Critique et analyse cinématographique

Articles tagués “japonais

Sorties Cinéma – 11 et 18/04/2018

À l’affiche ces deux dernières semaines : un auteur majeur avec un film majeur, deux auteurs majeurs avec des films mineurs, deux auteurs mineurs avec des films mineurs et un rien du tout avec une affligeante mascarade.

180323-han-isle-of-dogs-tease_nmszes

 

Isle of Dogs de Wes Anderson

isle_of_dogs_still_20

De retour à l’animation en stop-motion neuf ans après Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson perfectionne sa méthode et continue de développer son cinéma dans le carcan de cette technique tout particulière, tout en approfondissant les thèmes qu’il semble désormais accoler à ce type de films, à cette partie-là de sa filmographie.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 8/10

 

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot de Gus Van Sant

Don-t-Worry-He-Won-t-Get-Far-on-Foot-la-critique

Un Gus Van Sant de la veine classique de l’auteur, biopic plutôt académique du dessinateur de presse John Callahan, ancien alcoolique et cloué à un fauteuil roulant suite à un accident de voiture. Si le film a bel et bien un aspect convenu intrinsèque au genre, le traitement du personnage principale et sa quête de subversion à travers l’humour – plus que tout son parcours du combattant en tant qu’handicapé ou qu’alcoolique anonyme – l’emmène sur un terrain un peu moins balisé et un peu plus hétérogène.

Note : 6,5/10

 

The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda

the-third-murder

Texte sur Le Rayon Vert

Note : 6,5/10

 

Finding Your Feet de Richard Loncraine

finding-your-feet-richard-loncraine

« Feel good movie » typique mettant en scène des personnages d’un âge certain dans des situations de comédie romantique, Finding Your Feet s’inscrit pleinement dans une mouvance de films anglais très formatés et ciblés, dont le parangon était probablement l’Indian Palace de John Madden. Avec ses acteurs devenus « monstres sacrés » de la comédie britannique et son scénario ronronnant, le film de Richard Loncraine ne révolutionne assurément pas le genre. (…) Pourtant, Finding Your Feet remporte l’adhésion grâce à sa bonne humeur communicative, son casting très investi et le degré de sympathie assez élevé qu’inspirent ses personnages.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 6/10

 

Lean on Pete d’Andrew Haigh

Lean on Pete

Après avoir réalisé deux films et une série autour de l’homosexualité (Greek Pete, Weekend et Looking) ainsi qu’un film assez cruel, presque « hanekien », sur le couple (45 Years), le britannique Andrew Haigh semble se diriger vers quelque chose de plus « mainstream » avec l’adaptation d’un roman (La Route sauvage de Willy Vlautin) sur l’amitié entre un jeune garçon et un cheval, ainsi que sur leur périple à travers les États-Unis.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 4,5/10

 

Taxi 5 de Franck Gastambide

579691

Petit bijou de mauvais goût, de racisme patenté et de misogynie exacerbée, servi sur un plateau par le beauf 2000, Franck Gastambide, et son acolyte le plus mauvais acteur du monde, Malik Bentalha. Réussissant l’exploit d’être encore moins drôle que le sinistre Taxi 4, Taxi 5 déterre au passage l’inénarrable Bernard Farcy, perdu dans les oubliettes de la nanarophilie perverse, et dont l’apparition momifiée n’est pas le plus triste de cette sale histoire.

Note : 1/10

Publicités

BIFFF 2018 : Carnet de bord (jours 10 et 11)

Retour sur les derniers jours du BIFFF, durant lesquels nous pûmes découvrir rien de moins que le meilleur et le pire film du festival.

Before-we-vanish-2

 

Luciferina de Gonzalo Calzada

Luciferina-2

Un peu au-dessus du tout-venant présenté au BIFFF cette année en matière de films de possession et/ou d’exorcisme, Luciferina mise cependant bien trop sur les « jump scares » et les effets faciles, avant d’échouer à retranscrire proprement et avec le minimum syndical de mysticisme une séance de chamanisme, ou encore de tomber dans le grand-guignol absolu lors d’un final « osé ».

