Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 26/04/2017

Cette semaine, un thriller espagnol surprend, les gardiens de la galaxie capitalisent sur leurs acquis, un teen-movie s’embourbe dans les clichés et Pierre Richard gâtifie comme jamais.

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La Colère d’un homme patient de Raúl Arévalo

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L’appréhension que l’on peut éprouver devant un film de cet acabit est souvent lié à la dimension toujours assez droitière de scénarios unilatéraux mettant en scène des « autojusticiers » dont la souffrance initiale semble justifier un déferlement de violence sur les cibles de leur vendetta personnelle. (…) Tarde para la ira parvient à éviter cet écueil, en jouant précisément avec les attentes liées au genre. (…) Le film remplit son contrat et respecte ses enjeux de série B basique, mais de manière détournée.

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Les Gardiens de la galaxie Vol 2 de James Gunn

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Ce deuxième épisode des Gardiens de la galaxie capitalise un maximum sur les recettes du premier (humour omniprésent, bande originale vintage,…) et ajoute une donnée légèrement putassière, le passage du personnage de Groot au « trop mignon » Baby Groot, probablement destiné à gagner des points chez un public enfantin ou féminin. Dans sa dernière partie, le film se fait étonnamment sentimental, voire larmoyant, et finit par faire l’éloge unilatéral de l’esprit de famille et du conformisme, un comble pour une franchise qui réclamait au départ une certaine indépendance vis-à-vis de l’univers Marvel. Le seul film Marvel réellement subversif reste à ce jour Deadpool, et ce Gardiens de la galaxie 2 se classe plutôt parmi les plus lisses et conventionnels.

 

The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig

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L’impression qui domine à la vision de The Edge of Seventeen est celle d’avoir déjà vu ce teen-movie des dizaines de fois. Rien ne dévie jamais du récit de passage et d’acceptation, et des clichés du genre. Le psychologisme approximatif du mélodrame familial, la pauvreté flagrante de la mise en scène, les personnages stéréotypés (la mère fantasque, le prof cool, le « nerd » amoureux transi,…) et l’interprète principale (Hailee Steinfeld, particulièrement crispante) sont autant d’éléments rébarbatifs qui contribuent à couler ce film sans reliefs ni aspérités.

 

Un profil pour deux de Stéphane Robelin

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Comme on peut s’y attendre, Un profil pour deux est rempli de bons sentiments, de personnages stéréotypés et prend l’allure et l’esthétique d’un téléfilm ciblé pour un public assez âgé. Le film se permet bien l’un ou l’autre dérapage contrôlé concernant notamment son trio amoureux légèrement atypique, mais ne manque pas de retomber sur ses pattes lors d’un final pétri de politiquement correct, où tout le monde retrouve bien sa place – les jeunes entre eux, les vieux entre eux, etc.

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Le Procès du siècle de Mick Jackson

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Un film didactique, plat et assez ambigu sur le procès qui opposa l’historienne Deborah Lipstadt au négationniste David Irving, au début des années 2000. Lipstadt étant contrainte de démontrer l’existence de l’Holocauste après avoir été traînée en justice par Irving – qu’elle a préalablement traité de menteur –, le film se concentre sur le travail de ses avocats et donne à l’historienne un rôle assez ingrat, celui d’une femme bornée qui semble ne pas comprendre la différence entre émotion et factualité. Cette stéréotypisation outrancière du personnage et l’espèce de neutralité froide avec laquelle est abordé celui de son adversaire contribuent à rendre très antipathique ce téléfilm même pas amélioré.


Top 5 Jake Gyllenhaal

À l’occasion de la sortie en salles de Life, film d’horreur science-fictionnel dans l’ombre d’Alien et sans grand intérêt, petit retour sur la carrière de l’un des acteurs du film, Jake Gyllenhaal, à travers cinq films et cinq rôles. Top 5 subjectif…

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1/ Zodiac de David Fincher

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Le meilleur film de Gyllenhaal est également le meilleur de son réalisateur, David Fincher. Une fresque ample sur la traque du serial killer du même nom, à la fin des années 60.

 

2/ Donnie Darko de Richard Kelly

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Le film qui a révélé Gyllenhaal reste une œuvre culte pour ceux qui l’ont découverte à sa sortie. L’image de l’acteur restera d’ailleurs intimement liée à ce personnage pour ceux-là même, qui auront dès lors un penchant pour ses personnages les plus « borderline » – ceux de Nightcrawler, de End of Watch ou de Demolition.

 

3/ Nightcrawler de Dan Gilroy

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Polar très noir dans un LA nocturne, et le personnage le plus fou – dans tous les sens du terme – composé par l’acteur.

