Critique et analyse cinématographique

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À partir de « Venom » : Du plaisir non-coupable de ne pas avoir « bon goût »

Il arrive parfois que toutes sortes de circonstances vous retiennent d’aller voir un film que vous avez pourtant, manifestement ou secrètement, envie de voir. Il peut s’agir de bouches à oreilles désobligeants, de complot critique pour vous empêcher d’y apporter du crédit, où bien d’un simple manque de temps. Tout ça pour dire que je n’avais pas encore eu l’occasion de voir Venom et que les mauvais échos sur le film m’avaient encouragé à d’abord rattraper d’autres films avant celui-ci. Quelle ne fut donc pas ma surprise de trouver le film plutôt très sympathique, d’y prendre un plaisir enfantin à la fois régressif et sincère.

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Conçu comme un dessin animé « live » faisant intervenir tout ce qui est susceptible de plaire à un gamin des années 90 (héros mal rasé, méchant très méchant, transformations à gogo, vannes bon-enfant mais décomplexées, quête de justice,…), Venom enchaîne avec bonheur et sans se poser de questions les morceaux de bravoure au premier degré, les courses poursuites délirantes et les effets spéciaux cartoonesques, le tout avec une belle énergie communicative, sans réel temps mort, et dans les temps réglementaires (si on l’ampute de son interminable générique final, le film ne dure qu’une heure et demi).

Quel était donc ce consensus critico-cinéphile pour descendre en flèche un film qui ne le mérite pourtant pas (surtout quand on voit que les daubes officielles du « Marvel Cinematic Universe » sont encensées ou, au pire, traitées avec l’indulgence la plus incompréhensible) ? Venom ne rentre apparemment dans aucune case de légitimation pop-culturelle selon les normes et les canons actuels, tout simplement. C’est ce qui justifie le fait que les détenteurs auto-proclamés du bon-goût, les hauts dignitaires de la censure « geek » institutionnalisée, et autres petits dictateurs intellectuels de tous poils, se soient ligués contre lui, bouc-émissaire providentiel.

Le film ne serait pas assez fidèle au personnage des comics, trahirait en quelque sorte celui-ci…. Mais qu’est-ce que ça peut bien faire ? Je me fous complètement qu’une adaptation soit fidèle ou non au matériau auquel elle emprunte. Que celui qui pense qu’un film doive se référer au livre qu’il adapte comme à un dogme religieux me jette la première pierre et aille ensuite se faire voir. C’est d’autant plus vrai en ce qui concerne les comics, la culture « geek » et toute cette dictature de la vraisemblance et de la cohérence qui commence sérieusement à courir sur le haricot.

Bref, Venom est un plaisir – subjectif, certes – au premier degré, et certainement pas coupable, comme il est maintenant coutume de le dire lorsque l’on a le malheur d’apprécier un film qui n’a pas l’aval de l’intelligentsia ou de la « boboïtude » ayant pignon sur rue. On ne commet pas un délit ou une entorse morale en aimant un film. Pourquoi devrait-on s’en sentir coupable ? Coupable de quoi ? Coupable envers qui ?

Thibaut Grégoire

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FILM FEST GENT 2018 – « A Bluebird in My Heart » de Jérémie Guez

Thriller français mettant en scène un acteur danois et deux actrices belges, Tu ne tueras point (A Bluebird in My Heart) sent bon la coproduction foireuse et le Tax Shelter. Il permet en outre de voir un « talent » de la génération des scénaristes « petits malins » biberonnés au cinéma américain de passer à la réalisation.

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Pour résumer clairement le film et donner une petite idée de ce qu’il représente, on pourrait parler d’un film de Jean-Claude Van Damme, période DTV, sans Jean-Claude Van Damme, et visant la sortie en salle. À savoir, l’histoire très originale d’un ex-détenu visant à mener une vie paisible loin de son passé, mais hanté par les démons de celui-ci lorsqu’il venge la fille de son hébergeuse, agressée et violée par un délinquant notoire. C’est tout ce qu’on a déjà vu des centaines de fois, mais passé à la moulinette d’un pseudo-réalisme passe-partout et mâtiné de dialogues ineptes.