Note : 4/10

 

Tigers Are Not Afraid d’Issa Lopez

tigersarenotafraid-2

Fort de ses statistiques d’ouvertures sur les enfants orphelins ou victimes de la guerre des gangs au Mexique, la petite sensation festivalesque que constitue Tigers Are Not Afraid tente d’instiller du merveilleux et de l’onirisme dans un décorum se voulant ultraréaliste mais dont le naturalisme empli de pathos se montre extrêmement envahissant. Tout comme I Kill Giants – également présenté au BIFFF cette année – le film d’Issa Lopez fonctionne à l’affectif et joue sur la corde sensible pour amadouer son spectateur, faute de réellement créer un univers original, ou tout du moins d’accorder de manière plus ou moins efficace deux mondes dont le choc devrait amener de la singularité : en l’occurrence, la violence des bas-fonds et un rêve d’enfant.

Note : 4/10

 

Before We Vanish de Kiyoshi Kurosawa

Before-we-vanish-3

Faux film de SF dans lequel le sens des mots joue un rôle déterminant sans pour autant en faire un film discursif ou « sur la parole », Before We Vanish n’est probablement pas le meilleur film de Kiyoshi Kurosawa, ni même le meilleur parmi ses plus récents, mais son aspect hybride, à la fois contemplatif, déambulatoire, et traversé de morceaux de bravoure ou de coups d’éclats spectaculaires digne de blockbusters américains ou de films de série B, lui donne un impact certain.

Note : 8,5/10

 

What the Waters Left Behind de Luciano et Nicolás Onetti

whatthewatersleftbehind-1

Daube voyeuriste, tape-à-l’œil et effroyablement prétentieuse, What the Waters Left Behind exhibe fièrement ses beaux plans « travellingés » et interminables sur des paysages, puis sur des coïts, puis sur des viols, puis sur des meurtres, puis de nouveau sur des viols, etc. Derrière l’excuse d’un film de genre – anticipation, survival, … –, ce film argentin est fondamentalement honteux, représentant un summum dans l’esthétisation sans recul ni réflexion de la violence sous toutes ses formes

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du festival


BIFFF 2018 : Carnet de bord (jour 3)

L’édition 2018 du BIFFF continue de surprendre de jour en jour et s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru, avec notamment deux films de qualité : le britannique Double Date et le japonais Survival Family.

Survival-Family-1

 

Double Date de Benjamin Barfoot

Double-Date-3

Comédie noire britannique mettant en scène deux gentils losers tombant dans les griffes de sœurs « mangeuses d’hommes » (au sens pratiquement littéral), le premier film de Benjamin Barfoot parvient, par ses dialogues parfois savoureux et les situations qu’il met en place, à se hisser dans le haut du panier du genre. Les personnages plutôt bien écrits et surtout leurs interprètes sont également pour beaucoup dans la sympathie que dégage Double Date, permettant à cette virée nocturne sans temps mort de s’acheminer vers un final plus grand guignolesque mais totalement conforme aux conventions du genre et au pacte posé préalablement par le film.

Note : 7/10

 

Flashburn de Giorgio Serafini

flashburn-9-1024x683

Direct-to-VOD mettant en scène un has been flamboyant (Sean Patrick Flannery, jadis « Young Indiana Jones » dans la série du même nom), Flashburn utilise la recette bien connue du personnage enfermé dans un hangar clos et contraint par une mystérieuse personne de réussir une épreuve pour s’en sortir. Ici, le virologue Wes Nolan, souffrant en outre d’amnésie, doit trouver le remède à une épidémie mondiale qu’il a lui-même provoquée. Autant dire tout de suite que les apparences sont trompeuses…. Le double twist final n’est pas plus mauvais qu’un autre mais les dialogues explicatifs qui l’accompagnent le décrédibilise totalement. Au final, Flashburn est l’exemple parfait de ce qu’est une série B moyenne (pour ne pas dire médiocre) à petit budget.

