Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 20/06/2018

Une fois n’est pas coutume, c’est dans les chemins balisés et les reprises de formes et de figures institutionnelles qu’il faut cette semaine aller chercher pour trouver quelque chose à se mettre sous la dent. La rom-com américaine intègre enfin un jeune héros homosexuel dans sa mécanique bien huilée et Bruno Podalydès trouve son bonheur dans un univers suranné mais écrin parfait pour son cinéma comico-poétique.

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Love, Simon de Greg Berlanti

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Au-delà de l’aspect « mainstream » de cette comédie romantique aux rebondissements attendus et aux bons sentiments en rafales, c’est sa manière d’intégrer comme ressort principal et déterminant l’homosexualité de son personnage principal qui interpelle. Plus qu’un film à sujet qui s’imposerait des limites par rapport à ce que son auteur jugerait conforme à « la réalité des choses », ce « feel-good movie » de studio, reprenant sans reculs tous les clichés et archétypes du genre, mais dont le protagoniste principal se trouve être un adolescent homosexuel, entérine complètement l’entrée du héros positif homosexuel dans un cadre de divertissement grand public, de consommation courante. Love, Simon apparaît donc comme la dernière étape d’une intégration définitive de l’homosexualité au sein des normes hollywoodiennes.

Note : 6/10

 

Bécassine de Bruno Podalydès

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D’une base et d’un personnage ayant à ce point vieilli, aussi bien esthétiquement qu’idéologiquement, on pouvait craindre le pire concernant une adaptation cinématographique qui semblait être uniquement guidée par des impératifs commerciaux et d’air du temps, en pleine vague d’adaptations à tout va de BD francophones. Mais la reprise à son compte par Bruno Podalydès de cet univers dépassé et les transformations qu’il y opère afin de le rendre conforme à son cinéma comico-poétique se révèlent payantes. Chez Podalydès, Bécassine n’a de la bécasse que le nom et la bienveillance amusée avec laquelle le cinéaste la traite, ainsi que la globalité de cet univers suranné, font du film une comédie à la fois burlesque et humaine, positive sans être niaise.

Note : 6/10

 

Une prière avant l’aube de Jean-Stéphane Sauvaire

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En adaptant à l’écran le livre autobiographique de Billy Moore, retraçant son expérience en tant que détenu dans les prisons thaïlandaises, Jean-Stéphane Sauvaire tend à proposer un cinéma immersif, plongeant son personnage principal et son spectateur au centre même des plans et de l’action, ne laissant aucun répit ni à l’un ni à l’autre. Cette manière de procéder constitue à la fois la force et la faiblesse du film : force parce que le filmage et la mise en scène, collant à la peau et à la sueur des personnages – notamment dans les scènes de combats ou d’échauffourées – contraignent pour ainsi dire à ne pas perdre une miette du film, à être constamment « la tête sous l’eau », sans échappatoire possible ; faiblesse parce que l’on peut considérer cette démarche comme totalitaire, ne laissant aucune place à la distanciation du spectateur, donc à la réflexion.

La critique sur Le Suricate Magazine

Note : 4,5/10

 

Agatha, ma voisine détective de Karla von Bengtson

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Esthétique épurée et scénario explicatif pour ce dessin animé à destination du très jeune public. Quelques digressions poétiques affleurent – le lézard parlant – et quelques descriptions du monde de l’enfance font mouche, mais le film n’arrive malgré tout pas à se départir de cette impression qu’il prend parfois les enfants pour plus idiots qu’ils ne sont.

Note : 4,5/10

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Sorties Cinéma – 13/06/2018

Le « reboot » féminin de Ocean’s Eleven ne déçoit ni ne surprend, mais c’est un film italien qui tire son épingle du jeu dans les sorties de la semaine, tandis qu’un film d’horreur de série B se vautre dans le grotesque.

