Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 14/03/2018

Un premier film belge à sujet, un blockbuster « vintage » et la première réalisation d’un comique français sont à l’affiche cette semaine. Le point commun entre ces trois films : ils sont égalitairement ratés.

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La Part sauvage de Guérin Van de Vorst

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Après Noces, voici le nouveau film belge sur un sujet de société : en l’occurrence, le départ de jeunes musulmans pour la Syrie. Guérin van de Vorst a beau se cacher derrière l’autre sujet du film – le retour d’un père de prison et le lien qu’il tente de renouer avec son fils –, il ne peut dissimuler l’opportunisme honteux et l’absence totale de point de vue avec lesquels il s’empare d’un thème d’actualité uniquement pour marquer les esprits. C’est clair qu’il ne les aurait pas marqués autrement, avec cette version longue d’un court d’école, où les personnages ne sont que des fonctions scénaristiques et la fin une « chute » aussi abrupte que ridicule.

Note : 2/10

 

Tomb Raider de Roar Uthaug

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Si l’on pouvait déjà se poser la question de l’utilité d’une nouvelle adaptation de Tomb Raider au cinéma, alors que le jeu et le personnage de Lara Croft sont désormais des objets « vintage » à la limite de la ringardise, elle n’en est que plus légitime à la vision du présent film, sorte d’ersatz raté d’un Indiana Jones féminin mêlé à un survival en milieu naturel hostile. Il n’y a absolument aucune originalité dans ce film d’aventures qui se voudrait « à l’ancienne » mais n’est que dépassé, d’une banalité affligeante et d’un ennui certain.

Note : 2/10

 

Tout le monde debout de Franck Dubosc

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Si l’on ne devait probablement pas attendre grand-chose de la première réalisation de Franck Dubosc, on pouvait pour tout le moins espérer qu’il livre une comédie vaguement drôle dans ses dialogues, et qu’il s’y réserve un rôle le mettant en valeur dans son abattage comique. Force est de constater que ni l’un ni l’autre de ces espoirs bien naïfs n’est comblé, puisque Dubosc à plutôt voulu verser dans la comédie « douce-amère », genre dont rêvent apparemment les comiques en manque de respectabilité. (…) Ne reste donc qu’une « comédie française » dans tout ce qu’impliquent maintenant presque irrémédiablement ces deux termes associés : un téléfilm bon enfant, plein de bons sentiments et de raccourcis intellectuels.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2/10

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« Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand

Ce court texte est dirigé tout autant contre Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, que contre les critiques qui ont contribué à en faire une petite sensation de ce début d’année, se basant sur des ressentis et des éléments qui ne se trouvent objectivement pas dans le film.

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Le premier film de Xavier Legrand est donc, on le sait maintenant, un faux film de genre déguisé en film à sujet, ou un faux film à sujet déguisé en film de genre, ou l’on ne sait trop quoi d’autre. Pour résumer, c’est un film dont l’auteur semble ne pas vouloir se cantonner à un genre, un style, tant il croit avoir sous le pied une quantité inépuisable de possibilités, à la fois en tant que narrateur et que metteur en scène. Bien entendu, il n’a aucune de ces possibilités à disposition, et se casse les dents sur presque tout ce qu’il est certain de pouvoir réussir.

Ce qui est le plus aberrant dans la campagne de promotion et de réception du film par la presse et les cinéphiles, c’est que pratiquement tous ceux qui ont eu l’occasion de donner de la voix ou de la plume sur le sujet ont accrédité, sans aucune retenue, les notes d’intentions du réalisateur et ont donc approuvé le fait que : oui, la scène d’ouverture rappelle la méthode mise en place et développée par Depardon dans ses documentaires sur les institutions ; oui, le film déploie une vraie tension et une ambiguïté concernant les intentions et le passif des personnages ; oui, la dernière partie s’ouvre au film de genre et fait même directement penser à celle du Shining de Kubrick.

Inutile de préciser qu’aucun de tous ces éléments ne se trouve factuellement dans le film, ou en tout cas, que celui-ci ne parvient jamais à atteindre le but escompté. La première scène d’un quart d’heure, présentant un couple en instance de divorce durant une audience devant une juge concernant la garde de leur fils, a effectivement et manifestement l’ambition d’évoquer les films de Depardon, mais la sur-écriture des dialogues, les clichés dans lesquels sont cantonnés les deux personnages principaux, la manière frontale de filmer – à mille lieues de la caméra discrète de Depardon – ainsi que le regard oblique et méprisant que la juge pose sur les parents, n’ont rien à voir avec le modèle revendiqué.

