Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 22/11/2017

Tandis qu’Yvan Attal livre son énième film médiocre et que la belge Amélie Van Elmbt s’enlise dans le sentimentalisme, le hongrois Kornél Mundruczó tente une nouvelle fois le mélange des genres et l’algérien Karim Moussaoui de saisir un instantané de l’âme collective de son pays.

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En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui

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En divisant son film en trois parties, évoquant chacune la responsabilité et la culpabilité de ses personnages issus de classes sociales différentes mais rattachés par un inconscient lié à l’histoire de l’Algérie, Karim Moussaoui dépasse le film-choral et atteint à un certain instantané d’une âme collective.

Lire l’interview de Karim Moussaoui sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó

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Depuis son précédent film, White God, le hongrois Kornél Mundruczó propose un cinéma d’auteur qui n’a pas peur de s’essayer au genre, de mêler les univers et les types de cinéma afin d’aborder de réels sujets sociaux et politiques. Avec La Lune de Jupiter, il tente de mêler le sujet des migrants à une trame de film de science-fiction, voire de film d’action. Cela rend bien entendu le film déstabilisant et assez difficile à appréhender (…) mais qui n’en reste pas moins un objet de cinéma assez stimulant, car intrinsèquement hybride et vivant.

Lire la critique sur Le Suricate Magazine

Note : 5,5/10

 

Diane à les épaules de Fabien Gorgeart

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Mix entre comédie de maternité et comédie romantique, le premier film de Fabien Gorgeat capitalise un maximum sur son duo d’acteurs « vedettes », Clotilde Hesme et Fabrizio Rongione. Ils sont tous les deux bons – comme souvent – mais se démènent avec un matériel qui s’empêtre dans des clichés de la comédie bourgeoise et de « genres »  (il s’agit de l’histoire d’une mère porteuse partagée entre son couple d’amis gays et son nouveau compagnon), tout en se revendiquant originale. Les petits décalages – uniquement scénaristiques, et encore – de ce film esthétiquement et idéologiquement conforme à la norme ne suffisent jamais à le sortir d’une banalité et d’un ennui tenaces.

Note : 3/10

 

Drôle de père d’Amélie Van Elmbt

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Le deuxième film d’Amélie Van Elmbt se réclame toujours de Jacques Doillon dont elle fut l’assistante, mais le fond est définitivement passé du côté du téléfilm sentimentaliste. Nous avons donc droit à une comédie dramatique de paternité, dans laquelle un père absent tente de renouer avec sa petite fille, laquelle ne sait bien sûr pas qui il est et commence imperceptiblement à s’attacher à lui. Des grosses ficelles et des bons sentiments sont donc les armes de cette bluette insipide, produite par les frères Dardenne et Martin Scorsese (!!!???).

Note : 3/10

 

Le Brio d’Yvan Attal

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Accumulant un maximum de clichés sur ce qu’il est censé dénoncer – les « bons gars » des cités ne savent pas parler français ; les hautes écoles élitaires sont des repaires de fascistes ; les profs racistes sont tout de même des gens épatants dont il faut briser la carapace ; etc. –, Le Brio finit par jouer contre le discours qu’il prétend défendre. Un comble pour un film traitant justement de l’éloquence et des techniques d’argumentations !

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Note : 2/10

 

 

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Sorties Cinéma – 15/11/2017

Sara Forestier surprend en livrant un film généreux, Guillaume Gallienne réussit sa fin à défaut de son film, Zack Snyder persévère dans le kitsch geek, et Tomas Alfredson se casse les dents sur un bonhomme de neige.

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M de Sara Forestier

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Alors que, dans la première partie, le centre de l’attention est le personnage de Lila, incarné par Sara Forestier – celui de Mo, incarné par Redouanne Harjane, étant alors un adjuvant, une sorte de pygmalion bienveillant – la situation s’inverse dans la deuxième partie, et Mo devient imperceptiblement le sujet du film. Si la première est bègue et butte sur les mots de manière directe, le second est analphabète et n’a même pas accès aux bases pour les aborder. Si le parallèle entre ces deux empêchements, et leur mise en rapport à travers une histoire d’amour, conduit parfois – et particulièrement vers la fin du film – à des excès de signifiance et à une lourdeur empreinte de naïveté, il n’en établit pas moins le projet que dessine le film : saisir la complexité de l’accès aux mots et à la parole.

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Note : 6/10

 

Maryline de Guillaume Gallienne

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Le deuxième long métrage de Guillaume Gallienne est majoritairement très pénible à regarder, de par sa vision réductrice et misanthrope du métier d’acteur et sa conception de la condition sociale d’un individu comme avantage ou handicap. D’autant plus que la construction du film en divers blocs narratifs séparés par des ellipses lui donne une allure de film à sketchs décousu, qui peine à trouver une cohérence et un propos. Puis, une sorte de miracle inattendu se produit, et le dernier quart d’heure du film semble être touché par la grâce. (…) Est-ce qu’un final beau et puissant peut sauver un mauvais film ? Probablement pas….

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Note : 4/10

 

A Beautiful Day de Lynne Ramsay

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Il est parfois difficile de distinguer les films de mise en scène des films formalistes, mais celui-ci semble pleinement avoir sa place dans la seconde catégorie. Empêtrée entre une esthétique crapoteuse de néo-film noir brut et la volonté de faire des « tableaux » parfois pompiers – au point de s’auto-plagier en refaisant une scène aquatique tout droit sortie de son propre court métrage Swimmer – Lynne Ramsay livre un film bien emballé mais globalement assez vide.

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Note : 4/10

 

Justice League de Zack Snyder

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Autant il y avait une certaine folie kitsch, et une trame narrative plus ou moins attirante, dans son Batman vs Superman, autant Zack Snyder est, avec ce Justice League, face à un néant absolu qu’il s’efforce de combler avec son « savoir-faire » pompier et multicolore. Les scènes d’action, tout droit sorties d’un jeu vidéo et complètement dévitalisées, ainsi qu’un méchant grotesque et la désagréable impression de voir un ersatz d’Avengers 2 – le scénario est cosigné par Joss Whedon – sont les gros handicaps d’un film qui n’a pas d’autre ambition que de divertir, mais le fait essentiellement en visant une cible « geek », déjà acquise à la cause.

Note : 3/10

 

Le Bonhomme de neige de Tomas Alfredson

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Fort de son succès maison avec Morse puis de son adaptation soporifique mais apparemment bien cotée de John Le Carré (La Taupe), Tomas Alfredson semblait avoir le monde à ses pieds et carte blanche pour réaliser cette adaptation d’un best-seller de Jo Nesbo, pâpe du polar scandinave. Mais malgré un casting assez attrayant (Michaël Fassbender, Charlotte Gainsbourg, Val Kilmer,…), Le Bonhomme de neige s’avère in fine être un film malade, dont les ambitions esthétiques (esthétisantes ?) transparaissent au gré de certains plans mais dont il ne reste en substance qu’un petit nanar du samedi soir, bancal et prévisible.

Note : 2,5/10

 

Escape Room de Will Wernick

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Torture-porn cheap et même pas gore, pompé sur le modèle de Saw avec dix ans de retard, Escape Room est un DTV poussif et mal joué qui a inexplicablement trouvé son chemin jusqu’au grand écran.

Note : 1,5/10

 