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The Place de Paolo Genovese

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Si l’on craint d’abord un film à sketch ou du théâtre filmé, ce film italien a priori classique et patrimonial – il ne s’agit pas vraiment d’un film d’auteur – séduit sur la longueur par la manière dont il développe son concept simple mais complexifié par l’écriture et le montage. La proposition qu’il fait d’un film de dialogues couplé d’un film choral, dans lequel les face-à-face successifs et alternés qui se jouent entre le personnage principal – sorte de figure floue d’ange planificateur ou double fictionnel du créateur démiurge – et ses jouets, des quidams venant lui demander un service en échange d’un autre, se révèle finalement intrinsèquement cinématographique. C’est par le montage alterné et la stratégie de dévoilement progressive, qui serait pratiquement impossible, ou tarabiscotée, au théâtre, que le film parvient à créer une montée en puissance, tout en restant toujours enfermé entre quatre murs dans un bistro, fixé sur une table où l’on discute autour d’un café.

Note : 6/10

 

Ocean’s 8 de Gary Ross

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Ce « reboot » déguisé en suite d’Ocean’s Eleven opère quelques changements assez simple : remplacer George Clooney par Sandra Bullock, Brad Pitt par Cate Blanchett ou encore Matt Damon par Rihanna. Le concept de « féminisation » ne va en réalité pas beaucoup plus loin que ces conversions anecdotiques, et l’on peut même directement mettre à la corbeille l’hypothèse d’un film « féministe », puisque celui-ci fait quand même perpétrer par ses héroïnes un vol de diamants, là où les hommes se contentaient de billets de banques.

Lire la critique sur Le Suricate Magazine

Note : 5,5/10

 

Action ou vérité de Jeff Wadlow

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Comme la série des Final Destination ou encore le récent Wish Upon, Action ou vérité met sur place un petit jeu de massacre dans lequel de jeunes et pas si innocents étudiants se retrouvent pris malgré eux. Ici, il s’agit d’une partie d’action ou vérité possédée par un démon, lequel est bien décidé à mener les joueurs à leur perte. Si le système fonctionne durant la première partie du film, celui-ci s’effondre dans la seconde, lorsqu’il se met à inventer de nouvelles règles et à sortir des révélations grotesques comme des lapins d’un chapeau. Le film aurait gagné à se concentrer sur son idée de départ – le jeu – et à ne pas dévier sur une espèce de grand règlement de compte entre amies et de ménage à trois à l’eau de rose.

Note : 3/10


Sorties Cinéma – 11 et 18/04/2018

À l’affiche ces deux dernières semaines : un auteur majeur avec un film majeur, deux auteurs majeurs avec des films mineurs, deux auteurs mineurs avec des films mineurs et un rien du tout avec une affligeante mascarade.

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Isle of Dogs de Wes Anderson

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De retour à l’animation en stop-motion neuf ans après Fantastic Mr. Fox, Wes Anderson perfectionne sa méthode et continue de développer son cinéma dans le carcan de cette technique tout particulière, tout en approfondissant les thèmes qu’il semble désormais accoler à ce type de films, à cette partie-là de sa filmographie.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 8/10

 

Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot de Gus Van Sant

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Un Gus Van Sant de la veine classique de l’auteur, biopic plutôt académique du dessinateur de presse John Callahan, ancien alcoolique et cloué à un fauteuil roulant suite à un accident de voiture. Si le film a bel et bien un aspect convenu intrinsèque au genre, le traitement du personnage principale et sa quête de subversion à travers l’humour – plus que tout son parcours du combattant en tant qu’handicapé ou qu’alcoolique anonyme – l’emmène sur un terrain un peu moins balisé et un peu plus hétérogène.