De même, il ne fait jamais le moindre doute durant toute la longueur du film que le père est bel et bien violent et intrusif, thèse que semble d’ailleurs vouloir accréditer chaque scène, chaque plan du film, mais que les critiques ont vraisemblablement décidé d’ignorer pour fantasmer un film à eux, dans lequel les personnages, les situations et les dialogues seraient pétris de subtilité. Enfin, le final – comparé à Shining car il fait intervenir un personnage défonçant une porte, tandis qu’un autre crie de peur derrière celle-ci – n’est jamais transcendé par la mise en scène ni ne bascule dans le genre, puisqu’il est traité avec le même naturalisme plat que le reste du film et est expédié en cinq minutes, sans que la tension n’ait eu la moindre chance de se développer.

Plus que le film en lui-même donc – lequel est sans intérêt mais pas plus qu’un téléfilm vaguement haletant du samedi soir sur votre chaîne télé de prédilection –, c’est sa réception critique qui pose question, tant elle a pris l’allure d’un chœur de louanges ne faisant que reprendre comme argent comptant des déclarations d’intentions du réalisateur comme si elles avaient effectivement été traduites dans le corps-même du film. Est-ce donc cela que la critique telle qu’on la conçoit aujourd’hui ? Un « travail » de promotion bien lisse, un brossage dans le sens du poil sans aucun regard porté sur l’objet, sans réflexion sur ce qui est vu ? Peut-être n’est-il dès lors plus nécessaire pour les distributeurs de montrer les films à ceux qui sont censés les analyser ? Peut-être leur suffirait-il tout simplement de faire passer un dossier de presse avec un synopsis complet et un discours d’autopromotion, sans se donner la peine de projeter le film ? Le résultat serait le même.

Thibaut Grégoire


Sorties Cinéma – 08/11/2017

Au programme cette semaine : Laurent Cantet tente de retrouver la veine d’Entre les murs, Dayton et Faris le mojo de Little Miss Sunshine, Bustillo et Maury de suivre la trace d’Aja et Thierry Klifa de faire passer un téléfilm pour un film de cinéma.

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L’Atelier de Laurent Cantet

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Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

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Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Rayon Vert

Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Suricate Magazine

Note : 7/10

 

Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton

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Se retranchant derrière leur sujet – et aussi derrière la structure du film de sport, très carrée et impliquant une certaine « efficacité » intrinsèque –, les réalisateurs pensent s’épargner les critiques sur l’indigence de leur scénario et de leur mise en scène. Car Battle of the Sexes, en dehors de son socle de réalité – et des prestation « drôlatiques » mais non moins « oscarisables » de Steve Carell et d’Emma Stone, tous les deux cabotins à souhait –, ne peut lutter à mains nues contre l’élan « feel good » bas de plafond qu’il dégage et son esthétique de reconstitution rétro balisée, sans la moindre aspérité.

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Note : 4/10

 

Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

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Formalistes crapoteux issus de l’école française des réalisateurs geeks et fiers de l’être, Alexandre Bustillo et Julien Maury montent à Hollywood et entendent bien marcher dans les pas d’un Alexandre Aja, en réalisant « leur » Colline à des yeux, à savoir une préquelle improbable du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Même si l’on se dit qu’il vaut parfois mieux s’enquiller un nanar « bien fait » et plus ou moins conscient de son statut, cet espèce de second degré sur l’esthétisation et l’exagération de la violence atteint souvent ses limites dans ce Leatherface, surtout en regard du film original de Hooper, lequel n’était absolument pas dans le même registre et ne méritait pas vraiment ce type de relecture poussive et cynique.

Note : 3,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10


FILM FEST GENT 2017 – Quelques nanars suprêmes !

Alors que le Festival de Gand s’est clôturé le 20 octobre dernier, sur un palmarès contestable, le temps est venu d’un petit retour tardif sur quelques moments dispensables, et malgré tout endurés, de cette édition.

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Final Portrait de Stanley Tucci

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Le comédien Stanley Tucci revient à la réalisation pour livrer une sorte de portrait chromo de Giacometti, déguisé en film d’auteur intimiste. Geoffrey Rush cabotine comme ça ne devrait plus être permis de le faire, et Armie Hammer tente tant bien que mal de faire exister son personnage purement fonctionnel, tandis que deux actrices françaises (Sylvie Testud et Clémence Poésy) viennent jouer les utilités dans ce film morne et propre sur lui.

 

Tueurs de François Troukens et Jean-François Hensgens

Tueurs - François Troukens & Jean-François Hensgens (Versus - SavageFilm - Capture the Flag Films)

Polar de seconde zone réalisé comme un film Europacorp et noyé dans une musique d’ascenseur tout simplement insupportable, Tueurs marque l’entrée « en cinéma » de François Troukens – ancien détenu et néo-vedette RTL. Il est toujours amusant de constater qu’il y aura toujours des ambitieux pour prétendre révolutionner un genre balisé, en l’enfermant complètement dans des clichés de ce qu’ils pensent être « le cinéma américain », et cela avec, en prime, une volonté d’être « réaliste » – ce qui veut apparemment dire violent et lent à la fois – tout bonnement ridicule.