Ce n’est pas anodin de constater que Jérémie Guez fut notamment le scénariste de Lukas, la dernière tentative de come-back en date de JCVD, mais également de films tels que La Nuit a dévoré le monde ou encore Carnivores, lesquels tendaient à perpétuer une mouvance très à la mode, celle de l’abattage des barrières entre cinéma de genre et cinéma d’auteur. Tu ne tueras point est un exemple parlant de l’inanité de la plupart de ces tentatives (il existe heureusement quelques exceptions à la règle, dont l’excellent L’Heure de la sortie de Sébastien Marnier, à sortir en janvier 2019), exposant nettement un enfonceur de portes ouvertes ayant l’impression d’inventer l’eau chaude.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 13/09/2017

Cette semaine marque le retour de Tom Cruise à du divertissement de qualité, celui de Michel Hazanavicius à la comédie de pastiche, et celui de Darren Aronofsky au grand n’importe quoi.

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American Made de Doug Liman

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Le personnage de Barry Seal est une sorte de pantin désarticulé, brinquebalé entre les intérêts de deux camps opposés, mais aussi aveuglé par le goût de l’adrénaline et l’appât du gain. Comme Maverick dans Top Gun, il est gouverné par cette idée – plus inconsciente, dans le cas présent – de vouloir toujours se dépasser, suivant le culte du « toujours plus haut, toujours plus fort » qui est à la fois le moteur et la malédiction de nombre de personnages de la fiction américaine. Mais (…) là où, dans Top Gun, Maverick échouait puis se relevait, pour revenir encore plus fort et déterminé, Barry Seal est un personnage qui se croit invincible mais finit par être rattrapé par des forces et des enjeux qui le dépassent. Ayant volé trop près du soleil, il est ainsi condamné à se brûler les ailes et à tomber.

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Note : 6,5/10

 

Le Redoutable de Michel Hazanavicius

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L’hommage pourrait apparaître comme un brin naïf, et il l’est forcément un petit peu, mais il participe de cette dialectique qu’installe le film entre une réelle admiration pour son sujet et une certaine irrévérence – quoique tout de même contrôlée – vis-à-vis du « monument » Godard. Car s’il ne fait aucun doute qu’Hazanavicius aime Godard cinéaste – ne serait-ce que par cette façon presque fétichiste de recréer des images –, il n’hésite également pas à le bousculer de toutes les manières possibles et imaginables : renversé et piétiné dans les manifestations de mai 68, hué et chahuté lors de meetings des étudiants communistes, ou encore à travers sa paire de lunettes, cassée à de nombreuses reprises. De là à ce que l’on puisse dire que le film utilise cette image des lunettes brisées pour remettre en question l’œil du cinéaste et le regard qu’il porte sur son art, il n’y a qu’un pas qui peut aisément être franchi.

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Note : 6,5/10

 

Mother! de Darren Aronofsky

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Le goût douteux de Darren Aronofsky pour la monstration de la souffrance et toute la martyrologie crapoteuse qui va avec ont une nouvelle occasion de s’exprimer à travers ce Mother!, sorte d’apogée de « l’art » du cinéaste. À part dans le paroxystique Requiem for a Dream, Aronofsky avait rarement atteint un tel degré de complaisance dans le petit théâtre misanthrope où il fait évoluer ses personnages. Associée à la lourdeur symboliste dont il est coutumier – érigée en dogme par l’épouvantable The Fountain –, cette tendance crypto-mystico-moraliste de l’auteur lui fait pondre avec Mother! un de ces films les plus pénibles, une expérience aussi éprouvante que creuse, dont la construction en diptyque ne fait qu’accentuer le radotage. Le film n’hésite en effet pas à asséner son discours abscons deux fois de suite, en infligeant à répétition l’envahissement de son espace personnel au personnage de madone « trash » incarné avec une conviction suicidaire par une Jennifer Lawrence tout en crises d’hystérie et en spasmes grimaçants.

Note : 2/10


« American Made » de Doug Liman : La chute d’Icare selon Tom Cruise

Si l’on suit de manière intermittente la carrière du réalisateur Doug Liman, bon faiseur hollywoodien qui semble parfois être traversé par de réelles impulsions d’auteur (1), sa collaboration avec Tom Cruise – après Edge of Tomorrow en 2014 – donne à nouveau l’occasion, avec cet American Made, de s’interroger sur l’image et le statut cinématographiques de cet acteur passionnant, dont la carrière est émaillée de rôles emblématiques et de collaborations avec quelques-uns des plus importants auteurs américains (Kubrick, De Palma, Anderson, Mann, etc.).

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Arrivé à un point de sa carrière où il semble cantonné à du divertissement, à construire des films autour de sa personnalité (les Mission : Impossible, Jack Reacher et sa suite) ou à déambuler tel un fantôme dans de grosses machines sans âme, qui n’ont pas vraiment besoin de sa présence (La Momie), l’acteur opère un pas de côté – avec un cinéaste qui n’est donc pas vraiment un auteur mais avec qui il semble être sur un terrain d’entente propice à la création commune – qui, non seulement, tord de manière bénéfique la figure du héros monolithique qu’il incarne maintenant presque automatiquement, mais lui fait également faire un retour en arrière assez vertigineux vers les débuts de sa filmographie et l’un de ses emplois les plus déterminants.

À la manière de son personnage dans Edge of Tomorrow, Cruise est comme pris dans une boucle temporelle et sa carrière repliée sur elle-même. En incarnant le pilote Barry Seal (2), l’acteur reprend un emploi qu’il a déjà endossé dans la deuxième partie des années 80 – pilote d’avions de chasse dans Top Gun (Tony Scott, 1986) mais également pilote automobile dans Jours de tonnerre (Tony Scott, 1990) – ce qui amène le cinéphile joueur à tisser des liens entre le Tom Cruise d’alors et celui d’aujourd’hui, entre ce que représentent ces deux types de divertissement séparés par le temps mais également par leurs enjeux thématiques, entre Maverick (3) et Barry Seal.

Le personnage de Barry Seal est une sorte de pantin désarticulé, brinquebalé entre les intérêts de deux camps opposés, mais aussi aveuglé par le goût de l’adrénaline et l’appât du gain. Comme Maverick dans Top Gun, il est gouverné par cette idée – plus inconsciente, dans le cas présent – de vouloir toujours se dépasser, suivant le culte du « toujours plus haut, toujours plus fort » qui est à la fois le moteur et la malédiction de nombre de personnages de la fiction américaine. Mais si, dans Top Gun, cette idée finissait par être validée par le discours moral et idéologique du film, pleinement inscrit dans un patriotisme caractéristique du divertissement populaire de son époque, elle est vue d’un œil beaucoup plus cynique dans American Made, lui aussi marqué par une attitude un peu systématique de son époque – cette façon d’être revenu de tout. Là où, dans Top Gun, Maverick échouait puis se relevait, pour revenir encore plus fort et déterminé, Barry Seal est un personnage qui se croit invincible mais finit par être rattrapé par des forces et des enjeux qui le dépassent. Ayant volé trop près du soleil, il est ainsi condamné à se brûler les ailes et à tomber.

Dans les deux cas, le personnage incarné par Tom Cruise est totalement représentatif de la manière dont l’époque conçoit ses héros et ce qui fait d’eux des êtres « extra-ordinaires ». Maverick en était un parce qu’il faisait ce que le pouvoir attendait de lui et qu’il dépassait ses limites, Barry Seal en devient indirectement un parce qu’il s’est joué du pouvoir avant d’en devenir une sorte de martyr exemplaire. Tout comme la propagande patriotique était un système dans les années 80, la critique du pouvoir et du gouvernement par le prisme de faits divers éloignés dans le temps en est probablement devenue un autre. Traversant le temps de manière presque – le cinquantenaire commence tout de même doucement à endosser des rôles de quarantenaires – intemporelle, Tom Cruise reste un marqueur indispensable pour pointer les tendances idéologiques et politiques de l’industrie hollywoodienne.

Thibaut Grégoire

 

(1) On pouvait, par exemple, déceler une vraie volonté de donner à des personnages d’outsiders l’opportunité d’une revanche vis-à-vis d’une certaine forme de pouvoir oppressant, dans Jumper ou encore Edge of Tomorrow.

(2) Ancien pilote de ligne recruté tour à tour par la DEA et par le cartel de Medellín pour des missions en sous-main, condamné à jouer inlassablement un double-jeu mais s’enrichissant grandement au passage.

(3) Personnage incarné par Tom Cruise dans Top Gun.

 

(American Made de Doug Liman (2017) – avec Tom Cruise, Sara Wright, Domhnall Gleeson, E. Roger Mitchell, Caleb Landry Jones, Jesse Plemons)


« Fast and Furious 8 » de F. Gary Gray : La huitième est la bonne

Pour le cinéphile qui la regarde de loin, d’un œil distrait et souvent condescendant, la franchise Fast and Furious apparaît comme quelque chose de très vague et ayant assez peu de rapport avec ce qu’il conçoit comme étant du cinéma. Pourtant, il serait idiot de la laisser hors de portée du regard analytique, tant elle semble définitivement ancrée dans la culture populaire, notamment en ayant intégré une dimension sérielle et en étant parvenue à importer dans son univers des acteurs venus d’horizons différents, au point de créer un casting d’ensemble assez impressionnant, mêlant « action stars » et acteurs dits « sérieux », qui semblent d’ailleurs y prendre plaisir et revenir de film en film.

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Dans ce huitième opus, à Vin Diesel, Dwayne Johnson, Jason Statham, Michelle Rodriguez et Kurt Russel, se sont greffés Charlize Theron, Scott Eastwood ou encore Helen Mirren – en mère de Statham, oui, vous avez bien lu. Theron y incarne d’ailleurs la méchante de service, celle qui convainc Dominic Toretto – le héros incarné par Diesel – de passer du côté obscur, grâce à un odieux chantage dont on ne découvrira la teneur qu’à mi-parcours. Toretto se retrouve donc à jouer dans le camp adverse de son équipe de copains accros aux beaux bolides et à la vitesse, en essayant de mettre la main sur tout un arsenal destiné – pour la vilaine Theron – à prendre ni plus ni moins que le contrôle du monde.

Depuis quelques films, la série des Fast and Furious semble déterminée à s’éloigner de l’étiquette « film de bagnoles/film de beaufs » qui lui était irrémédiablement accolée, et tente d’élargir son public en y insufflant une dimension de film d’action plus généraliste, en dehors des sempiternelles courses illégales ou autres règlements de comptes sur quatre roues. Dans ce film-ci, l’utilisation des véhicules dépasse le cadre habituel, jusqu’à être utilisé comme vecteur d’une scène sortant tout droit d’un film catastrophe – un ballet de voitures folles et téléguidées qui se transforme en pluie d’automobiles tombant comme des météorites sur des héros désemparés (sic) – ou encore dans un climax final sur la banquise, à base de sous-marins, de missiles et de chars d’assauts (re-sic).

Fast and Furious 8 tente donc d’aérer le film de voitures et de courses-poursuites en donnant une dimension démesurée à celles-ci, mais également en privilégiant une autre piste du film d’action : celle des bastons en corps-à-corps comme au bon vieux temps. Il faut dire que le casting de grosses bases viriles, aux physiques hors-normes et « surhumains » (Diesel, Johnson, Statham) renvoie maintenant plus à un fantasme de l’action à l’ancienne, comme a pu également le faire la trilogie Expendables – apparemment clôturée. La franchise Fast and Furious semble donc destinée à reprendre ce flambeau qui continue de fumer malgré son déclin progressif et son passage dans le domaine du Direct-to-DVD ou de la VOD – les films actuels de Steven Seagal, de Dolph Lundgren ou encore de Van Damme.

Mais ce qui apparaît comme nouveau dans ce Fast and Furious – ou en tout cas plus prononcé qu’auparavant –, c’est cet humour de plus en plus présent, à la fois dans une succession de punchlines de bon aloi et dans un second degré permanent quant à la prolifération de démonstrations de force ou de morceaux de bravoure qui assument leur part de grotesque. Si le second couteau Tyrese Gibson hérite d’une grande partie des bons mots et des scènes de comédie ostentatoires, ce qui frappe le plus dans ce domaine est le potentiel comique en expansion de deux acteurs de plus en plus à l’aise dans ce registre, à savoir Dwayne Johnson et Jason Statham. Le premier exulte littéralement quand il a la possibilité d’exposer son timing comique à présent maîtrisé – et il est toujours jouissif de voir un acteur naître à la comédie, surtout quand il semblait ne pas s’y prêter – tandis que le second promène son air patibulaire tout en imposant un côté pince-sans-rire tout britannique.

Avec son intention de touche-à-tout, cette manière de maximiser l’aspect de divertissement très grand public en mêlant action physique, délires pyrotechniques et comédie au premier degré, Fast and Furious 8 atteint un degré de réussite – à la mesure de son ambition – rarement atteint dans les épisodes précédents. Si l’on reste malgré tout dans le domaine du blockbuster décérébré, sans aucune velléité réflexive, il faut admettre de manière humble et honnête que l’on se trouve là face à un résultat à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de grand spectacle.

Thibaut Grégoire

 

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« Power Rangers » de Dean Israelite : La revanche des outcasts

Objet kitsch et chargé rétroactivement d’une mélancolie liée à l’enfance des trentenaires qui ont autrefois suivi de près ou de loin la série et ses deux adaptations cinématographiques, Power Rangers fait partie de ces madeleines de Proust improbables et honteuses, dont on savait qu’un revival était à la fois inévitable et pourtant presque surréaliste. Il faut dire que, si la ringardise intrinsèque de la série était déjà plus ou moins assumée à l’époque, elle a depuis été complètement intégrée par l’inconscient collectif, à tel point que l’on éprouve un certain mal (a priori) à prendre au sérieux une nouvelle adaptation.

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Frappés du jour au lendemain d’une force surhumaine et de capacités surnaturelles, cinq adolescents sont recrutés par Zordon, un mentor extra-terrestre et virtuel, pour former la nouvelle équipe de Power Rangers, sortes de justiciers en armure luttant pour le bien. Leur première mission sera de contrecarrer les plans de Rita Repulsa, ancienne ranger renégate jadis vaincue par Zordon et bien décidée à prendre sa revanche.

Au-delà de cette trame minimaliste classique de blockbuster adolescent tel qu’on a tendance à le concevoir de manière automatique et bornée, ce qui séduit dans ce Power Rangers est cette manière de retarder sans cesse le climax et l’affrontement. Le film pourrait être un défilé ininterrompu de morceaux de bravoures, de scènes d’action spectaculaires et gonflées aux effets numériques, mais il n’a de cesse de remettre à plus tard ce moment fatidique où l’esthétique du film et sa dynamique rejoindront celles de grands spectacles son et lumière à la limite de l’abstraction (façon Transformers).

Les deux premiers tiers du film ont l’allure d’un teen-movie presque intimiste, au rythme assez lent et concentrant son intrigue sur les relations qui se tissent entre ces cinq « outcasts », tous mis à l’écart d’une manière ou d’une autre et qu’un événement « extra-ordinaire » conduit à devoir renforcer les liens entre eux. Car le film se présente totalement comme une espèce de revanche des faibles, prenant la naissance de cette nouvelle équipe de rangers comme une opportunité donnée à des adolescents marginaux de créer quelque chose de neuf et de puissant en dehors de la norme que leur impose l’école, la famille et la société. Cette idée de la mise en place d’une collaboration, de ce travail d’apprivoisement entre les cinq membres de l’équipe pour arriver à un résultat qui leur donnera un statut « hors-norme », est l’une des plus belles du film. En cela, Power Rangers est peut-être plus proche du Breakfast Club de John Hughes que du Chronicle de Josh Trank – auquel le film fait penser de prime abord, par des similitudes scénaristiques et esthétiques un peu trop flagrantes.

Il se trouve que, comme Chronicle, Power Rangers est un peu le matériau de base idéal pour un teen-movie, tant le parallèle à tisser entre la mutation au sens paranormale que subissent les héros et celle qu’éprouvent les adolescents sur le plan physique et hormonal apparaît comme une évidence. Le réalisateur et les scénaristes ont bien compris cette dimension essentielle à intégrer dans le sous-texte de leur film. Et les sous-entendus sexuels – s’ils sont bien présents dans les dialogues ou dans les expériences purement physiques qu’éprouvent les héros quand ils apprennent à maîtriser leurs pouvoirs – investissent jusqu’à la construction dramaturgique du film, en forme de longue montée en puissance vers un point ultime, une grosse demi-heure de déferlement kitsch totalement débridé, dans laquelle la notion de climax atteint sa signification la plus brute : celle d’une jouissance pure et simple, définitivement séparée de toute forme de vraisemblance ou de rationalisation.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 22/02/2017

Les retours de Shyamalan, de John Wick et de Canet réalisateur ne sont pas à mettre sur le même plan, mais sont ce qu’il y a à retenir de cette semaine de sorties.

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Split de M. Night Shyamalan

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M. Night Shyamalan retrouve son cinéma – dans tous les sens du terme – dans ce presque huis-clos psychologique où le fantastique n’est jamais certain et où le passage d’un genre à un autre s’appuie sur un système de croyance qui est depuis le début la pierre angulaire de l’œuvre du cinéaste. Si l’arc du film ne repose pas – comme certains des films les plus emblématiques de Shyamalan – sur un twist final, mais plutôt sur une montée en puissance irréversible, la toute dernière scène, très courte et presque anecdotique, donne à Split une place très précise dans la filmographie du réalisateur et le fait reconsidérer sous un autre angle.

 

John Wick 2 de Chad Stahelski

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Lors de la première heure, le film semble rejouer – de manière plus lourdingue – la partition du premier, même si les scènes de cascades chorégraphiées restent assez fascinantes à regarder. Mais c’est lors de sa deuxième partie qu’il se montre plus ludique, en apportant des variations salutaires. Alors que le personnage de John Wick n’était alors présenté que comme un pur corps d’action, une masse physique increvable et une menace pour quiconque rencontrait son chemin, il se retrouve enfin en position de vulnérabilité, devenant lui-même la cible d’une vendetta généralisée. De vecteur principal de l’action, il devient celui qui la subit et passe le reste du film en situation de survivance, situation que la conclusion semble vouloir encore accentuer en vue d’un troisième volet qui s’annonce encore plus fébrile et dangereux.

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Rock’n Roll de Guillaume Canet

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Après une première partie atteignant des sommets de « beaufitude » franchouillarde et égocentrée, Guillaume Canet trouve enfin quelque chose à dire et à filmer en transformant son égo-trip en film mutant sur la mutation de son personnage, et en tenant la note du sujet qu’il s’est enfin choisi, non sans avoir d’abord enfilé les scènes-sketchs vulgaires et pas drôles.

 

Sieranevada de Cristi Puiu

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Si le malaise de plus en plus grand que l’on ressent devant cette mouvance de films d’auteurs tous coulés dans le même moule – qui se complait à observer ses personnages paumés se faire du tort dans un style entomologique et distancié – est bien présent durant la longue vision de Sieranevada, il resurgit également à la lecture des notes d’intention du réalisateur, tant ce qui y est exprimé semble éloigné que ce qui transparaît dans le film. (…) On y comprend notamment que Cristi Puiu se rêve dans la continuité de Luis Buñuel et plus particulièrement de son Ange exterminateur, alors que son film renvoie plutôt aux règlements de compte familiaux façon Thomas Vinterberg (Festen).

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Timgad de Fabrice Benchaouche

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Feel-good movie indigent sur une équipe de foot junior en Algérie, gouverné jusqu’à l’écœurement par les bons sentiments et réalisé comme un téléfilm de seconde zone.