Note : 6,5/10

 

The Third Murder de Hirokazu Kore-Eda

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Texte sur Le Rayon Vert

Note : 6,5/10

 

Finding Your Feet de Richard Loncraine

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« Feel good movie » typique mettant en scène des personnages d’un âge certain dans des situations de comédie romantique, Finding Your Feet s’inscrit pleinement dans une mouvance de films anglais très formatés et ciblés, dont le parangon était probablement l’Indian Palace de John Madden. Avec ses acteurs devenus « monstres sacrés » de la comédie britannique et son scénario ronronnant, le film de Richard Loncraine ne révolutionne assurément pas le genre. (…) Pourtant, Finding Your Feet remporte l’adhésion grâce à sa bonne humeur communicative, son casting très investi et le degré de sympathie assez élevé qu’inspirent ses personnages.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 6/10

 

Lean on Pete d’Andrew Haigh

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Après avoir réalisé deux films et une série autour de l’homosexualité (Greek Pete, Weekend et Looking) ainsi qu’un film assez cruel, presque « hanekien », sur le couple (45 Years), le britannique Andrew Haigh semble se diriger vers quelque chose de plus « mainstream » avec l’adaptation d’un roman (La Route sauvage de Willy Vlautin) sur l’amitié entre un jeune garçon et un cheval, ainsi que sur leur périple à travers les États-Unis.

Critique sur Le Suricate Magazine

Note : 4,5/10

 

Taxi 5 de Franck Gastambide

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Petit bijou de mauvais goût, de racisme patenté et de misogynie exacerbée, servi sur un plateau par le beauf 2000, Franck Gastambide, et son acolyte le plus mauvais acteur du monde, Malik Bentalha. Réussissant l’exploit d’être encore moins drôle que le sinistre Taxi 4, Taxi 5 déterre au passage l’inénarrable Bernard Farcy, perdu dans les oubliettes de la nanarophilie perverse, et dont l’apparition momifiée n’est pas le plus triste de cette sale histoire.

Note : 1/10


BIFFF 2018 : Carnet de bord (jours 1 et 2)

Bienvenue au BIFFF pour deux semaines de visionnage intensif, de bons (et de moins bons) films, d’ambiance survoltée et de Cuvée des Trolls. Ces deux premiers jours furent déjà fructueux et permirent une découverte : un réjouissant premier film espagnol.

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Marrowbone de Sergio G. Sánchez

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Un film de fantôme dans la lignée de L’Orphelinat ou Les Autres, suivant jusque dans les moindres détails les règles du genre, au point de paraître affreusement téléphoné à quiconque a vu plus d’un film du même acabit. Malgré tout, Marrowbone bénéficie d’un jeune casting homogène (dont l’excellente Anya Taylor-Joy, vue dans Split et The Witch) et reste largement regardable et plus ou moins agréable, moyennant un ennui intermittent, sa forme plus que classique lui conférant un aspect lisse mais pas dénué de charme.

Note : 5/10

 

Jungle de Greg McLean

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Depuis sa sortie de la saga Harry Potter, Daniel Radcliffe semble être dans un concours permanent avec lui-même, pour interpréter le rôle le plus improbable, le plus humiliant ou le plus avilissant. Après avoir fait le cadavre péteur dans Swiss Army Man, le voici donc en pseudo aventurier du pauvre, tout aminci, amoindri et claudiquant, dans un grand numéro de cabotinage hystérique. Sa performance est grotesque, mais peut-être pas autant que le film, sorte d’ersatz « cheap » de La Plage de Danny Boyle, déjà pas fameux en soi.

Note : 3/10

 

RIP de Caye Casa et Albert Pintó

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Présenté en avant-programme du long métrage Matar a Dios, ce court métrage de « Caye et Pintó » a eu le mérite d’installer l’univers de ses deux auteurs et de dérider la salle avant le plat de résistance, de par son humour noir et ses effets gore décomplexés, tout anecdotique soit-il.

Note : 5/10

 

Matar a Dios (Killing God) de Caye Casas et Albert Pintó

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Partant sur une idée de court métrage – Dieu, sous l’apparence d’un clochard de petite taille, donne l’opportunité aux quatre membres d’une famille dysfonctionnelle de choisir les deux survivants de la fin de l’humanité –, le premier long métrage de « Caye et Pintó » fait preuve de réelles qualités d’écriture et d’une habileté certaine à étirer son pitch « timbre poste » sur une heure et demi, par quelques cassures de rythme et autres revirements narratifs. Esthétiquement très inspirés par quelques aînés (dont Alex de la Igelsia ou encore Jean-Pierre Jeunet), les deux auteurs de Matar a Dios arrivent le plus souvent à se défaire de cette emprise référentielle et tombent plutôt dans un autre piège, celui d’une fin résonnant comme une « chute » – attention, double sens pour ceux qui ont vu le film – de petits malins, ramenant le film à ce qu’il avait réussi à faire oublier qu’il était en filigrane : un court étiré en long.

Note : 7/10

 

QEDA (Man Divided) de Max Kestner

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Dès les premières minutes, nous comprenons que ce film d’anticipation danois va être un long chemin de croix. Une succession de scènes superflues peine à masquer le manque d’inspiration criant d’un cinéaste incapable d’insuffler une dimension métaphysique dans sa mise en scène et son écriture. Man Divided s’offre ainsi comme un énième film de SF prétentieux qui se regarde brasser du vide. Si son ambition est louable, il est symptomatique de constater que ce genre de films ne parvient jamais à approcher une idée du Temps (ou un ressenti métaphysique) qui est pourtant leur sujet. (GR)

Note : 2/10

 

Downrange de Riûhei Kitamura

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Une bande de jeunes écervelés crèvent un pneu sur une route déserte et se retrouvent à la merci d’un sniper fou. Parsemé d’effets visuels douteux (mentions spéciales au maquilleur et au chef op, déchaînés), le royal nanar que constitue Downrange joui du casting le plus homogènement cataclysmique qui soit, réuni dans un grand concours de mimiques improbables et de gémissements impromptus. Cette particularité s’explique peut-être par la direction d’acteurs, le réalisateur Kitamura ayant peut-être demandé à ces jeunes comédiens américains de jouer comme des acteurs de soap japonais. Quoi qu’il en soit, le manque de rythme du film l’empêche d’accéder au rang de plaisir coupable au second degré, mais les commentaires plutôt inspirés des « bifffeurs » lors de la séance ont largement aidé à faire passer la pilule. À noter également : une fin des plus abruptes, cruelles et arbitraires, qui faute de sauver le naufrage que constitue Downrange, a le mérite de laisser le spectateur médusé sur une note sympathique.

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du festival


Sorties Cinéma – 21/03/2018

Ce n’est pas toutes les semaines que sort sur nos écrans un film kirghize, c’est donc l’occasion d’en profiter, d’autant plus que Centaure d’Aktan Arym Kubat vaut réellement le détour. Ce qui n’est pas forcément le cas de deux autres films d’auteur à haute ambition sociétale ou politique, également visibles.

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Centaure d’Aktan Arym Kubat

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Avec Centaure, c’est un témoignage à la fois assez désespéré et hautement métaphorique sur la situation actuelle de son pays et de sa culture que livre Aktan Arym Kubat, en mettant en parallèle la perte de contact des Kirghizes avec leur terre, leur culture, leurs traditions, et la montée en puissance d’un radicalisme religieux – représenté par des barbus croqués comme des personnages burlesques, influençant de manière subreptice la vie de la communauté. (…) Dans sa manière d’opposer à l’obscurantisme et à la perte des racines un élan libertaire en rapport avec la nature, Aktan Arym Kubat fait également intervenir les films comme éléments primordiaux de ce sursaut salutaire de liberté, posant ainsi le cinéma comme un des derniers terrains de protestation possibles, et le « film » comme objet révolutionnaire.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 7,5/10

 