Zagros de Sahim Omar Kalifa

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Dans la droite lignée de ce qu’a pu nous proposer « l’édifiant » Noces de Stefan Streker, il y a quelques mois, Zagros surfe sur cette vague de films « engagés » cherchant à dénoncer des pratiques rétrogrades mais s’appliquant surtout à stigmatiser une communauté et à faire rentrer dans l’inconscient collectif des idées nauséabondes sur les minorités immigrantes. (…) L’aspect pervers de sa démarche est qu’elle revient à assigner à l’exemple fictionnel qu’il donne une valeur d’universalité et de vérité, tant l’esthétique du film et sa mise en scène sont dans l’imitation unilatérale du réel. (…) Ce que le film va imprégner dans l’esprit d’une majorité de spectateurs, à travers l’exemple de cet homme rattrapé par sa culture et de vieilles traditions, c’est que l’intégration est impossible parce que les hommes seront toujours hantés par de vieux réflexes traditionalistes, qu’ils ne pourront pas intégrer complètement une autre culture et un autre système de pensée, qu’ils en reviendront à une violence primale supposément liées à leurs origines. Autrement dit, en voulant dénoncer des injustices, ce type de film fait inconsciemment et malgré lui le lit du racisme ordinaire, et participe à la perpétuation de clichés sur les minorités et sur l’immigration.

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Note : 1/10


Sorties Cinéma – 08/11/2017

Au programme cette semaine : Laurent Cantet tente de retrouver la veine d’Entre les murs, Dayton et Faris le mojo de Little Miss Sunshine, Bustillo et Maury de suivre la trace d’Aja et Thierry Klifa de faire passer un téléfilm pour un film de cinéma.

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L’Atelier de Laurent Cantet

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Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

Lire la critique complète

Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Rayon Vert

Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Suricate Magazine

Note : 7/10

 

Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton

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Se retranchant derrière leur sujet – et aussi derrière la structure du film de sport, très carrée et impliquant une certaine « efficacité » intrinsèque –, les réalisateurs pensent s’épargner les critiques sur l’indigence de leur scénario et de leur mise en scène. Car Battle of the Sexes, en dehors de son socle de réalité – et des prestation « drôlatiques » mais non moins « oscarisables » de Steve Carell et d’Emma Stone, tous les deux cabotins à souhait –, ne peut lutter à mains nues contre l’élan « feel good » bas de plafond qu’il dégage et son esthétique de reconstitution rétro balisée, sans la moindre aspérité.

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Note : 4/10

 

Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

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Formalistes crapoteux issus de l’école française des réalisateurs geeks et fiers de l’être, Alexandre Bustillo et Julien Maury montent à Hollywood et entendent bien marcher dans les pas d’un Alexandre Aja, en réalisant « leur » Colline à des yeux, à savoir une préquelle improbable du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Même si l’on se dit qu’il vaut parfois mieux s’enquiller un nanar « bien fait » et plus ou moins conscient de son statut, cet espèce de second degré sur l’esthétisation et l’exagération de la violence atteint souvent ses limites dans ce Leatherface, surtout en regard du film original de Hooper, lequel n’était absolument pas dans le même registre et ne méritait pas vraiment ce type de relecture poussive et cynique.

Note : 3,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10


Sorties Cinéma – 01/11/2017

Trois bons films cannois sortent en salles en ce début de mois de novembre – une confirmation, un retour en grâce et une révélation. De son côté, un ancien « petit prodige » du cinéma américain que l’on croyait perdu pour le grand écran revient nous livrer son énième film mineur mais sympathique. Et pour finir, le nanar se porte bien avec, d’un côté, son expression rigolarde et décomplexée, de l’autre, sa variante fatiguée et redondante, gonflée à l’esbroufe et aux effets spéciaux médiocres.

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Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos

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D’un abord très âpre et difficile à appréhender, Mise à mort du cerf sacré a des allures de film coup-de-poing et misanthrope, en forme de martyr pour ses personnages, mais il ne faudrait pas s’arrêter à cette façade, car derrière cette impression se cachent des mystères, des bizarreries et des singularités que Yorgos Lanthimos se garde bien de rendre concrets à la première vision du film. Paradoxalement, c’est aussi par son aspect programmatique, cette manière d’exposer presque d’emblée la façon dont va se dérouler le film, que celui-ci atteint une dimension hétérogène, ouverte à de multiples interprétations et analyses.

Lire la critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 7,5/10

 

D’après une histoire vraie de Roman Polanski

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Éminemment « polanskien », l’adaptation qu’a faite le cinéaste du roman de Delphine de Vigan vaut bien mieux que ce que l’ensemble de la critique – actuellement en pleine crise de schizophrénie autour du thème « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » – se plaît à rabâcher de manière unanime et complaisante. Ayant reconnu dans le livre les thèmes de la création, de l’enfermement et de la duplicité comme autant de rappels ou de références à sa propre filmographie, Polanski a sauté sur l’occasion pour revenir au pan le plus intéressant de son cinéma (Le Locataire, Répulsion, The Ghost Writer,…) et signe une de ses mises en scène récentes les plus maîtrisées, offrant en outre à Eva Green – actrice « hors-normes », toujours à la frontière entre surjeu et réelle folie – d’exprimer de manière assez magistrale toute la démesure de son jeu débordant et « sur-naturel ».

Note : 7/10

 

Jeune femme de Léonor Serraille

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Suivant un personnage de « jeune femme » essayant justement de se débattre avec cette étiquette qu’elle a du mal à assumer, le premier film de Léonor Serraille tente de saisir l’essence de son personnage en le prenant dans une situation difficile puis en le faisant tout doucement revenir dans un cadre plus apaisant. Cette manière d’approcher le personnage en douceur et de faire progressivement venir le spectateur à lui, ainsi que la façon dont il navigue entre différentes ébauches de genres, à travers les rencontres et les seconds rôles, donnent au film à la fois son rythme et son point de vue.

Lire l’interview de Léonor Serraille sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

Logan Lucky de Steven Soderbergh

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Porté par cette envie de refaire un « film de casse » plus ancré dans une réalité actuelle que ne l’étaient les Ocean’s, Soderbergh ne peut qu’exposer son film à une certaine forme de déceptivité, encore accentuée par le rythme assez lent de l’ensemble et l’impression que ses protagonistes font constamment du surplace – avant l’inévitable retournement de situation final, qui remet en question les motivations et les attitudes de chacun. Mais cette allure peinarde et ce ton faussement détaché permettent également au film d’exister en dehors d’un genre très balisé, et de s’imposer dès lors comme un film de personnages, envers lesquels le metteur en scène et les acteurs – tous très bons – font d’ailleurs preuve d’une évidente tendresse. Et ce n’est déjà pas mal du tout.

Lire la critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 5,5/10

 

Épouse-moi, mon pote de Tarek Boudali

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Charriant à qui mieux mieux des clichés sur l’homosexualité et l’homophobie de manière insouciante et décomplexée, Épouse moi, mon pote s’expose irrémédiablement à un regard extrêmement critique sur cette façon de faire fi d’un tel sujet en le prenant par-dessus la jambe. Mais au-delà de ça et de son esthétique de téléfilm de seconde zone, malheureusement l’apanage des deux tiers de la comédie française actuelle, le premier film de Tarek Boudali s’avère au final nettement plus supportable – et, osons le mot… drôle – que les deux récentes tentatives de son « pote » Philippe Lacheau, se contentant fort heureusement ici de jouer le faire-valoir comique.

Note : 3/10

 

Geostorm de Dean Devlin

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Le coscénariste de Roland Emmerich s’est dit qu’il pouvait très bien se passer du maître pour concocter son propre film cataclysmique aux élans science-fictionnels. Le voici donc qu’il accouche de cet improbable Geostorm, sorte de melting-pot morne et sans la moindre dose de second degré du Jour d’après, d’Independence Day et de 2012, dont  les scènes d’effets-spéciaux à la longueur toute relative –  comparée à celles de dialogues interminables et creux – et l’attribution du rôle principal au nanarophile Gerard Butler témoignent de restrictions budgétaires probablement proportionnelles à la confiance que le studio (Warner) mettait dans ce projet.

Note : 2/10


FILM FEST GENT 2017 – « L’Atelier » de Laurent Cantet

Neuf ans après Entre les murs – et après deux films tournés à l’étranger (Foxfire et Retour à Ithaque) – Laurent Cantet revient à ce qui lui avait valu une Palme d’Or en 2008 : le film d’enseignement. C’est cette fois-ci dans le cadre d’un stage d’écriture pour jeunes que le cinéaste place sa caméra. Mais il le fait de manière plus délibérément fictionnelle que dans Entre les murs, notamment en confiant le rôle de la prof/écrivain à Marina Foïs, donc confrontée à de jeunes acteurs non-professionnels.

