Critique et analyse cinématographique

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BIFFF 2017 – Jours 11, 12 et 13

La fin du BIFFF fut calme – de notre côté – et pauvre en découvertes. Il faut dire que deux semaines de visionnages intensifs, de Troll et d’ambiance électrisante nous auront bien fatigué.

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Vendredi 14 avril

 

Will You Be There ? de Hong Ji-young

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En sachant que ce film coréen est adapté d’un roman de Guillaume Musso, on sait plus ou moins ce qu’on va y trouver, à savoir une romance, des bons sentiments et un peu de surnaturel – en l’occurrence un paradoxe temporel assez classique. Étant donné qu’il est difficile de rater totalement un film sur le voyage dans le temps – l’aspect ludique reprenant toujours le dessus sur la dimension de déjà-vu – Will You Be There ? est largement regardable, malgré les lourdeurs scénaristiques et de mise en scène, notamment un usage pénible des ralentis musicaux.

 

Samedi 15 avril

 

Prooi de Dick Maas

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Si un quelconque esprit malade sera tenté de voir dans cette série B hollandaise une parabole de la société se retournant contre ses citoyens – après tout, il s’agit bien d’un lion, emblème nationale, terrorisant les habitants d’Amsterdam –, la seule chose à y voir de fait est son effet spécial principal, ce lion en animatronique, particulièrement gratiné et ringard, qui prend un malin plaisir à décimer du mauvais acteur néerlandais. Parfois, il faut se contenter de peu….

 

Don’t Kill It de Mike Mendez

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Dans cette série B assumée et destinée au marché DVD et VOD, l’immarcescible Dolph Lundgren livre un combat sans merci à une entité antédiluvienne qui prend possession des corps pour répandre la mort. C’est assez laid visuellement, pas vraiment « fun », mais ça rempli le contrat de base, à savoir pas grand-chose.

 

Dimanche 16 avril

 

Storm : Letters van vuur de Dennis Bots

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La séance communautaire du BIFFF, réservée exclusivement aux jeunes enfants néerlandophones, puisqu’elle présentait un film familial en néerlandais sans sous-titres. On se demande donc bien pourquoi ce film-ci n’a pas été sous-titré, étant donné que tous les autres du festival l’ont été. Au-delà de ça, Storm est une aventure historico-enfantine à forte portée didactique sur le moyen-âge anversois et les écrits de Martin Luther. Ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux petits films de l’Historium de Bruges (pour ceux qui l’ont visité – minute « private joke »).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


« Borgman » d’Alex Van Warmerdam : Intrusions

Présenté en compétition lors du dernier festival de Cannes, le huitième film du hollandais Alex Van Warmerdam aurait pu prétendre sans problèmes au Prix du scénario, mais est finalement reparti bredouille, peut être à cause de sa mise en scène un brin classique pour son sujet. Malgré tout, cette fable surréaliste et très noire mérite que l’on s’y attarde.

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Au début du film, trois hommes-taupes – ils vivent sous terre, dans des huttes construites à cet effet – sont délogés par des autochtones mécontents, dont un curé brandissant allègrement le fusil. On voit déjà, dans cette première scène, la volonté du réalisateur de provoquer en détournant des valeurs ancrées dans l’inconscient collectif. Ici, pas de charité chrétienne, puisque c’est carrément la religion qui chasse le mendiant de son abris, par la violence.

C’est encore de la provocation dont on est témoins dans la scène suivante, mais cette fois-ci directement perpétrée par le personnage principal. Borgman, l’un des hommes-taupes, sonne à une maison bourgeoise d’une banlieue résidentielle, et demande à prendre un bain. Après avoir sous-entendu qu’il connaissait très bien la femme de son interlocuteur, il se fait tabasser par le mari ulcéré. Borgman provoque le milieu bourgeois en s’attaquant à ses fondements, et cela pour mieux pouvoir l’ébranler de l’intérieur par la suite.

Attendrie par cet homme meurtri, la maîtresse de maison le recueille au nez et à la barbe de son mari en le faisant loger discrètement dans la cabane du jardin. C’est le début de l’intrusion de Borgman dans cette famille, et le début de son entreprise de pervertissement de toutes les fausses valeurs qu’elle recèle. A partir de là, le film devient pratiquement un huis-clos, puisqu’il se passe presque exclusivement dans cette maison et ses alentours. Mais il s’agit d’un huis-clos ouvert à l’extérieur puisque constamment investi par des éléments a priori indésirables.

Petit à petit, Borgman prend ses marques dans cette maison qu’il envahi subtilement, y déambulant à pas feutrés tel un loup invisible, passant derrière les habitants des lieux sans se faire remarquer. Puis ce sont d’autres envahisseurs qui débarquent subrepticement. D’abord des chiens, dont on ne sait ce qu’ils sont ni d’où ils viennent, ensuite de mystérieux adjuvants – deux hommes et deux femmes.

Cette prise de possession de l’espace, cette intrusion physique, s’accompagne d’une intrusion d’un autre type : celle du fantastique dans le récit. Borgman contrôle les rêves de la femme en s’asseyant sur elle pendant la nuit. Il parvient à s’immiscer dans son esprit et à ainsi la persuader qu’elle doit se débarrasser de son mari. Au-delà de cet envoûtement, les techniques qu’il emploie pour tenir toutes autres personnes à l’écart du couple qu’il vise s’apparentent également à des tours de sorcelleries. Sans faire de bruit, la magie opère et le quotidien bascule dans l’étrangeté.

La posture du film est de poser un maximum de questions à son spectateur sans jamais réellement y répondre. Il se situe ainsi à la fois dans un fantastique onirique « à la » David Lynch et dans un surréalisme absurde aussi déstabilisant que stimulant. Si le film tient donc surtout par l’originalité de son scénario et sa richesse symbolique, il peut néanmoins décevoir par sa mise en scène un peu trop illustrative et par son esthétique passe-partout, comme si la force du scénario paralysait, en quelque sorte, la mise en images. Mais ce bémol ne gâche néanmoins pas la sensation d’avoir découvert une véritable voix d’auteur.

Thibaut Grégoire