 

Charlie en Hannah gaan uit de Bert Scholiers

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Durant quelques minutes, ce Frances Ha sous acide, cette ersatz « drogué » d’un sous-Woody Allen parodique, peut éventuellement faire illusion, passer pour une tentative sympathique d’alternative trash et underground à la comédie romantique tendance « indie ». Puis, le spectateur médusé se rend compte qu’il est devant une enfilade de sketchs « décalés » et complaisants, qui ont apparemment en plus la prétention d’atteindre à une certaine forme de poésie ou d’onirisme. Il n’y a évidemment rien de tout ça ici, juste de l’humour douteux, parfois vulgaire.

 

The Rider de Chloé Zhao

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Sorte de Wrestler version rodéo, The Rider se situe dans la ligne des fictions documentarisées (ou des documentaires fictionnalisés, c’est au choix) qui suivent des personnages existant dans des situations proches de leur quotidien. Quand le procédé fonctionne et est transcendé par un véritable regard de metteur en scène, cela donne La BM du Seigneur ou Mange tes morts de Jean-Charles Hue. Quand il ne s’agit que de recréer le réel en le passant à la moulinette des canons du « film indépendant », ça donne The Rider. Non content d’être ennuyeux à mourir et vaguement esthétisant, le film se permet quelques scènes d’un voyeurisme patenté, en faisant « jouer » un ancien champion de rodéo rendu hémiplégique par une chute.

 

Le Festival de Gand s’est tenu du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


FILM FEST GENT 2017 – « Un homme intègre » de Mohammad Rasoulof

À la tête d’une petite exploitation de poissons d’eau douce, Reza voit sa famille être l’objet d’un processus d’ostracisation lorsqu’il tient tête à une compagnie privée qui a des vues sur son terrain. Devant faire face à la corruption, aux méthodes brutales de milices locales, et au regard de plus en plus méprisant de la communauté, Reza encaisse les coups jusqu’à mettre sur pied une vengeance personnelle, laborieuse et progressive.

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Il y a dans le dernier film de Mohammad Rasoulof – Prix Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes – une dimension de film d’humiliation, genre festivalier que nous nous appliquons parfois à débusquer, voire à « dénoncer ». Le martyr social qu’endure le personnage principal – tête de truc d’un système et d’une communauté qui le broient un peu plus au fil des séquences et du chemin de souffrance auquel semble le destiner le film au fil de son scénario – a en effet d’abord un aspect unilatéral, sans échappatoire, qui tendrait à le classer dans cette catégorie.

Mais Un homme intègre est plus subtil que cela et opère, de manière aussi lente et cachée que son personnage principal, un revirement négocié en douceur vers une dernière partie en forme de sursaut d’orgueil ainsi qu’un basculement dans quelque chose qui s’apparenterait presque au film noir. Ainsi, la revanche du héros, d’abord présentée comme une revanche des faibles par rapport à la communauté, devient un élément de suspense puis le prétexte à un dernier retournement de situation aussi discret que majeur, et ouvrant encore les champs du film en tant que polar au sous-texte politique et engagé.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand s’est tenu du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


FILM FEST GENT 2017 – « Zagros » de Sahim Omar Kalifa

Réalisateur belgo-kurde jouissant d’une discrète renommée internationale grâce à quelques courts métrages ayant récolté des prix de par le monde – et ayant figuré dans la « short list » des courts oscarisables – Sahim Omar Kalifa s’intéresse, pour son premier long, au sort d’un berger kurde, suivant sa femme en Belgique après que celle-ci ait été accusée d’adultère par la petite communauté patriarcale de leur village, mais vite rattrapé par le doute et la jalousie lorsque la loi de l’honneur familial le suit jusqu’à son lieu d’exil.

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Dans la droite lignée de ce qu’a pu nous proposer « l’édifiant » Noces de Stefan Streker, il y a quelques mois, Zagros surfe sur cette vague de films « engagés » cherchant à dénoncer des pratiques rétrogrades mais s’appliquant surtout à stigmatiser une communauté et à faire rentrer dans l’inconscient collectif des idées nauséabondes sur les minorités immigrantes. Non pas que ces films le fassent délibérément. On peut raisonnablement penser que les intentions de Kalifa – tout comme celles de Streker, mais d’une autre manière, celui-ci étant totalement étranger à la communauté qu’il décrivait et n’ayant pas de légitimité, a priori, pour la montrer telle qu’il l’a fait – sont sincères et louables, qu’il tend à mettre en lumière des inégalités et un système pervers lié à une culture qu’il connaît probablement très bien de l’intérieur.

Mais l’aspect pervers de sa démarche est qu’elle revient à assigner à l’exemple fictionnel qu’il donne – le film n’est pas clairement inspiré d’un fait divers, contrairement à Noces – une valeur d’universalité et de vérité, tant l’esthétique du film et sa mise en scène sont dans l’imitation unilatérale du réel. Ce type de film peut avoir un effet dangereux car l’aspect naturaliste qu’il dégage lui confère une dimension « véridique » qui n’est pas toujours analysée et décortiquée comme il se doit.

Ce que le film va imprégner dans l’esprit d’une majorité de spectateurs, à travers l’exemple de cet homme rattrapé par sa culture et de vieilles traditions, c’est que l’intégration est impossible parce que les hommes seront toujours hantés par de vieux réflexes traditionnalistes, qu’ils ne pourront pas intégrer complètement une autre culture et un autre système de pensée, qu’ils en reviendront à une violence primale supposément liées à leurs origines. Autrement dit, en voulant dénoncer des injustices, ce type de film fait inconsciemment et malgré lui le lit du racisme ordinaire, et participe à la perpétuation de clichés sur les minorités et sur l’immigration. Il est parfois difficile de le déceler, mais il faut toujours être vigilant quant à ce que véhicule idéologiquement un film, en dehors de ses intentions de départ, qui ne sont pas toujours en adéquation avec les chemins qu’il emprunte et le résultat qu’il atteint.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


FIFF 2017 – Carnet de bord (1)

Ces premiers jours de FIFF ont été l’occasion de découvrir deux auteurs femmes potentiellement importantes et le premier film de l’acteur Éric Caravaca, dont le travail sur les images a le mérite de poser des questions.

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Jeune femme de Léonor Serraille

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Suivant un personnage de « jeune femme » essayant justement de se débattre avec cette étiquette qu’elle a du mal à assumer, le premier film de Léonor Serraille tente de saisir l’essence de son personnage en le prenant dans une situation difficile puis en le faisant tout doucement revenir dans un cadre plus apaisant. Cette manière d’approcher le personnage en douceur et de faire progressivement venir le spectateur à lui, ainsi que la façon dont il navigue entre différentes ébauches de genres, à travers les rencontres et les seconds rôles, donnent au film à la fois son rythme et son point de vue.

Lire l’interview de Léonor Serraille sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

Jalouse de David et Stéphane Foenkinos

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Dramédie bourgeoise du milieu, Jalouse a pratiquement toutes les tares d’un cinéma d’écrivain à succès, surécrit, sous-mis-en-scène, et sacrifiant à des normes esthétiques et narratives formatées. Comme si David Foenkinos – épaulé à la réalisation par son frère Stéphane – voulait « bien faire », il s’applique à ne pas dévier de ce qu’on attend de lui et de ce type de « comédie ». Le film a beau dévier dans sa première partie vers quelque chose de plus en plus malaisant, avec cette femme dont la jalousie maladive envers son entourage pousse à commettre des actes qu’elle ne maîtrise plus du tout, son ostracisation inévitable – à mi-parcours du film – ne peut, dans l’imaginaire de Foenkinos, qu’être progressivement « rattrapée », lavée, pour que le film retrouve ses rails de feel-good movie gentillet. Un faux-final rappelant à s’y méprendre celui de La Famille Bélier enfonce le clou et cantonne définitivement, par la même occasion, Karine Viard à ce genre de joyeuseté atone.

Note : 2,5/10

 

La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania

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Divisés en neuf chapitres qui sont également neuf plans séquences, La Belle et la meute suit, une nuit durant, la jeune Mariam, laquelle, après avoir subi un viol collectif perpétré par des policiers, tente d’obtenir justice en portant plainte, mais se retrouve enfermée dans un cercle vicieux asphyxiant, les bourreaux étant précisément ceux qui sont censés représenter cette justice. De ce dispositif découle une sensation de surplace, de stagnation, qui implique une forme d’absurdité, de délire kafkaïen dans lequel le personnage se débat apparemment en vain. Si la figure martyrologique que représente le personnage de Mariam et le calvaire qu’elle endure pourraient être insupportables dans tous les sens du terme, pour le spectateur et en tant que postulats et qu’enjeux, c’est la manière dont Kaouther Ben Hania joue avec ce calvaire, en lui donnant des atours de satire politique et sociétale, qui permet à La Belle et la meute de dépasser un statut de film coup-de-poing sûr de ses effets.

Lire la critique complète

Lire l’interview de Kaouther Ben Hania sur Le Rayon Vert

Note : 6,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10

 

Carré 35 d’Éric Caravaca

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Note : 5,5/10

 

Le FIFF se tient à du 29 septembre au 6 novembre à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF