors présenté que comme un pur corps d’action, une masse physique increvable et une menace pour quiconque rencontrait son chemin, il se retrouve enfin en position de vulnérabilité, devenant lui-même la cible d’une vendetta généralisée. De vecteur principal de l’action, il devient celui qui la subit et passe le reste du film en situation de survivance, situation que la conclusion semble vouloir encore accentuer en vue d’un troisième volet qui s’annonce encore plus fébrile et dangereux.

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Rock’n Roll de Guillaume Canet

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Après une première partie atteignant des sommets de « beaufitude » franchouillarde et égocentrée, Guillaume Canet trouve enfin quelque chose à dire et à filmer en transformant son égo-trip en film mutant sur la mutation de son personnage, et en tenant la note du sujet qu’il s’est enfin choisi, non sans avoir d’abord enfilé les scènes-sketchs vulgaires et pas drôles.

 

Sieranevada de Cristi Puiu

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Si le malaise de plus en plus grand que l’on ressent devant cette mouvance de films d’auteurs tous coulés dans le même moule – qui se complait à observer ses personnages paumés se faire du tort dans un style entomologique et distancié – est bien présent durant la longue vision de Sieranevada, il resurgit également à la lecture des notes d’intention du réalisateur, tant ce qui y est exprimé semble éloigné que ce qui transparaît dans le film. (…) On y comprend notamment que Cristi Puiu se rêve dans la continuité de Luis Buñuel et plus particulièrement de son Ange exterminateur, alors que son film renvoie plutôt aux règlements de compte familiaux façon Thomas Vinterberg (Festen).

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Timgad de Fabrice Benchaouche

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Feel-good movie indigent sur une équipe de foot junior en Algérie, gouverné jusqu’à l’écœurement par les bons sentiments et réalisé comme un téléfilm de seconde zone.


Sorties Cinéma – 08/02/2017

Au programme : Michael Keaton en mode « oscars » – en vain, pour le coup -, l’acoquinage interminable d’Andrea Arnold aux États-Unis, et l’adaptation lourdingue d’une BD adolescente.

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The Founder de John Lee Hancock

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À travers le récit peu reluisant du parcours de Ray Kroc et de sa bataille juridique contre les frères McDonald, c’est un portrait au vitriol du capitalisme à l’américaine que cet anti-biopic faussement neutre s’applique à édifier. Sous le vernis lisse d’une mise en scène et d’une esthétique « mainstream », le film esquisse une critique assez féroce du rêve américain, tandis que Michael Keaton livre une de ses prestations « hors-normes », les meilleures de cet acteur souvent à la lisière de la folie.

 

American Honey d’Andrea Arnold

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La britannique Andrea Arnold fait son film américain avec cette plongée dans la jeunesse « white trash » sous forme de road-movie déambulatoire. Si l’on se demandait encore pourquoi une grande partie de l’Amérique profonde à voté pour Donald Trump, on peut trouver quelques éléments de réponses ici, dans le regard méprisant et dégouté que porte sur elle l’intelligentsia européenne.

 

Seuls de David Moreau

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Ce qui surprenait dans la lecture de Seuls, c’était avant tout une vraie rupture entre l’esthétique très enfantine du dessin en ligne claire et le côté sombre de la trame narrative et des rebondissements de l’intrigue. Cet effet de surprise, et la dichotomie entre fond et forme, semble totalement avoir échappé au réalisateur David Moreau, trop à son affaire de pouvoir faire un semblant de film d’horreur adolescent et de composer des images dans les tons obscurs, automatiquement accolées au genre.

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Sorties Cinéma – 11/01/2017

Deux films mineurs mais accomplis tirent leur épingle du jeu cette semaine, envahie par les faux chefs-d’œuvre pompeux et autres films coups-de-poing nocifs.

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Jamais contente d’Émilie Deleuze

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Sous ses allures de petite comédie insignifiante, à la réalisation plutôt passe-partout, Jamais contente séduit dans ses détours et sur la longueur, parvenant même à imposer une certaine forme de montée en puissance – discrète, puisque le film reste dans le registre de la chronique –, et amenant l’air de rien son personnage principal vers un climax assez émouvant, sans être larmoyant pour autant.

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Olli Mäki de Juho Kuosmanen

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En choisissant de porter à l’écran cet épisode anecdotique et peu glorieux de l’histoire du sport finlandais, Kuosmanen prend d’emblée le parti de l’intimisme et ses distances avec le film de boxe proprement dit. Ceux qui attendraient un film sportif avec entraînement, montée en puissance et match en guise de climax seront irrémédiablement déçus par le film, tant l’enjeu de celui-ci est à mille lieues de ces considérations. Ces passages obligés sont pourtant bel et bien là, mais ils ne constituent jamais le centre de l’intrigue ou du cadre. Tout comme le regard d’Olli Mäki est constamment dévié vers sa petite amie Raija, celui du cinéaste est lui aussi continuellement orienté vers cette amourette – qui se transforme en amour puis en relation.