 

4/ Le Jour d’après de Roland Emmerich

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Considéré comme le grand film « sérieux » – car écolo-conscient – de Roland Emmerich, Le Jour d’après reprend pourtant la structure de films catastrophes « mainstream » et les grandes lubies du réalisateur d’Independence Day. La performance de Gyllenhaal n’est pas franchement ce qu’il y a de plus marquant dans ce film, mais celui-ci se suffit à lui-même, en tant que divertissement plus qu’honnête.

 

5/ Brokeback Mountain d’Ang Lee

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Un film important et attachant, dont la structure très étrange, usant de l’ellipse à outrance, a tout de même de quoi décontenancer.


BIFFF 2017 – Jours 11, 12 et 13

La fin du BIFFF fut calme – de notre côté – et pauvre en découvertes. Il faut dire que deux semaines de visionnages intensifs, de Troll et d’ambiance électrisante nous auront bien fatigué.

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Vendredi 14 avril

 

Will You Be There ? de Hong Ji-young

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En sachant que ce film coréen est adapté d’un roman de Guillaume Musso, on sait plus ou moins ce qu’on va y trouver, à savoir une romance, des bons sentiments et un peu de surnaturel – en l’occurrence un paradoxe temporel assez classique. Étant donné qu’il est difficile de rater totalement un film sur le voyage dans le temps – l’aspect ludique reprenant toujours le dessus sur la dimension de déjà-vu – Will You Be There ? est largement regardable, malgré les lourdeurs scénaristiques et de mise en scène, notamment un usage pénible des ralentis musicaux.

 

Samedi 15 avril

 

Prooi de Dick Maas

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Si un quelconque esprit malade sera tenté de voir dans cette série B hollandaise une parabole de la société se retournant contre ses citoyens – après tout, il s’agit bien d’un lion, emblème nationale, terrorisant les habitants d’Amsterdam –, la seule chose à y voir de fait est son effet spécial principal, ce lion en animatronique, particulièrement gratiné et ringard, qui prend un malin plaisir à décimer du mauvais acteur néerlandais. Parfois, il faut se contenter de peu….

 

Don’t Kill It de Mike Mendez

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Dans cette série B assumée et destinée au marché DVD et VOD, l’immarcescible Dolph Lundgren livre un combat sans merci à une entité antédiluvienne qui prend possession des corps pour répandre la mort. C’est assez laid visuellement, pas vraiment « fun », mais ça rempli le contrat de base, à savoir pas grand-chose.

 

Dimanche 16 avril

 

Storm : Letters van vuur de Dennis Bots

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La séance communautaire du BIFFF, réservée exclusivement aux jeunes enfants néerlandophones, puisqu’elle présentait un film familial en néerlandais sans sous-titres. On se demande donc bien pourquoi ce film-ci n’a pas été sous-titré, étant donné que tous les autres du festival l’ont été. Au-delà de ça, Storm est une aventure historico-enfantine à forte portée didactique sur le moyen-âge anversois et les écrits de Martin Luther. Ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux petits films de l’Historium de Bruges (pour ceux qui l’ont visité – minute « private joke »).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


« Fast and Furious 8 » de F. Gary Gray : La huitième est la bonne

Pour le cinéphile qui la regarde de loin, d’un œil distrait et souvent condescendant, la franchise Fast and Furious apparaît comme quelque chose de très vague et ayant assez peu de rapport avec ce qu’il conçoit comme étant du cinéma. Pourtant, il serait idiot de la laisser hors de portée du regard analytique, tant elle semble définitivement ancrée dans la culture populaire, notamment en ayant intégré une dimension sérielle et en étant parvenue à importer dans son univers des acteurs venus d’horizons différents, au point de créer un casting d’ensemble assez impressionnant, mêlant « action stars » et acteurs dits « sérieux », qui semblent d’ailleurs y prendre plaisir et revenir de film en film.

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Dans ce huitième opus, à Vin Diesel, Dwayne Johnson, Jason Statham, Michelle Rodriguez et Kurt Russel, se sont greffés Charlize Theron, Scott Eastwood ou encore Helen Mirren – en mère de Statham, oui, vous avez bien lu. Theron y incarne d’ailleurs la méchante de service, celle qui convainc Dominic Toretto – le héros incarné par Diesel – de passer du côté obscur, grâce à un odieux chantage dont on ne découvrira la teneur qu’à mi-parcours. Toretto se retrouve donc à jouer dans le camp adverse de son équipe de copains accros aux beaux bolides et à la vitesse, en essayant de mettre la main sur tout un arsenal destiné – pour la vilaine Theron – à prendre ni plus ni moins que le contrôle du monde.