La Prière de Cédric Kahn

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En se mettant en tête de suivre un personnage de drogué en rémission dans une communauté d’anciens addicts qui se soignent par la prière et la foi religieuse, Cédric Kahn à tendance à vouloir être plus catholique que le pape. Son but est manifestement de s’immerger dans cette communauté et de la décrire de manière la plus honnête possible, mais il le fait sans recul ni point d’ancrage idéologique, ce qui revient à cautionner sans remise en question son aspect sectaire. À travers ces scènes de dévotion béate ou de rassemblements « bénéfiques » baignés de démonstrations appuyées d’amitié fraternel ou de bienveillance systématisée, le film en vient à faire l’apologie de l’angélisme. Encore une fois, la fameuse « expérience immersive », que veulent éprouver et retranscrire à l’écran nombre de cinéastes, aura débouché sur un naturalisme neutre et atone, sans reliefs ni point de vue.

Note : 2,5/10

 

Après la guerre d’Annarita Zambrano

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Comme si le genre du film à sujet impliquait forcément de ne pas accorder beaucoup d’importance à la forme, Annarita Zambrano semble avoir choisi d’épurer celle-ci au maximum. Mais ici, « épure » n’est pas synonyme de « radicalité », loin de là. Arborant une esthétique de téléfilm didactique, Après la guerre a des allures de film à débats que l’on inclurait dans une soirée thématique ou dans le cadre d’une projection scolaire, mais il est difficile d’y voir du « cinéma » à proprement parler.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2,5/10


Sorties Cinéma – 14/03/2018

Un premier film belge à sujet, un blockbuster « vintage » et la première réalisation d’un comique français sont à l’affiche cette semaine. Le point commun entre ces trois films : ils sont égalitairement ratés.

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La Part sauvage de Guérin Van de Vorst

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Après Noces, voici le nouveau film belge sur un sujet de société : en l’occurrence, le départ de jeunes musulmans pour la Syrie. Guérin van de Vorst a beau se cacher derrière l’autre sujet du film – le retour d’un père de prison et le lien qu’il tente de renouer avec son fils –, il ne peut dissimuler l’opportunisme honteux et l’absence totale de point de vue avec lesquels il s’empare d’un thème d’actualité uniquement pour marquer les esprits. C’est clair qu’il ne les aurait pas marqués autrement, avec cette version longue d’un court d’école, où les personnages ne sont que des fonctions scénaristiques et la fin une « chute » aussi abrupte que ridicule.

Note : 2/10

 

Tomb Raider de Roar Uthaug

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Si l’on pouvait déjà se poser la question de l’utilité d’une nouvelle adaptation de Tomb Raider au cinéma, alors que le jeu et le personnage de Lara Croft sont désormais des objets « vintage » à la limite de la ringardise, elle n’en est que plus légitime à la vision du présent film, sorte d’ersatz raté d’un Indiana Jones féminin mêlé à un survival en milieu naturel hostile. Il n’y a absolument aucune originalité dans ce film d’aventures qui se voudrait « à l’ancienne » mais n’est que dépassé, d’une banalité affligeante et d’un ennui certain.

Note : 2/10

 

Tout le monde debout de Franck Dubosc

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Si l’on ne devait probablement pas attendre grand-chose de la première réalisation de Franck Dubosc, on pouvait pour tout le moins espérer qu’il livre une comédie vaguement drôle dans ses dialogues, et qu’il s’y réserve un rôle le mettant en valeur dans son abattage comique. Force est de constater que ni l’un ni l’autre de ces espoirs bien naïfs n’est comblé, puisque Dubosc à plutôt voulu verser dans la comédie « douce-amère », genre dont rêvent apparemment les comiques en manque de respectabilité. (…) Ne reste donc qu’une « comédie française » dans tout ce qu’impliquent maintenant presque irrémédiablement ces deux termes associés : un téléfilm bon enfant, plein de bons sentiments et de raccourcis intellectuels.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2/10


« Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand

Ce court texte est dirigé tout autant contre Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, que contre les critiques qui ont contribué à en faire une petite sensation de ce début d’année, se basant sur des ressentis et des éléments qui ne se trouvent objectivement pas dans le film.

