Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2018 : Carnet de bord (jours 8 et 9)

Parallèlement à la présence événementielle de Guillermo Del Toro, et d’une longue masterclass au cours de laquelle le cinéaste mexicain aura fait preuve de beaucoup de générosité, le BIFFF continuait à présenter des films intéressants : la (plutôt) bonne surprise italienne The Place, et le premier film en anglais d’Isaac Ezban, grand habitué du festival.

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Belzebuth d’Emilio Portes

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Encore un film mexicain de possession satanique, après le pénible El Habitante. Si le film d’Emilio Portes n’échappe pas au sempiternel discours fumeux empli de religiosité exacerbée, et s’il s’avère au final tout aussi banal et routinier que n’importe quel avatar du genre, il est tout de même ponctué de deux moments assez intéressants et inattendus pour éveiller l’attention : tout d’abord, une scène d’attentat dans un cinéma, dont l’idée même pourrait être la base d’une réflexion méta vertigineuse, mais ne relève finalement que du domaine de l’anecdote ; puis, une vraie scène d’anthologie, la possession par le démon d’un Christ d’église sur sa croix, véritable moment de subversion jouissive, mais qui ne trouve malheureusement pas d’écho dans le reste du film.

Note : 4/10

 

The Place de Paolo Genovese

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Si l’on craint d’abord un film à sketch ou du théâtre filmé, ce film italien a priori classique et patrimonial – il ne s’agit pas vraiment d’un film d’auteur – séduit sur la longueur par la manière dont il développe son concept simple mais complexifié par l’écriture et le montage. La proposition qu’il fait d’un film de dialogues couplé d’un film choral, dans lequel les face-à-face successifs et alternés qui se jouent entre le personnage principal – sorte de figure floue d’ange planificateur ou double fictionnel du créateur démiurge – et ses jouets, des quidams venant lui demander un service en échange d’un autre, se révèle finalement intrinsèquement cinématographique. C’est par le montage alterné et la stratégie de dévoilement progressive, qui serait pratiquement impossible, ou tarabiscotée, au théâtre, que le film parvient à créer une montée en puissance, tout en restant toujours enfermé entre quatre murs dans un bistro, fixé sur une table où l’on discute autour d’un café.

Note : 6,5/10

 

Parallel d’Isaac Ezban

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Avec ce premier film en anglais et hors de son Mexique natal, Isaac Ezban (The Incident, Los Parecidos) filme un scénario qu’il n’a pas écrit mais qui s’inscrit assez bien dans l’univers de SF, fait de boucles temporelles et de mondes parallèles, qu’il a mis en place avec ses deux premiers longs métrages. Si Parallel se révèle plus être un film de scénario très cadré, au système plus ou moins efficace, et en cela moins caractéristique du style en construction d’Ezban – dont Los Parecidos représente jusqu’à présent le meilleur exemple, mélange de maîtrise formelle et de moments de folie, le tout assorti d’une réflexion sur l’imaginaire –, il lui permet néanmoins d’asseoir sa place particulière d’auteur de SF et de se diriger vers un cinéma plus mondialisé. Reste à savoir s’il parviendra à l’avenir à garder sa singularité, au fil de projets de plus en plus ambitieux.

Note : 6,5/10

 

Five Fingers for Marseilles de Michael Matthews

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Prometteur sur le papier, cet hommage lourdingue au western – et plus particulièrement au western spaghetti, le style en moins – transposé dans une Afrique du Sud d’anticipation, n’est qu’une succession d’images soignées et de clichés patentés, dont on devine que le réalisateur a des velléités de faiseur lambda. C’est donc fort de sa carte de visite toute clinquante qu’il attend patiemment mais sûrement son passeport hollywoodien pour aller faire de la soupe dans d’autres contrées.

Note : 3,5/10

 

Tragedy Girls de Tyler MacIntyre

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Là encore, de belles promesses précédaient ce film, relecture autoproclamée du genre « slasher » avec une petite touche féministe, dans l’ère du temps. On sent en effet la volonté, sinon parodique, du moins satirique de l’ensemble, et la filiation méta avec la saga des Scream. Mais passé la surprise de début et quelques bonnes idées, notamment la conclusion et le traitement de l’amitié entre les deux protagonistes, psychopathes à la vie à la mort, Tragedy Girls ne va pas plus loin qu’une petite blague sympathique mais sans ampleur ni grandes conséquences.

Note : 5/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du festival

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Une Réponse

  1. nous étions aussi, mais nous n’avons pas encore publié dessus…

    avril 13, 2018 à 22:13

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