Critique et analyse cinématographique

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BIFFF 2017 – Tops et flops

Le 35ème BIFFF s’est clôturé hier, après plus d’une centaine de projections. Sur cette quantité de films, il nous a été donné d’en voir une trentaine. Petit retour, donc, sur ce qui a été vu, le pire et le meilleur.

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Top 5 :

1/ Safe Neighborhood de Chris Peckover

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2/ The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

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3/ Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

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4/ Tarde para la ira de Raúl Arévalo

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5/ Tunnel de Kim Seong-hun

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Flop 3 :

1/ Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

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2/ Eat Local de Jason Flemyng

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3/ Bloodlands de Steven Kastrissios

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Le BIFFF s’est tenu du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Jours 11, 12 et 13

La fin du BIFFF fut calme – de notre côté – et pauvre en découvertes. Il faut dire que deux semaines de visionnages intensifs, de Troll et d’ambiance électrisante nous auront bien fatigué.

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Vendredi 14 avril

 

Will You Be There ? de Hong Ji-young

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En sachant que ce film coréen est adapté d’un roman de Guillaume Musso, on sait plus ou moins ce qu’on va y trouver, à savoir une romance, des bons sentiments et un peu de surnaturel – en l’occurrence un paradoxe temporel assez classique. Étant donné qu’il est difficile de rater totalement un film sur le voyage dans le temps – l’aspect ludique reprenant toujours le dessus sur la dimension de déjà-vu – Will You Be There ? est largement regardable, malgré les lourdeurs scénaristiques et de mise en scène, notamment un usage pénible des ralentis musicaux.

 

Samedi 15 avril

 

Prooi de Dick Maas

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Si un quelconque esprit malade sera tenté de voir dans cette série B hollandaise une parabole de la société se retournant contre ses citoyens – après tout, il s’agit bien d’un lion, emblème nationale, terrorisant les habitants d’Amsterdam –, la seule chose à y voir de fait est son effet spécial principal, ce lion en animatronique, particulièrement gratiné et ringard, qui prend un malin plaisir à décimer du mauvais acteur néerlandais. Parfois, il faut se contenter de peu….

 

Don’t Kill It de Mike Mendez

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Dans cette série B assumée et destinée au marché DVD et VOD, l’immarcescible Dolph Lundgren livre un combat sans merci à une entité antédiluvienne qui prend possession des corps pour répandre la mort. C’est assez laid visuellement, pas vraiment « fun », mais ça rempli le contrat de base, à savoir pas grand-chose.

 

Dimanche 16 avril

 

Storm : Letters van vuur de Dennis Bots

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La séance communautaire du BIFFF, réservée exclusivement aux jeunes enfants néerlandophones, puisqu’elle présentait un film familial en néerlandais sans sous-titres. On se demande donc bien pourquoi ce film-ci n’a pas été sous-titré, étant donné que tous les autres du festival l’ont été. Au-delà de ça, Storm est une aventure historico-enfantine à forte portée didactique sur le moyen-âge anversois et les écrits de Martin Luther. Ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux petits films de l’Historium de Bruges (pour ceux qui l’ont visité – minute « private joke »).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – Palmarès

La 35ème édition du BIFFF s’est clôturée dimanche 16 avril par la remise des prix et la projection de The Bar d’Alex de la Iglesia. Le film Safe Neighborhood de Chris Peckover a obtenu la récompense suprême, le Corbeau d’Or, un prix amplement mérité.