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Le premier film de Xavier Legrand est donc, on le sait maintenant, un faux film de genre déguisé en film à sujet, ou un faux film à sujet déguisé en film de genre, ou l’on ne sait trop quoi d’autre. Pour résumer, c’est un film dont l’auteur semble ne pas vouloir se cantonner à un genre, un style, tant il croit avoir sous le pied une quantité inépuisable de possibilités, à la fois en tant que narrateur et que metteur en scène. Bien entendu, il n’a aucune de ces possibilités à disposition, et se casse les dents sur presque tout ce qu’il est certain de pouvoir réussir.

Ce qui est le plus aberrant dans la campagne de promotion et de réception du film par la presse et les cinéphiles, c’est que pratiquement tous ceux qui ont eu l’occasion de donner de la voix ou de la plume sur le sujet ont accrédité, sans aucune retenue, les notes d’intentions du réalisateur et ont donc approuvé le fait que : oui, la scène d’ouverture rappelle la méthode mise en place et développée par Depardon dans ses documentaires sur les institutions ; oui, le film déploie une vraie tension et une ambiguïté concernant les intentions et le passif des personnages ; oui, la dernière partie s’ouvre au film de genre et fait même directement penser à celle du Shining de Kubrick.

Inutile de préciser qu’aucun de tous ces éléments ne se trouve factuellement dans le film, ou en tout cas, que celui-ci ne parvient jamais à atteindre le but escompté. La première scène d’un quart d’heure, présentant un couple en instance de divorce durant une audience devant une juge concernant la garde de leur fils, a effectivement et manifestement l’ambition d’évoquer les films de Depardon, mais la sur-écriture des dialogues, les clichés dans lesquels sont cantonnés les deux personnages principaux, la manière frontale de filmer – à mille lieues de la caméra discrète de Depardon – ainsi que le regard oblique et méprisant que la juge pose sur les parents, n’ont rien à voir avec le modèle revendiqué.

De même, il ne fait jamais le moindre doute durant toute la longueur du film que le père est bel et bien violent et intrusif, thèse que semble d’ailleurs vouloir accréditer chaque scène, chaque plan du film, mais que les critiques ont vraisemblablement décidé d’ignorer pour fantasmer un film à eux, dans lequel les personnages, les situations et les dialogues seraient pétris de subtilité. Enfin, le final – comparé à Shining car il fait intervenir un personnage défonçant une porte, tandis qu’un autre crie de peur derrière celle-ci – n’est jamais transcendé par la mise en scène ni ne bascule dans le genre, puisqu’il est traité avec le même naturalisme plat que le reste du film et est expédié en cinq minutes, sans que la tension n’ait eu la moindre chance de se développer.

Plus que le film en lui-même donc – lequel est sans intérêt mais pas plus qu’un téléfilm vaguement haletant du samedi soir sur votre chaîne télé de prédilection –, c’est sa réception critique qui pose question, tant elle a pris l’allure d’un chœur de louanges ne faisant que reprendre comme argent comptant des déclarations d’intentions du réalisateur comme si elles avaient effectivement été traduites dans le corps-même du film. Est-ce donc cela que la critique telle qu’on la conçoit aujourd’hui ? Un « travail » de promotion bien lisse, un brossage dans le sens du poil sans aucun regard porté sur l’objet, sans réflexion sur ce qui est vu ? Peut-être n’est-il dès lors plus nécessaire pour les distributeurs de montrer les films à ceux qui sont censés les analyser ? Peut-être leur suffirait-il tout simplement de faire passer un dossier de presse avec un synopsis complet et un discours d’autopromotion, sans se donner la peine de projeter le film ? Le résultat serait le même.

Thibaut Grégoire