Note : 3/10

 

Survival Family de Shinobu Yaguchi

Survival-Family-2

Du jour au lendemain, un blackout généralisé paralyse le monde entier, le privant d’électricité, de voitures, de portables…. Dans ce contexte déstabilisant, une famille tokyoïte décide de traverser le Japon en vélo, à la recherche d’électricité. Traversé de coups de génie et de morceaux de bravoure, mais surtout d’un humour assez mordant, le film s’ouvre aussi sur une satire sociale plutôt bien vue, dans laquelle la technologie est étroitement liée à une certaine forme d’asservissement et, indirectement, au travail. Lorsque les hommes actifs japonais sont privés de travail, c’est un peu tous les piliers de la société qui s’écroulent. Si Survival Family est donc assez riche de pistes et d’interprétations diverses, sa dernière demi-heure, plus conventionnelle, voire formatée, constitue une réelle déception, à la hauteur de la promesse que faisaient les trois premiers quarts du film.

Note : 7/10

 

I Kill Giants d’Anders Walter

I-KILL-GIANTS-2

Adaptation d’un comics et surtout « rip-off » éhonté du déjà pas fameux Quelques minutes après minuit, I Kill Giants est une espèce de salmigondis psychologisant et larmoyant qui essaie de se faire passer pour un film à grand spectacle sur l’enfance. Le fin mot de l’histoire, ce qui se cache derrière cette fausse piste de chasseuse de géants, est prévisible depuis pratiquement le début du film, et le graphisme des fameux géants est plus que douteux. Il est à noter à cet égard que la majorité des effets ont été réalisés en Belgique, ce qui a permis à un ponte belge du genre – qui n’a même pas chanté, cela-dit en passant – de venir se vanter sur scène et de dire des grandes firmes d’images de synthèse, en gros : « ils ont le pognon, on a le talent ». Voilà, voilà….

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du festival


« Après la tempête » de Hirokazu Kore-eda : Au plus près de l’humain

Écrivain raté, Ryota gagne sa vie comme détective privé et gaspille son argent en pariant aux courses, ce qui ne lui laisse pas grand-chose pour payer à temps la pension alimentaire de son fils Shingo, 11 ans. Tandis qu’il espionne sa femme, en couple avec un autre homme, et que les relations avec celle-ci ne sont pas au beau fixe, la mère de Ryota fait tout pour les rapprocher à nouveau. Alors qu’ils sont tous réunis par hasard chez cette dernière, une tempête les contraint à passer la nuit sous le même toit.

after-the-storm-umi-yorimo-mada-fukaku-kore-eda-hirokazu-3

Sélectionné dans la sélection Un Certain Regard à Cannes en mai dernier, Après la tempête se situe dans la continuité de la filmographie de ce cinéaste habitué du festival. De film en film, Kore-eda perpétue une tradition du cinéma de la famille japonaise, dans une lignée proche de celle d’Ozu, mais en alternant les points de vue, d’un film à l’autre, tout en cultivant une manière particulière de raconter les histoires, proche des personnages et de l’humain.

Tout comme Tel père, tel fils abordait la question de l’identité familiale et des liens du sang, presque exclusivement par le biais du point de vue d’un adulte, Après la tempête se focalise également sur le ressenti du père quant à l’éclatement de sa famille et sa relation avec son fils et son ex-femme – par ailleurs, le cinéaste a par le passé consacré des films au point de vue des enfants (Nobody Knows, I Wish).

La force des films de Kore-eda repose principalement sur ce regard particulier, à la fois prudent et attentionné, qu’il pose sur ses personnages et ses sujets – ou « son » grand sujet. Au fil de son œuvre, chaque nouveau film apparaît de plus en plus comme une pierre ajoutée à l’édifice de son propos et de son style narratif et visuel. Mais comme pour tous les grands auteurs qui ont donné à leur cinéma une forme, un rythme et un ensemble thématique identifiables (Hong Sang-soo, Rohmer,…), l’importance de chaque film varie en fonction de celui qui le reçoit, selon son ressenti, son vécu, sa sensibilité.