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Nocturnal Animals de Tom Ford

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Il n’y a pas grand-chose à sauver dans ce fatras prétentieux, mêlant un mauvais mélo, un thriller lambda bourré de clichés et le pire du cinéma « arty » américain dans ce qu’il a de plus kitsch et de plus démonstratif. On peut tout de même pointer la performance de Michael Shannon en shérif inquiétant, qui arrive toujours à proposer une véritable création d’acteur, même au sein d’un nanar déguisé en chef-d’œuvre.

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Home de Fien Troch

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Le Elephant de Fien Troch, dépeignant une « certaine » jeunesse flamande en plein mal-être (comme c’est original !), dans une esthétique et avec des artifices scénaristiques dignes d’une sitcom. On n’échappera pas à la culture du choc, quelques plans frontaux sur des sexes en érections et une sous-intrigue mêlant inceste et meurtre poisseux.

 

Clash de Mohamed Diab

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Présenté à Cannes dans la section Un Certain Regard, Clash a tout du petit choc festivalier en puissance, un film de petit malin, tout fier de son concept, qui confine des manifestants de bords politiques opposés dans un fourgon de police, durant les émeutes du Caire, en 2013. C’est l’occasion pour Mohamed Diab de s’adonner à un petit exercice de style doublé d’un jeu de massacre, dans lequel les personnages sont tous des fonctions scénaristiques, et qui privilégie l’affrontement hystérique à la réflexion.

 

The Birth of a Nation de Nate Parker

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The Birth of a Nation a tout de la petite sensation de festival, découvert à Sundance, et suscitant apparemment depuis une vive polémique aux USA. Il faut dire que, mal interprété, il peut vite devenir un appel à l’insurrection par les armes de la communauté noire pauvre. Mais il s’agit surtout d’un film classique et esthétisant sur l’esclavage, mis en scène comme un spectacle de fin d’année et phagocyté par son auteur-réalisateur-producteur-acteur, comédien épouvantable à l’égo apparemment démesuré et voulant faire son 12 Years a Slave, comme s’il s’agissait déjà d’une référence. Cela s’appelle un navet richement doté.


Le meilleur et le pire de 2016

Petit retour traditionnel et obligé sur l’année écoulée, sous forme de deux listes mettant en évidence ce qui était grand et ce qui ne l’était pas.

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Top 10 (ou 11)

(Difficile de départager les trois premiers et les trois derniers de ce top, d’où les égalités et le petit débordement d’un top 10 à un top 11.)

1/ Ma loute – Bruno Dumont

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=/ Paterson – Jim Jarmusch

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=/ Un jour avec, un jour sans – Hong Sang-soo

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4/ Midnight Special – Jeff Nichols

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5/ The Neon Demon – Nicolas Winding Refn

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6/ Elle – Paul Verhoeven

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7/ Rester Vertical – Alain Guiraudie

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8/ Les Huit salopards – Quentin Tarantino

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9/ Aquarius – Kleber Mendonça Filho

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=/ Brooklyn Village – Ira Sachs

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=/ Ce sentiment de l’été – Mikhaël Hers

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Nanars 2016 (grand cru)

(On retrouve plus de navets d’auteurs que de cornichoneries grand public dans cette liste non-exhaustive. Honneur aux films et aux « cinéastes » dont les ambitions démesurées ne s’accordent jamais avec l’étroitesse de leurs visions.)

1/ Divines – Houda Benyamina

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2/ Éternité – Tran Anh Hung

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3/ Collateral Beauty – David Frankel

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4/ La Pazza Gioia – Paolo Virzì

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5/ I, Daniel Blake – Ken Loach

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6/ Parasol – Valéry Rosier

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7/ L’Économie du couple – Joachim Lafosse

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8/ Le Disciple – Kirill Serebrennikov

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9/ Ils sont partout – Yvan Attal

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10/ Belgica – Felix Van Groeningen

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11/ The Danish Girl – Tom Hooper

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12/ Le Confessioni – Roberto Andò

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Sorties Cinéma – 14/12/2016

Quatre films passés à Cannes sortent dans nos salles cette semaine : de la compétition officielle, le Prix de la mise en scène d’Olivier Assayas et le dernier Park Chan-wook ; de la Quinzaine des Réalisateurs, un mélo-psycho-drame signé Bellocchio et une fable poujado-naïve par l’inénarrable Rachid Djaidani.