« L'Atelier » de Laurent Cantet

Prenant des allures de thriller au fur et à mesure de sa progression narrative, le film joue la carte de la mise en abîme en faisant deviser les jeunes et leur professeur sur les techniques de narration et les directions possibles à prendre pour écrire un roman noir, puisque c’est bien un roman noir qu’ils ont pour projet d’écrire. Mais comme le récit du roman en cours d’écriture, lequel se dessine au gré des conversations que restitue le film, la trame romanesque du film – le mal être au monde d’un des élèves du groupe et son face-à-face progressif avec le professeur d’écriture – se mêle à des questionnements sur l’histoire ouvrière et communiste de la ville de La Ciotat, où se déroule le stage et d’où sont issus tous les jeunes qui y participent.

Cantet – et son coscénariste Robin Campillo – entretiennent un jeu constant d’équilibre instable entre les différentes strates du film : l’atelier d’écriture, la trame romanesque et le sous-texte politique. Esthétiquement, le film opère aussi des basculements presque imperceptibles entre les scènes de discussion lors de l’atelier, qui sont filmées principalement en plans serrés sur les visages – donnant un aspect performatif à la parole –, les scènes hors-atelier, s’attardant sur deux des protagonistes – la prof et l’élève « à problèmes » – de manière assez classique et sans réel parti pris de mise en scène, et enfin une dernière partie presque « crépusculaire » – mais se déroulant en réalité à l’aube – qui apporte une dimension autre, à la frontière entre le thriller et la fable onirico-poétique.

Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


FIFF 2017 – Carnet de bord (3)

Le FIFF s’est donc clôturé le vendredi 6 octobre par un bien curieux palmarès. Retour sur les trois derniers jours de films, faits de belles découvertes et de déceptions programmées.

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Une part d’ombre de Samuel Tilman

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Une part d’ombre aurait pu se faire passer pour la saison 2 de La Trève que nous n’y aurions vu que du feu, tant les vieilles recettes et les gros sabots de la série belge à succès imprègnent ce thriller balourd aux allures de téléfilm RTBF. On retrouve d’ailleurs au casting quelques poulains de la maison Reyers comme l’insipide Yoann Blanc ou Saule en super pote. On ne sait pas trop ce qui est le plus atterrant dans ce film : la lourdeur absolue du scénario qui souligne en rouge chaque indice et chaque (fausse) piste ? Les clichés habituels où les moments de bonheur sont directement suivis de crises aiguës ? L’absence totale de mise en scène ? La surenchère de psychologie bas de gamme au profit de tout autre forme de rapport au monde ? La normalité comme seul point de repère acceptable ?

Note : 2/10

 

Tuktuq de Robin Aubert

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Cette pseudo quête identitaire pavée de bonnes intentions accouche d’un film rempli de contradictions. Un « homme ordinaire » est choisi par le gouvernement afin de tourner des images d’archives du Nunavik où une communauté locale va être déplacée. Les plans documentaires qu’il tourne sur place occupent une grande partie du film. Le geste est louable mais se montre très vite inconstant. De ces gens, nous ne sauront presque rien, si ce n’est qu’ils sont très forts pour abattre et dépecer des animaux (montrer ces scènes crues et interminables n’obéissent à aucune logique apparente). Très vite, et avec une incroyable naïveté, l’homme ordinaire se rend compte que l’action du vilain gouvernement n’est pas gentille du tout. Les plans documentaires sont effet entrecoupés de dialogues téléphoniques entre notre homme et un sous-ministre québécois. Si l’idée est bonne, le réalisateur n’en fait rien et le procédé vire rapidement au grotesque. Le sommet de comique involontaire est atteint lorsque l’homme ordinaire lit une lettre « émouvante » de sa femme et s’entretient avec elle par téléphone. Il découvre alors qu’il a quand même une opinion sur le monde (en passant : effroyablement stéréotypée). On croit rêver devant autant de maladresses et de naïveté, mais ce genre de films existe, et ça s’appelle Tuktuq.