Pour l’auteur de ces lignes, Après la tempête est un des films les plus importants de Kore-eda, peut-être celui qui parvient le mieux à saisir des sentiments humains en mêlant un mélodrame familial en mode mineur, des accents légers de comédie de mœurs, et une construction reposant sur une apothéose dramaturgique qui déjoue les attentes en privilégiant les relations entre ses personnages à une résolution scénaristique en bonne et due forme. Mais encore une fois, le ressenti du spectateur joue un grand rôle dans le cinéma de Kore-eda, et le film aura une résonance différente selon celui qui le regarde.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine


FILM FEST GENT 2016 – « Le Secret de la chambre noire » de Kiyoshi Kurosawa

Premier film en France et en français pour le japonais Kiyoshi Kurosawa. Ce qui frappe une nouvelle fois dans cette incursion du cinéma d’un auteur accompli dans un environnement qui ne lui est pas familier, c’est la manière dont le casting et le passif du cinéma français peuvent être transcendés par un regard extérieur. Malheureusement, cette règle ne vaut pas pour tous les acteurs du film….

daguerrotype-le-secret-de-la-chambre-noire-2

Avec ce scénario original, belle histoire de fantômes dont il a le secret, Kurosawa réussit un film totalement schizophrène sur la schizophrénie, dont la scission est le maître-mot. Scission du film en deux parties : une première partie assez réaliste mais baignée d’étrangeté sur un photographe reclus qui essaie de recréer des daguerréotypes dans les conditions de l’époque, son jeune apprenti juste débarqué qui découvre son environnement en même temps que le spectateur du film, et sa fille Marie, modèle presque contraint des photos, qui essaie tant bien que mal de gagner sa liberté ; puis une seconde partie amorcée par un événement traumatique qui fait basculer le film dans le polar. Scission de cette deuxième partie en deux pôles contradictoires qui ne cessent de se mêler : une dimension de polar familial – plus « simenonien » qu’hitchcockien –, et une dimension fantastique déjà annoncée par les ambiances de la première partie. Scission enfin entre les acteurs du trio de tête : d’un côté Constance Rousseau et Olivier Gourmet, l’une dans une pure présence à la fois évanescente et charismatique, l’autre redécouvert à travers la caméra d’un cinéaste étranger, qui lui donne une puissance d’acteur massif et inquiétant, en dehors de tout artifice et de tout déguisement ; de l’autre côté, le plus mauvais acteur du monde, Tahar Rahim, phénoménale erreur de casting qui n’a aucun moyen de jouer de manière crédible le trouble et la schizophrénie. La dernière partie manque de virer dans le délire hystérique, uniquement à cause de Rahim et de son jeu démesuré. Le Secret de la chambre noire courait dès lors le risque de sombrer dans le ridicule, par la faute de ce surjeu affecté, mais il se révèle au contraire être un des rares exemples de grands films qui résistent à la médiocrité de leur acteur principal.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 11 au 21 octobre 2016

Plus d’infos sur le site du festival


Sorties Cinéma – 10/02/2016

Les comédies débarquent en force cette semaine, sous différentes formes : l’absurde jusqu’au-boutiste d’Eric et Ramzy, le cynisme grinçant d’un super-héros pas comme les autres et la rom-com débridée dans l’esprit de Sex and the City.

latourdeuxcontrole10-1450438532

 

La Tour 2 contrôle infernale d’Eric Judor

latourdeuxcontrole9-1450438454

Seize ans après La Tour Montparnasse infernale et après avoir mené leurs carrières séparément, Eric et Ramzy reviennent à leurs premiers amours mais avec un humour qui a évolué et un Eric Judor qui a pris ses marques comme réalisateur avec la série Platane. Cette « préquelle » est effectivement assez différente de l’original, moins aimable, plus gore, plus déstructurée. Mais elle témoigne surtout d’une réelle envie d’explorer de nouveaux horizons de comédie et d’aller toujours plus loin dans l’absurde. Le film en devient presque exigeant, tant il est atypique.

Note : 7/10

 

Deadpool de Tim Miller

deadpool-1451298122

Dans la galaxie Marvel, Deadpool est un peu l’outsider, le marginal mal aimé et malpoli qui ne recule devant aucune vanne foireuse ni aucun acte politiquement incorrect. (…) Le studio et l’équipe du film – emmenée par le réalisateur Tim Miller et un Ryan Reynolds très investi – ont décidé de mener le projet à bien dans tout ce qu’il a de décalé et de subversif – à l’intérieur même du microcosme Marvel, s’entend bien.