Depuis quelques films, la série des Fast and Furious semble déterminée à s’éloigner de l’étiquette « film de bagnoles/film de beaufs » qui lui était irrémédiablement accolée, et tente d’élargir son public en y insufflant une dimension de film d’action plus généraliste, en dehors des sempiternelles courses illégales ou autres règlements de comptes sur quatre roues. Dans ce film-ci, l’utilisation des véhicules dépasse le cadre habituel, jusqu’à être utilisé comme vecteur d’une scène sortant tout droit d’un film catastrophe – un ballet de voitures folles et téléguidées qui se transforme en pluie d’automobiles tombant comme des météorites sur des héros désemparés (sic) – ou encore dans un climax final sur la banquise, à base de sous-marins, de missiles et de chars d’assauts (re-sic).

Fast and Furious 8 tente donc d’aérer le film de voitures et de courses-poursuites en donnant une dimension démesurée à celles-ci, mais également en privilégiant une autre piste du film d’action : celle des bastons en corps-à-corps comme au bon vieux temps. Il faut dire que le casting de grosses bases viriles, aux physiques hors-normes et « surhumains » (Diesel, Johnson, Statham) renvoie maintenant plus à un fantasme de l’action à l’ancienne, comme a pu également le faire la trilogie Expendables – apparemment clôturée. La franchise Fast and Furious semble donc destinée à reprendre ce flambeau qui continue de fumer malgré son déclin progressif et son passage dans le domaine du Direct-to-DVD ou de la VOD – les films actuels de Steven Seagal, de Dolph Lundgren ou encore de Van Damme.

Mais ce qui apparaît comme nouveau dans ce Fast and Furious – ou en tout cas plus prononcé qu’auparavant –, c’est cet humour de plus en plus présent, à la fois dans une succession de punchlines de bon aloi et dans un second degré permanent quant à la prolifération de démonstrations de force ou de morceaux de bravoure qui assument leur part de grotesque. Si le second couteau Tyrese Gibson hérite d’une grande partie des bons mots et des scènes de comédie ostentatoires, ce qui frappe le plus dans ce domaine est le potentiel comique en expansion de deux acteurs de plus en plus à l’aise dans ce registre, à savoir Dwayne Johnson et Jason Statham. Le premier exulte littéralement quand il a la possibilité d’exposer son timing comique à présent maîtrisé – et il est toujours jouissif de voir un acteur naître à la comédie, surtout quand il semblait ne pas s’y prêter – tandis que le second promène son air patibulaire tout en imposant un côté pince-sans-rire tout britannique.

Avec son intention de touche-à-tout, cette manière de maximiser l’aspect de divertissement très grand public en mêlant action physique, délires pyrotechniques et comédie au premier degré, Fast and Furious 8 atteint un degré de réussite – à la mesure de son ambition – rarement atteint dans les épisodes précédents. Si l’on reste malgré tout dans le domaine du blockbuster décérébré, sans aucune velléité réflexive, il faut admettre de manière humble et honnête que l’on se trouve là face à un résultat à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de grand spectacle.

Thibaut Grégoire

 

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BIFFF 2017 – Jours 5 et 6

Week-end au rythme de croisière pour le BIFFF, avec des fantômes iraniens, un croquemitaine irlandais, des aliens russes ou encore un John Wayne français….

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Samedi 8 avril

 

Under the Shadow de Babak Anvari

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Ce film iranien a apparemment fait sensation à Sundance et est désigné par quelques amateurs de genre comme « le meilleur film d’horreur » de l’année. En dehors de cette hallucination collective incompréhensible, on peut éventuellement dire qu’il s’agit d’un mix improbable entre le début de Poltergeist – avant que ça devienne bien – et le cinéma d’Asghar Farhadi. Si le film avait été américain ou bulgare, personne n’en aurait parlé, mais le politiquement correct à la vie dure.

 

Nails de Dennis Bartok

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Un film de croquemitaine vraisemblablement à très petit budget – les couloirs de l’hôpital où se déroule l’action ressemblent à ceux d’un taudis de Tchernobyl –, Nails rempli plus ou moins son contrat réglementaire, à savoir un monstre très laid et très flippant, des « jumps scares » à n’en plus pouvoir et une héroïne qui crie très bien. À part ça, pas grand-chose à se mettre sous les ongles, mais ce n’est déjà pas si mal….

 

Attraction de Fedor Bondarchuck

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Se voulant le pendant russe d’Independance Day et de sa suite, Attraction parvient à rivaliser avec son modèle américain sur le plan des effets spéciaux, effectivement irréprochables, mais échoue à y apporter une dimension de folie, à ouvrir ses horizons et à sortir du récit étriqué de petits conflits entre personnages peu intéressants. Le début était pourtant visuellement prometteur et ébauchait une piste de « teen movie » pas désagréable, malheureusement développée plus tard en sous-ersatz de Twilight, à la sauce extra-terrestre.

 

Dimanche 9 avril

 

Safe Neighborhood de Chris Peckover

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Se présentant dans un premier temps comme un « home invasion » classique, Safe Neighborhood joue en réalité avec ces attentes-là, avec l’état blasé des spectateurs face à ce sous-genre, pour justement jouer un tour pendable à son public. Car il s’agit, en réalité, de tout sauf d’un « home invasion ». Du « pitch » initial – un jeune garçon et sa tout aussi jeune baby-sitter aux prises avec un intrus cherchant à pénétrer leur maison, un soir d’absence parentale – le film ne fait qu’une bouchée pour le digérer complètement et partir dans une toute autre direction, sitôt qu’un retournement de situation franchement imprévisible vient rebattre les cartes tant sur le plan du scénario que du genre, et même de la mise en scène.

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Le Serpent aux mille coupures d’Éric Valette

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Éric Valette veut faire du cinéma de genre en France et le fait certainement avec beaucoup de sincérité mais se cogne à un mur factuel, celui de ne pas pouvoir verser une culture dans une autre, une cinématographie dans une autre. Dans Le Serpent aux mille coupures, il est difficile d’assimiler des dialogues très premier degré qui passeraient peut-être en anglais mais sont difficiles à digérer en français. De la même manière, le film se voulant une sorte de western moderne, imaginer Tomer Sisley en John Wayne ou encore Pascal Greggory en shérif intègre est une gageure trop importante pour le spectateur démuni devant ce qui ressemble au final plus à un téléfilm France 3 qu’à un hommage à John Ford.

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – « Safe Neighborhood » de Chris Peckover

Pour son deuxième long métrage, Chris Peckover s’aventure sur le terrain balisé du « home invasion », genre largement investi récemment, notamment dans le domaine du Direct-to-DVD, et dont les récentes mues – dont Don’t Breathe apparaît comme l’aboutissement suprême – semblent l’avoir figé dans de nouvelles normes tout aussi handicapantes que les précédentes.

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Mais Safe Neighborhood joue en réalité avec ces attentes-là, avec l’état blasé des spectateurs face à ce sous-genre, pour justement jouer un tour pendable à son public. Car il s’agit, en réalité, de tout sauf d’un « home invasion ». Du « pitch » initial – un jeune garçon et sa tout aussi jeune baby-sitter aux prises avec un intrus cherchant à pénétrer leur maison, un soir d’absence parentale – le film ne fait qu’une bouchée pour le digérer complètement et partir dans une toute autre direction, sitôt qu’un retournement de situation franchement imprévisible vient rebattre les cartes tant sur le plan du scénario que du genre, et même de la mise en scène.

Il est difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop sur un film qui se savoure aussi comme un plaisir du moment, qui prend cet effet de surprise comme un véritable élément de force pour la structure de son ensemble et non comme un twist destiné à en mettre plein la vue sans en faire quelque chose de concluant par la suite. Safe Neighborhood s’articule précisément autour de ce twist et ne commence vraiment qu’à partir de celui-ci, la première demi-heure étant à appréhender comme une sorte de diversion.

Ce n’est pas pour autant que le préambule du film est dénué d’intérêts. Il témoigne déjà d’une certaine maîtrise des espaces dans sa manière de suivre ses deux personnages pris au piège dans un cocon familial de carte postale, la maison de banlieue américaine par excellence. Mais surtout, il installe les bases des thèmes d’un « teen movie » tordu, qui continue de se développer dans le cœur du film avec en bonus un humour tantôt noir, tantôt franchement potache.

La dernière partie du film se permet même des références littérales à Maman, j’ai raté l’avion et continue ainsi de mélanger les genres, les influences et les tons. Sans être gore ni exagérément violent, Safe Neighborhood glisse de plus en plus dans une certaine folie horrifique, tout en gardant un aspect « propre » qui crée une véritable dissension avec son fond. Car plus le film s’achemine vers son dénouement, plus il tend vers une certaine amoralité assez réjouissante. Malheureusement, la toute fin semble rétablir l’ordre moral, avant de se raviser in extremis, mais de manière un peu trop évasive, dans un « cliffhanger » très bref. Quoi qu’il en soit, même avec cette petite réserve, le film aura revisité des genres avec une réelle soif d’originalité et aura proposé un divertissement intelligent, à la fois très construit et protéiforme.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF – Jours 3 et 4

Jeudi et Vendredi ont marqués l’entrée dans le vif du sujet de ce 35ème BIFFF et, outre la déception provoquée par le très attendu nouveau film de Fabrice du Welz, les bonnes surprises de ce début de festival sont venues d’un mélo fantastique coréen, d’un « time flick » hongrois et d’un « revenge movie » espagnol.