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Prix de la critique : Tunnel de Kim Seong-hun

(Jury : David Hainaut, Marc Bussens et Olivier Clinckart)

 

Compétition 7ème Parallèle

(Jury : Lucile Poulain, Bénédicte Philippon, Xavier Seron et Aaron Christensen)

Prix du 7ème Parallèle : Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert

Mention spéciale : Saving Sally d’Avid Liongoren

 

Compétition Thriller

(Jury : Kody Kim, Jacques de Pierpont et Patrick Reynal)

Prix du Meilleur Thriller : At the End of the Tunnel de Rodrigo Grande

Mention spéciale : Free Fire de Ben Wheatley

 

Compétition européenne

(Jury : Khadija Leclère, Anne-Laure Guégan, Martin Vachiéry, Riton Liebman, Jean-Jacques Rausin et Sylvain Goldberg)

Méliès d’Argent : Small Town Killers d’Ole Bornebal

Mention spéciale : Orbiter 9 de Hatem Khraiche

 

Compétition internationale :

(Jury : Christina Lindberg, Mar Targarona, Macarena Gomez, Axelle Carolyn et Euzhan Palcy)

Corbeau d’Or : Safe Neighborhood de Chris Peckover

Corbeau d’Argent : The Mermaid de Stephen Chow et We Go On de Jesse Holland et Andy Mitton

Mention spéciale : Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

 

Prix du public : The Autopsy of Jane Doe d’André Øvredal

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – « Replace » de Norbert Keil (pour/contre)

L’allemand Norbert Keil est un grand fan du BIFFF, au point d’y être resté pratiquement tout le long de cette 35ème édition, et surtout à celui de lui réserver la primeur de son film, présenté donc en première mondiale mardi passé au Palais des Beaux-Arts. Replace est un récit de dévoration et de régénération, une parabole sur la peur de vieillir et une histoire d’amour tordue. Mais c’est aussi à la fois un film d’horreur assez gore et une divagation auteurisante aux ambitions visuelles et thématiques quelque peu démesurées. Il fallait donc bien deux regards pour appréhender ce film multiple.

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Pour :

Derrière son côté arty déplaisant et poseur, le film essaie d’explorer une idée intéressante : celle de la dévoration des corps qui se présentent de manière éphémère au spectateur lorsqu’il regarde un film. Le personnage voit en effet sa peau sécher et vieillir prématurément. Pour suivre à la momification, elle se met en quête de la peau d’autres femmes. On pourrait ainsi y voir une métaphore de l’acteur de cinéma, condamné à disparaître et à s’envoler en poussière. Replace serait alors une tentative de déconstruire ce principe fondateur sauf que, malheureusement, le réalisateur ne semble pas tellement se poser les mêmes questions que nous et préfère faire tourner sa fable au grotesque. Replace nous aura au moins permis de rêver de ce film le temps de la projection. (Guillaume Richard)

 

Contre :

Curieux film que ce Replace, qui semble partagé entre deux volontés : celle de s’ancrer dans un cinéma « arty » à prétention esthétisante mais qui semble plus se baser sur des canons publicitaires ou clipesques que cinématographique, et celle de proposer un film de genre référencé avec une part de grand-guignolesque assumée. Dans les faits, le film est d’ailleurs clairement coupé en deux, le côté « arty » insupportable investissant nettement plus la première partie que la seconde, laquelle laisse plus de place au raté, à l’imperfection. Ce film sur la chair en putréfaction et le vieillissement accéléré voudrait bien faire penser à Cronenberg, mais n’y parvient que par ses thèmes, jamais par sa mise en scène ou sa photographie qui pousse à l’extrême la saturation des sources de lumières et les effets de voiles. Dans ce cas, trop de stylisation tue le style. (Thibaut Grégoire)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – Jours 9 et 10

Mercredi et jeudi, le BIFFF dégainait des grands classiques : un « found footage », un thriller espagnol, des vampires affamés, un « whodunit » londonien et un huis-clos oppressant.

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Mercredi 12 avril

 

Therapy de Nathan Ambrosioni

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Film amateur français mêlant un « found footage » à des scènes montrant les flics qui enquêtent sur ce qui a été filmé, Therapy a la particularité d’avoir été tourné sans budget par un jeune de 16 ans. Il n’y a donc aucune raison de taper contre cet objet forcément imparfait, comme l’ont pourtant fait des bifffeurs peu regardants quant à la sensibilité du jeune réalisateur présent dans la salle. Mais était-il vraiment nécessaire de le projeter ?

 

Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

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Énième avatar de la ribambelle de thrillers espagnols interchangeables qu’égrène le festival de jour en jour, Secuestro est probablement le plus pénible, le plus mollasson, une sorte de cross-over entre Derrick et Perry Mason dont le twist final est censé être spectaculaire – au vu du cri grandiloquent que pousse l’héroïne juste avant le générique de fin – mais tombe terriblement à plat.

 

Eat Local de Jason Flemyng

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Et si on disait que c’étaient des vampires qui se réunissaient pour inclure dans leurs rangs une nouvelle recrue ? Et si on disait que nos vampires se faisaient assiéger par des militaires ? … C’est probablement comme ça qu’a été conçu le scénario de ce film d’horreur satirique qui ressemble à s’y méprendre à un spectacle de fin d’année, en moins drôle. On est typiquement là devant un film fait entre potes pour se marrer, et dont les vannes faciles ont très vite contenté leurs auteurs fiers de leurs bons mots ou de leurs gags de cour de récré. C’est vite écrit, vite mis en scène, vite joué, vite consommé, vite oublié. (TG) / De l’humour vaguement so british, mais surtout terriblement commun et rarement drôle. C’est certes fun par moments, mais tellement mal fichu et mal réalisé qu’on ne comprend pas très bien où veut en venir ce délire entre potes qui, sur papier, prétendait pourtant à autre chose, au vu du casting mobilisé. (GR)

 

Jeudi 13 avril

 

The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

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La description que fait The Limehouse Golem des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur. C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes.

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The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal

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Huis-clos à la morgue qui commence comme une enquête scientifique sur la mort d’un cadavre et finit en film horrifique grand-guignolesque sur une malédiction de sorcellerie. Le film pourrait être intriguant, voire surprenant dans son passage du réalisme sanguinolent au survival surnaturel, mais ne démarre jamais, se contente d’aligner les tunnels dialogués et de faire passer ses deux personnages de légistes pris au piège par toute une série de frayeurs fabriquées. L’impression qui domine après la vision est celle d’avoir assisté à la version étirée d’un épisode moyen d’une quelconque anthologie de l’horreur en perte de vitesse.

 

(Merci à Guillaume Richard pour sa contribution)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – « The Limehouse Golem » de Juan Carlos Medina

Dans le Londres de la fin du XVIIIe siècle, un tueur en série perpètre des meurtres tellement horribles que la rumeur l’assimile à un monstre légendaire, le Golem. Dans ce contexte tendu, Scotland Yard envoie au casse-pipe l’inspecteur Kildare, un détective assez âgé dont c’est la première affaire de meurtre, pour succéder à un confrère qui a échoué dans sa tâche de débusquer l’assassin. Lors de ses investigations, Kildare est intrigué par l’histoire de Lizzie Cree, accusée d’avoir empoisonné son mari, lequel était un suspect sérieux dans l’affaire du Golem.

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Le film de Juan Carlos Medina alterne donc la ligne narrative de l’enquête menée par Kildare (Bill Nighy) et son adjoint avec de longues et nombreuses séquences en flashback, retraçant le parcours de Lizzie Cree dans les milieux de saltimbanques où gravitaient feu son mari ainsi que toute une série d’individus plus suspects les uns que les autres. Cette description des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur.

C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes. Certains trouveront aussi probablement de l’intérêt aux allusions féministes un peu trop ostentatoires et à propos pour être honnêtes, ainsi qu’un aspect gay-friendly pas vraiment développé – Kildare est décrit comme « pas à marier », et son adjoint n’en est pas loin non plus –, mais c’est vraiment l’aspect de divertissement « à l’ancienne » qu’il faut retenir d’un film dont l’ambition ne semble pas non plus porter plus loin.

Les allusions historico-culturelles en forme de clins d’œil, dont l’intervention dans l’intrigue de Karl Marx ou encore de l’écrivain George Gissing, vont également dans le sens de cette lecture pleinement ludique du film, qui ne se prive d’ailleurs pas de jouer avec son spectateur et de l’inciter à réfléchir par lui-même, en multipliant les points de vue et en remettant sans cesse en question la véracité de flashbacks qu’il a d’abord pris pour argent comptant. Si la révélation du tueur apparaîtra dès lors comme prévisible à celui qui aura bien suivi toutes les tergiversations narratives et le système visuel du film, la scène finale le surprendra une dernière fois en faisant intervenir, le temps de quelques secondes, une dimension surnaturelle qui n’était pas présente auparavant.

Thibaut Grégoire

 

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BIFFF 2017 – Jours 7 et 8

Des espagnols dans l’espace (ou pas), un coréen dans un tunnel, des soldats dans les bois et du Cronenberg light ont animé les séances de ce début de deuxième semaine au BIFFF.

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Lundi 10 avril

 

Orbiter 9 de Hatem Khraiche

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Dans l’impressionnante délégation de films espagnols de consommation courante qui sont présentés cette année au BIFFF, Orbiter 9 est le représentant science-fictionnel. Le film commence comme un Gravity ou un Passengers à petit budget et petite surface, avant de basculer suite à un twist censément bouleversant dans un film d’anticipation plus terre-à-terre. Et c’est le principal défaut du film : au lieu de l’ouvrir, de lui offrir des horizons plus larges, ce retournement de situation mal négocié l’enferme dans des thèmes et des enjeux déjà vus et à la portée finalement très faible. Il ne reste au final qu’une romance maladroite dans un cadre vaguement futuriste, servie par des acteurs transparents, des dialogues atterrants et une absence flagrante de mise en scène.

Voir les 2 avis

 

Tunnel de Kim Seong-hun

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Difficile de reconnaître la patte du réalisateur de Hard Day dans ce film catastrophe assez « mainstream », malgré les tentatives d’humour noir, de critique sociale et une dimension chorale plutôt bien rendue. Le personnage principal, bloqué sous un tunnel écroulé et attendant plus d’un mois qu’on vienne le secourir, est décrit de manière assez complexe pour que l’on s’intéresse à lui et à son sort jusqu’à la fin, mais le film est aussi plombé par une tendance tenace au poujadisme, entamant avec un peu trop de facilité le vieux refrain du « tous pourris » ou encore assimilant la presse à un tas de crétins. S’il s’agissait d’une satire assumée, cela passerait sans problème, mais l’aspect critique du film n’est pas assez développé pour que l’on puisse lui donner du crédit au-delà d’une certaine forme de café du commerce.

 

Mardi 11 avril

 

Kill Command de Steven Gomez

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Mix maladroit entre un « survival » dans les bois et un jeu vidéo de tir, Kill Command fait s’affronter une équipe de militaires et des robots tireurs ultra-perfectionnés, conçus pour les remplacer. Le design des robots et les effets spéciaux, en règle générale, sont plutôt réussis. C’est correctement joué et d’un rendu globalement professionnel… mais c’est répétitif en diable et d’un ennui profond.

 

Replace de Norbert Keil

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Curieux film que ce Replace, qui semble partagé entre deux volontés : celle de s’ancrer dans un cinéma « arty » à prétention esthétisante mais qui semble plus se baser sur des canons publicitaires ou clipesques que cinématographique, et celle de proposer un film de genre référencé avec une part de grand-guignolesque assumée. Dans les faits, le film est d’ailleurs clairement coupé en deux, le côté « arty » insupportable investissant nettement plus la première partie que la seconde, laquelle laisse plus de place au raté, à l’imperfection. Ce film sur la chair en putréfaction et le vieillissement accéléré voudrait bien faire penser à Cronenberg, mais n’y parvient que par ses thèmes, jamais par sa mise en scène ou sa photographie qui pousse à l’extrême la saturation des sources de lumières et les effets de voiles. Dans ce cas, trop de stylisation tue le style.

Voir le pour/contre

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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