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Personal Shopper d’Olivier Assayas

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Assayas semble s’amuser à mêler ces trois films en un, en confrontant un même personnage à trois genres distincts : le film déambulatoire, le fantastique et le thriller. Il retourne ainsi vers l’esprit de films antérieurs, comme Irma Vep ou Demonlover, dans une veine plus joueuse que celle des récents Après mai et Sils Maria.

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Mademoiselle de Park Chan-wook

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Si le film tire une grande partie de son efficacité jouissive de son scénario à double tranchant, la mise en scène ostensiblement virtuose de Park Chan-wook abonde dans le sens de cette idée d’un cinéma de la maîtrise et de la direction du spectateur. Si l’on peut lui préférer un cinéma qui laisse une plus grande marche de manœuvre à celui qui le regarde, une plus grande part de réflexion et de liberté, on ne peut que se laisser porter et manipuler par un film qui se veut un spectacle total, traversé çà et là par des accès de folie dus à sa dimension de thriller érotico-paranoïaque.

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Fais de beaux rêves de Marco Bellocchio

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L’inconscient cinéphile pousse à attendre quelque chose d’un nouveau film de Marco Bellocchio, même sans avoir vu beaucoup de ces films. Mais Fais de beaux rêves s’avère être un mélo familial psychologisant dont les révélations et la construction anti-linéaire relèvent souvent d’une certaine roublardise. Sur le thème de la filiation, on est loin du Mia Madre de Nanni Moretti, par exemple….

 

Tour de France de Rachid Djaidani

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Gérard Depardieu en français moyen bourru et « gentiment » raciste ainsi que toute une panoplie de clichés sur la culture des cités et la France profonde sont les attributs du deuxième film de Rachid Djaïdani, déjà responsable de l’infâme Rengaine.


Sorties Cinéma – 07/12/2016

Retour du journal des sorties avec une bonne semaine. Au programme : un des meilleurs Jarmusch doublé d’un des meilleurs films de l’année, le premier bon film de Denis Villeneuve et une suite plutôt réussie.

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Paterson de Jim Jarmusch

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À la présentation du film à Cannes, on a pu lire çà et là que Paterson était un film sur une vie normale, voire sur le bonheur. Il est heureusement bien plus que ça : éventuellement un film sur une vie extraordinaire engoncée dans la normalité, ou un film sur un bonheur de surface, empreint d’incertitude et de mélancolie.

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Premier contact de Denis Villeneuve

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Si l’on est toujours circonspect dans l’attente d’un film de Denis Villeneuve – surtout après un film comme Sicario – force est de constater que ce Premier contact se démarque du reste de son cinéma et s’avère assez passionnant à regarder. Si l’idée de baser un film de science-fiction sur le simple enjeu de comprendre ce que les aliens ont à communiquer aux humains est très forte en soi, et si le film est visuellement impressionnant, on ne peut tout de même que déplorer qu’il verse in fine dans un sentimentalisme manipulatoire, aidé par une structure et une emphase qui rappellent le Christopher Nolan d’Inception – le mois intéressant.

 

Papa ou maman 2 de Martin Bourboulon

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On prend plaisir à retrouver ces personnages et ces acteurs là où on les avait laissés, et de voir comment le concept assez malin du premier opus peut être renouvelé. Si, sur ce point, le film est moins fort que son prédécesseur – la prémisse scénaristique est plus laborieuse que dans le premier, qui misait vraiment sur son « pitch » –, l’humour politiquement incorrect et le dynamisme de l’ensemble demeurent intacts.

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Three Generations de Gaby Dellal

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Film « qualité Sundance », Three Generations (About Ray, titre original) semble tout content d’avoir réuni un casting de femmes trois étoiles (Fanning, Watts, Sarandon) et propose une variation sur le thème de la famille dysfonctionnelle. Les trois actrices – ici, respectivement, la fille transgenre, la mère dépassée, la grand-mère lesbienne – font le boulot et constitue le principal attrait d’un film qui semble constamment jouer en terrain connu, celui déjà balisé par The Kids Are Allright, Little Miss Sunshine et bien d’autres. Le passage du film au drame est par ailleurs parcouru d’une tendance au sentimentalisme qui déforce quelque peu son propos.

 

Demain tout commence de Hugo Gélin

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Mélo tire-larme aux couleurs criardes et à l’esthétique téléfilmique, qui mise sur la manipulation de ses spectateurs en leur servant des retournements de situations et des révélations dignes d’une sitcom.