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Jeudi 6 avril

 

From a House on Willow Street d’Alastair Orr

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Depuis quelques temps, les jeunes auteurs de genre qui s’attaquent à la sous-catégorie des « home invasion » semblent être tous être traversés par la même idée – qu’ils pensent probablement être seuls à avoir –, à savoir d’inverser le procédé et de faire des envahisseurs les victimes. Après Intruders et Don’t Breath, From a House on Willow Street reprend cette même formule. Pâtissant d’un jeu d’acteurs à la limite de l’amateurisme et d’un esprit de sérieux assez handicapant, le film trouve son salut dans le travail sur les maquillages et les effets spéciaux, notamment dans une dernière partie peuplée d’exorcismes foireux et de tortures surnaturelles. Il est parfois plus rafraîchissant de voir un tel film sans ambitions « auteurisantes », même raté, qu’un film de petit malin prétentieux qui n’accepte pas de faire un vrai film de genre sans y instiller une dimension de nanar festivalier à « haute » portée sociale ou psychologique (suivez mon regard… vers le bas !).

 

Bloodlands de Steven Kastrissios

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Greffer un survival horrifique à un drame familial semblait certainement être une idée révolutionnaire à Steven Kastrissios. Ça ne l’est pas et le rendu esthétique crapoteux de cet ersatz de film albanais réalisé par un australien ne fait qu’augmenter la détresse du spectateur devant cette épreuve heureusement assez courte (1h20).

 

Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

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Deuxième long métrage pour Um Tae-hwa, Vanishing Time peut être vu comme un hommage voilé à certains films Amblin, de par les thèmes abordés et la narration, mais c’est plutôt du côté du manga ou de l’anime qu’il faut peut-être aller chercher des similitudes et des influences. (…) La manière dont est abordée la relation entre les deux personnages principaux, cette histoire d’amitié ou d’amour impossible contrainte par les atermoiements du temps, renvoie à une notion de romantisme fantastique que l’on peut notamment retrouver dans l’animation japonaise, par exemple dans Your Name de Makoto Shinkai.

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Tarde para la ira de Raúl Arévalo

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Tarde para la ira parvient à éviter les écueils du film de vengeance, en jouant précisément avec les attentes liées au genre. Ce jeu sur les attentes, le film y joue une première fois dans sa manière de développer une première partie assez trouble, dans laquelle le « héros » semble poser ses pions de manière assez méthodique. Ce long préambule à la vengeance laisse présager que celle-ci sera lente, détournée, voire vicieuse. Puis, tout bascule extrêmement vite, sans crier gare, lors d’une scène « tournant » qui fait basculer le film dans un « revenge movie » pur et simple, avec tout ce que cela implique de violence graphique. À partir de là, le film est assez honnête et limpide quant à son projet, suivre ce personnage de moins en moins humain dans l’assouvissement de ses pulsions primaires de vengeance.

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Vendredi 7 avril

 

Loop (Hurok) d’Isti Madarász

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Polar hongrois avec un twist temporel, Loop joue avec cette boucle répétitive jusqu’à plus soif, presque jusqu’à l’écœurement, mais fait preuve d’une réelle volonté de se démarquer du tout venant du genre. Il y a quelque chose d’intéressant dans cette manière dont le scénario tourne en rond de manière ininterrompue, sans effets ostentatoires, et en devenant de plus en plus conceptuel quant à la motivation du héros, sa transformation et sa multiplication au gré des passages dans le même segment temporel.

 

Message from the King de Fabrice du Welz

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Contrairement à Tarde para la ira, le dernier film de Fabrice du Welz a bien du mal à s’éloigner des poncifs du « revenge movie », sous-genre dans lequel il s’ancre pleinement, sans distance. Message from the King suit – sans réel point de vue et avec une pointe de puritanisme très étonnant – la vengeance unilatérale de son « héros » Jacob King, débarqué d’Afrique du Sud à Los Angeles et poursuivant sans répit les assassins de sa sœur, dans une ville qui le dépasse, voire qui l’horrifie. Difficile de reconnaître le cinéma et la personnalité de Fabrice du Welz dans cet ersatz sans saveur et très « bourrin » d’un polar droitier des années 70.

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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