Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2017 – « L’Atelier » de Laurent Cantet

Neuf ans après Entre les murs – et après deux films tournés à l’étranger (Foxfire et Retour à Ithaque) – Laurent Cantet revient à ce qui lui avait valu une Palme d’Or en 2008 : le film d’enseignement. C’est cette fois-ci dans le cadre d’un stage d’écriture pour jeunes que le cinéaste place sa caméra. Mais il le fait de manière plus délibérément fictionnelle que dans Entre les murs, notamment en confiant le rôle de la prof/écrivain à Marina Foïs, donc confrontée à de jeunes acteurs non-professionnels.

« L'Atelier » de Laurent Cantet

Prenant des allures de thriller au fur et à mesure de sa progression narrative, le film joue la carte de la mise en abîme en faisant deviser les jeunes et leur professeur sur les techniques de narration et les directions possibles à prendre pour écrire un roman noir, puisque c’est bien un roman noir qu’ils ont pour projet d’écrire. Mais comme le récit du roman en cours d’écriture, lequel se dessine au gré des conversations que restitue le film, la trame romanesque du film – le mal être au monde d’un des élèves du groupe et son face-à-face progressif avec le professeur d’écriture – se mêle à des questionnements sur l’histoire ouvrière et communiste de la ville de La Ciotat, où se déroule le stage et d’où sont issus tous les jeunes qui y participent.

Cantet – et son coscénariste Robin Campillo – entretiennent un jeu constant d’équilibre instable entre les différentes strates du film : l’atelier d’écriture, la trame romanesque et le sous-texte politique. Esthétiquement, le film opère aussi des basculements presque imperceptibles entre les scènes de discussion lors de l’atelier, qui sont filmées principalement en plans serrés sur les visages – donnant un aspect performatif à la parole –, les scènes hors-atelier, s’attardant sur deux des protagonistes – la prof et l’élève « à problèmes » – de manière assez classique et sans réel parti pris de mise en scène, et enfin une dernière partie presque « crépusculaire » – mais se déroulant en réalité à l’aube – qui apporte une dimension autre, à la frontière entre le thriller et la fable onirico-poétique.

Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival

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