Note : 2/10

 

Volubilis de Faouzi Bensaïdi

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Faouzi Bensaïdi signe un film fort sur la lutte des classes et l’infatigable volonté de ceux qui ne veulent jamais lâcher prise. Le film repose sur un équilibre magique sans réelle fausse note, où chaque nouvelle scène brille par son inventivité et sa tonalité. Il est toujours difficile de mettre des mots sur ce type d’alchimie inexplicable, si ce n’est par la convergence des intuitions et des talents de ceux qui le portent. On peut certainement rapprocher Volubilis de Murnau et de la nouvelle vague italienne.

Note : 8/10

 

Chien de Samuel Benchetrit

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Le film n’est pas drôle, et c’est la principale erreur de Benchetrit d’avoir cru qu’il eût pu l’être. Cela l’a mené à en rater les deux tiers. C’est seulement lorsqu’il assume pleinement sa noirceur que le film gagne une singularité qu’il n’aurait jamais eue en restant dans l’ironie et dans le décalage. La violence réelle et physique du film lui donne son ampleur et le fait, paradoxalement, décoller du réel fadement transformé qu’il arborait dès ses premières images. Les dernières minutes du film, faisant suite à ce déferlement de violence, font accéder le film et le personnage à un degré supplémentaire d’émotion et – peut-être – de poésie.

Lire la critique complète

Note : 5/10

 

En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui

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En divisant son film en trois parties, évoquant chacune la responsabilité et la culpabilité de ses personnages issus de classes sociales différentes mais ratachés par un inconscient lié à l’histoire de l’Algérie, Karim Moussaoui dépasse le film-choral et atteint à un certain instantané d’une âme collective.

Note : 7/10

 

Drôle de père d’Amélie Van Elmbt

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Le deuxième film d’Amélie Van Elmbt se réclame toujours de Jacques Doillon dont elle fut l’assistante, mais le fond est définitivement passé du côté du téléfilm sentimentaliste. Nous avons donc droit à une comédie dramatique de paternité, dans laquelle un père absent tente de renouer avec sa petite fille, laquelle ne sait bien sûr pas qui il est et commence imperceptiblement à s’attacher à lui. Des grosses ficelles et des bons sentiments sont donc les armes de cette bluette insipide, produite par les frères Dardenne et Martin Scorsese (!!!???), et récompensée au FIFF d’un incompréhensible double prix (de la critique et Cinévox). Les voies du petit monde merveilleux du cinéma belge sont impénétrables !

Note : 2,5/10

 

Sparring de Samuel Jouy

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Le Rocky de Samuel Jouy et de Mathieu Kassovitz arbore la construction classique d’un film de boxe, avec la déchéance du champion, puis le retour sur le devant de la scène pour un dernier combat, sauf qu’il ne s’intéresse pas du tout à un champion mais bien à un « petit », un boxeur de dernière catégorie, vieillissant et affaibli, qui reste dans l’ombre des champions du début à la fin. Si le film se laisse voir par sa structure familière et l’interprétation correcte de Kassovitz, il tombe néanmoins dans des travers assez handicapants, notamment la banalité d’un film social à tendance misérabiliste, ainsi qu’une scène particulièrement ignoble, dans laquelle le « héros » du film se fait humilier devant son enfant, et que le réalisateur fait durer avec un plaisir sadique non-dissimulé.

Note : 4/10

 

La Part sauvage de Guérin van de Vorst

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Après Noces, voici le nouveau film belge sur un sujet de société : en occurrence, le départ de jeunes musulmans pour la Syrie. Guérin van de Vorst a beau se cacher derrière l’autre sujet du film – le retour d’un père de prison et le lien qu’il tente de renouer avec son fils –, il ne peut dissimuler l’opportunisme honteux et l’absence totale de point de vue avec lesquels il s’empare d’un thème d’actualité uniquement pour marquer les esprits. C’est clair qu’il ne les aurait pas marqués autrement, avec cette version longue d’un court d’école, où les personnages ne sont que des fonctions scénaristiques et la fin une « chute » aussi abrupte que ridicule.

Note : 2/10

 

Diane à les épaules de Fabien Gorgeat

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Mix entre comédie de maternité et comédie romantique, le premier film de Fabien Gorgeat capitalise un maximum sur son duo d’acteurs « vedettes », Clotilde Hesme et Fabrizio Rongione. Ils sont tous les deux bons – comme souvent – mais se démènent avec un matériel qui s’empêtre dans des clichés de la comédie bourgeoise et de « genres »  (il s’agit de l’histoire d’une mère porteuse partagée entre son couple d’amis gays et son nouveau compagnon), tout en se revendiquant originale. Les petits décalages – uniquement scénaristiques, et encore – de ce film esthétiquement et idéologiquement conforme à la norme ne suffisent jamais à le sortir d’une banalité et d’un ennui tenaces.

Note : 3/10

 

Le FIFF se tient du 29 septembre au 6 novembre à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF


FIFF 2017 – « Chien » de Samuel Benchetrit

En adaptant son propre roman Chien (Grasset, 2015), Samuel Benchetrit s’exposait au risque de traduire à l’écran une impression de voyeurisme et de monstration de l’humiliation et du martyr qui transparaissait déjà à l’écrit. Ce qui est acceptable en littérature ne passant pas toujours au cinéma, il y avait une forte appréhension pour le lecteur du livre à en découvrir l’adaptation.

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Il faut dire que le récit surréaliste de l’aventure de Jacques Blanchot, banni de chez lui pour des raisons absurdes et condamné à errer et à se faire humilier de toutes parts, jusqu’à se transformer progressivement en chien et à se faire maltraiter par son dresseur/propriétaire, fonctionnait plutôt bien à la lecture mais laissait déjà furieusement entrevoir le désir de martyrologie de son auteur et la possibilité de basculer dans le film d’humiliations avec une potentielle adaptation cinématographique.

L’adaptation existe donc désormais et les craintes que l’on pouvait avoir s’avèrent à moitié fondées. Effectivement, il y a un aspect film coup-de-poing dans Chien, une tentation d’aller vers le film d’humiliation « de festival » (le film vient d’ailleurs d’obtenir 3 prix au FIFF, l’air de rien). Ce travers transparaît dans quelques scènes domestiques d’une froideur de façade, dans lesquels Vanessa Paradis surjoue le sous-jeu, mais aussi et surtout dans une dernière partie en forme de calvaire physique pour le personnage principal – et pour l’acteur –, essouflé, lessivé, battu, dénudé, tazé, enfermé,….

Pourtant, ces scènes d’humiliation physique, qui pourraient être bêtement violentes et gratuites, apparaissent dans un contexte tellement irréel, surréel, qu’elles dépassent en quelque sorte cet aspect premièrement rebutant et la réaction de rejet, voire de dégoût, qu’elles pourraient susciter. Ce sont elles, véritablement, qui font basculer le film dans la fable cruelle – ce que les deux premiers tiers du film avaient échoué à faire, trop occupés à se vouloir drôles et décalés.

Le film n’est pas drôle, et c’est la principale erreur de Benchetrit d’avoir cru qu’il eut pu l’être. Cela l’a mené à en rater les deux tiers. C’est seulement lorsqu’il assume pleinement sa noirceur que le film gagne une singularité qu’il n’aurait jamais eue en restant dans l’ironie et dans le décalage. La violence réelle et physique du film lui donne son ampleur et le fait, paradoxalement, décoller du réel fadement transformé qu’il arborait dès ses premières images. Les dernières minutes du film, faisant suite à ce déferlement de violence, font accéder le film et le personnage à un degré supplémentaire d’émotion et – peut-être – de poésie.

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient du 29 septembre au 6 novembre à Namur

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