Lire la critique complète

Également sur Le Suricate Magazine

Note : 7/10

 

Célibataire, mode d’emploi de Christian Ditter

13168H2BS.DNG

(…) Il y a bien ici des concessions faites au genre de la comédie romantique, mais celles-ci sont in fine détournées pour que le film se range plutôt du côté de la « bromance » féminine que de la bluette. Célibataire, mode d’emploi est certes un produit calibré, réalisé de manière totalement impersonnelle par un gentil faiseur, mais il contribue à un renouveau bienvenu de la comédie « mainstream » américaine, alimentée par son pendant plus « indé » et politiquement incorrect.

Lire la critique complète

Également sur Le Suricate Magazine

Note : 6/10

 

Les Délices de Tokyo de Naomi Kawase

1119737_cannes-2015-an-nouveau-film-plein-de-charme-de-naomi-kawase-web-tete-02170748551

Présentés dans la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, ces Délices de Tokyo ont de quoi décontenancer quiconque est un tant soit peu familier avec le cinéma de Naomi Kawase, habituellement métaphysique et contemplatif. Non pas que l’essentiel de ses thèmes de prédilection ne se retrouve pas dans le présent film, mais plutôt que la forme soit plus lisse et consensuelle qu’à l’accoutumée.

Lire la critique complète

Également sur Le Suricate Magazine

Note : 4,5/10

 

45 Years d’Andrew Haigh

45-Years-xlarge

L’usure du couple vu sous l’angle du thriller sentimental : à la veille de son 45ème anniversaire, une femme découvre qu’elle ne connaît pas vraiment son mari et que celui-ci aurait dû faire sa vie avec une autre femme, disparue dans une tempête de neige. Il y a une certaine cruauté dans la manière avec laquelle le réalisateur épuise son héroïne à grands coups de scènes dialoguées étirées sur la longueur et de rebondissements en forme de coups de massue pour ce personnage punching-ball.

Note : 4/10


« Les Délices de Tokyo » de Naomi Kawase : Mélo pâtissier

Présentés dans la sélection Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, ces Délices de Tokyo ont de quoi décontenancer quiconque est un tant soit peu familier avec le cinéma de Naomi Kawase, habituellement métaphysique et contemplatif. Non pas que l’essentiel de ses thèmes de prédilection ne se retrouve pas dans le présent film, mais plutôt que la forme soit plus lisse et consensuelle qu’à l’accoutumée.

1119737_cannes-2015-an-nouveau-film-plein-de-charme-de-naomi-kawase-web-tete-02170748551

Vendeur de dorayakis – pâtisserie japonaise composée de deux pancakes fourrés d’une pâte de haricots rouges confits nommée « an » -, Sentaro est convaincu d’engager Tokue, une veille dame excentrique aux mains atrophiées, après avoir goûté sa délicieuse pâte « an », dont elle a le secret. À deux, Sentaro et Tokue font la renommée de leur petite échoppe de dorayakis. Mais Sentaro ne tarde pas à soupçonner Tokue de lui cacher quelque chose.

Les Délices de Tokyo prend la forme d’un mélodrame classique, avec une première partie dans le registre du « feel-good movie » culinaire et une seconde partie plus grave et empesée de pathos, centrée sur la maladie de Tokue et la pitié qu’elle suscite chez les autres personnages principaux.

Ce type de mélo finalement assez « mainstream » et typé, baigné d’une musique sentimentale et d’effets lacrymaux, ne surprend pas vraiment et sa distribution en Europe – bien que fondamentalement ancré dans la culture japonaise – non plus. Là où l’on est plus déstabilisé, c’est qu’un film tel que celui-ci soit réalisé par Naomi Kawase, dont le cinéma est généralement plus introspectif et qui a toujours abordé la question du deuil par des chemins détournés et symboliques. Point de symboles ni de détours ici, tout y étant abordé de front et sans grande subtilité, probablement en vue de toucher un public plus large.

Si AN – titre original – est globalement décevant et convenu, il subsiste malgré tout des moments de grâce, comme cette scène de cuisine étirée sur la longueur, dans laquelle Tokue apprend à Sentaro à réaliser sa recette de pâte de haricots confits. Kawase y insuffle la délicatesse et la sensualité que devrait avoir toute scène consacrée à un artiste et à son art, en l’occurrence Tokue et l’art culinaire.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine