Critique et analyse cinématographique

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FILM FEST GENT 2017 – « You Were Never Really Here » de Lynne Ramsey

Presque chaque année depuis cinq ans, le sélectionneur du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, semble vouloir réitérer « l’exploit » de 2011, en sélectionnant un film marchant sur les pas du Drive de Nicolas Winding Refn, à savoir un petit film tendu, au rythme d’abord lent puis s’oubliant lors de sa dernière ligne droite dans un déferlement de violence « jouissif » ou « expiatoire ». Ce fut le cas de Killing Them Softly en 2012, de Sicario en 2015, et c’était donc celui, cette année, de You Were Never Really Here de Lynne Ramsey.

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Ici, on peut carrément mettre au crédit de la réalisatrice elle-même d’avoir voulu « copier » ou « prendre des influences » du film de Refn, tant par son utilisation de la musique que par son personnage de criminel-justicier mutique et cabossé par la vie, lequel semble être une version costaude et empâtée du chauffeur de Drive. Joaquin Phoenix a profité de ce rôle un peu ingrat pour enfin obtenir un prix d’interprétation – alors qu’il aurait pu l’obtenir trois fois pour un film de James Gray.

Le film est en tout cas épuré un maximum – comme l’était celui de Refn – tant sur le plan des dialogues que sur celui de l’action, réduite au strict minimum puisque le film s’attache plutôt à l’errance du personnage principal, perdu dans une intrigue politico-sexuelle impliquant des personnes haut placées et un réseau d’esclavage sexuel de mineurs. Ramsay s’applique à créer des ambiances, puis à les entrecouper de saillies de violence presque conceptuelles, mais totalement gratuites.

Il est parfois difficile de distinguer les films de mise en scène des films formalistes, mais celui-ci semble pleinement avoir sa place dans la seconde catégorie. Empêtrée entre une esthétique crapoteuse de néo-film noir brut et la volonté de faire des « tableaux » parfois pompiers – au point de s’auto-plagier en refaisant une scène aquatique tout droit sortie de son propre court métrage Swimmer – Lynne Ramsay livre un film bien emballé mais globalement assez vide.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival

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Sorties Cinéma – 26/04/2017

Cette semaine, un thriller espagnol surprend, les gardiens de la galaxie capitalisent sur leurs acquis, un teen-movie s’embourbe dans les clichés et Pierre Richard gâtifie comme jamais.

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La Colère d’un homme patient de Raúl Arévalo

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L’appréhension que l’on peut éprouver devant un film de cet acabit est souvent lié à la dimension toujours assez droitière de scénarios unilatéraux mettant en scène des « autojusticiers » dont la souffrance initiale semble justifier un déferlement de violence sur les cibles de leur vendetta personnelle. (…) Tarde para la ira parvient à éviter cet écueil, en jouant précisément avec les attentes liées au genre. (…) Le film remplit son contrat et respecte ses enjeux de série B basique, mais de manière détournée.

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Les Gardiens de la galaxie Vol 2 de James Gunn

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Ce deuxième épisode des Gardiens de la galaxie capitalise un maximum sur les recettes du premier (humour omniprésent, bande originale vintage,…) et ajoute une donnée légèrement putassière, le passage du personnage de Groot au « trop mignon » Baby Groot, probablement destiné à gagner des points chez un public enfantin ou féminin. Dans sa dernière partie, le film se fait étonnamment sentimental, voire larmoyant, et finit par faire l’éloge unilatéral de l’esprit de famille et du conformisme, un comble pour une franchise qui réclamait au départ une certaine indépendance vis-à-vis de l’univers Marvel. Le seul film Marvel réellement subversif reste à ce jour Deadpool, et ce Gardiens de la galaxie 2 se classe plutôt parmi les plus lisses et conventionnels.

 

The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig

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L’impression qui domine à la vision de The Edge of Seventeen est celle d’avoir déjà vu ce teen-movie des dizaines de fois. Rien ne dévie jamais du récit de passage et d’acceptation, et des clichés du genre. Le psychologisme approximatif du mélodrame familial, la pauvreté flagrante de la mise en scène, les personnages stéréotypés (la mère fantasque, le prof cool, le « nerd » amoureux transi,…) et l’interprète principale (Hailee Steinfeld, particulièrement crispante) sont autant d’éléments rébarbatifs qui contribuent à couler ce film sans reliefs ni aspérités.

 

Un profil pour deux de Stéphane Robelin

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Comme on peut s’y attendre, Un profil pour deux est rempli de bons sentiments, de personnages stéréotypés et prend l’allure et l’esthétique d’un téléfilm ciblé pour un public assez âgé. Le film se permet bien l’un ou l’autre dérapage contrôlé concernant notamment son trio amoureux légèrement atypique, mais ne manque pas de retomber sur ses pattes lors d’un final pétri de politiquement correct, où tout le monde retrouve bien sa place – les jeunes entre eux, les vieux entre eux, etc.

Lire la critique complète sur Le Suricate Magazine

 

Le Procès du siècle de Mick Jackson

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Un film didactique, plat et assez ambigu sur le procès qui opposa l’historienne Deborah Lipstadt au négationniste David Irving, au début des années 2000. Lipstadt étant contrainte de démontrer l’existence de l’Holocauste après avoir été traînée en justice par Irving – qu’elle a préalablement traité de menteur –, le film se concentre sur le travail de ses avocats et donne à l’historienne un rôle assez ingrat, celui d’une femme bornée qui semble ne pas comprendre la différence entre émotion et factualité. Cette stéréotypisation outrancière du personnage et l’espèce de neutralité froide avec laquelle est abordé celui de son adversaire contribuent à rendre très antipathique ce téléfilm même pas amélioré.


BIFFF 2017 – Tops et flops

Le 35ème BIFFF s’est clôturé hier, après plus d’une centaine de projections. Sur cette quantité de films, il nous a été donné d’en voir une trentaine. Petit retour, donc, sur ce qui a été vu, le pire et le meilleur.

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Top 5 :

1/ Safe Neighborhood de Chris Peckover

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2/ The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

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3/ Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

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4/ Tarde para la ira de Raúl Arévalo

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5/ Tunnel de Kim Seong-hun

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Flop 3 :

1/ Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

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2/ Eat Local de Jason Flemyng

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3/ Bloodlands de Steven Kastrissios

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Le BIFFF s’est tenu du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Jours 11, 12 et 13

La fin du BIFFF fut calme – de notre côté – et pauvre en découvertes. Il faut dire que deux semaines de visionnages intensifs, de Troll et d’ambiance électrisante nous auront bien fatigué.

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Vendredi 14 avril

 

Will You Be There ? de Hong Ji-young

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En sachant que ce film coréen est adapté d’un roman de Guillaume Musso, on sait plus ou moins ce qu’on va y trouver, à savoir une romance, des bons sentiments et un peu de surnaturel – en l’occurrence un paradoxe temporel assez classique. Étant donné qu’il est difficile de rater totalement un film sur le voyage dans le temps – l’aspect ludique reprenant toujours le dessus sur la dimension de déjà-vu – Will You Be There ? est largement regardable, malgré les lourdeurs scénaristiques et de mise en scène, notamment un usage pénible des ralentis musicaux.

 

Samedi 15 avril

 

Prooi de Dick Maas

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Si un quelconque esprit malade sera tenté de voir dans cette série B hollandaise une parabole de la société se retournant contre ses citoyens – après tout, il s’agit bien d’un lion, emblème nationale, terrorisant les habitants d’Amsterdam –, la seule chose à y voir de fait est son effet spécial principal, ce lion en animatronique, particulièrement gratiné et ringard, qui prend un malin plaisir à décimer du mauvais acteur néerlandais. Parfois, il faut se contenter de peu….

 

Don’t Kill It de Mike Mendez

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Dans cette série B assumée et destinée au marché DVD et VOD, l’immarcescible Dolph Lundgren livre un combat sans merci à une entité antédiluvienne qui prend possession des corps pour répandre la mort. C’est assez laid visuellement, pas vraiment « fun », mais ça rempli le contrat de base, à savoir pas grand-chose.

 

Dimanche 16 avril

 

Storm : Letters van vuur de Dennis Bots

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La séance communautaire du BIFFF, réservée exclusivement aux jeunes enfants néerlandophones, puisqu’elle présentait un film familial en néerlandais sans sous-titres. On se demande donc bien pourquoi ce film-ci n’a pas été sous-titré, étant donné que tous les autres du festival l’ont été. Au-delà de ça, Storm est une aventure historico-enfantine à forte portée didactique sur le moyen-âge anversois et les écrits de Martin Luther. Ça ressemble comme deux gouttes d’eau aux petits films de l’Historium de Bruges (pour ceux qui l’ont visité – minute « private joke »).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Palmarès

La 35ème édition du BIFFF s’est clôturée dimanche 16 avril par la remise des prix et la projection de The Bar d’Alex de la Iglesia. Le film Safe Neighborhood de Chris Peckover a obtenu la récompense suprême, le Corbeau d’Or, un prix amplement mérité.

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Prix de la critique : Tunnel de Kim Seong-hun

(Jury : David Hainaut, Marc Bussens et Olivier Clinckart)

 

Compétition 7ème Parallèle

(Jury : Lucile Poulain, Bénédicte Philippon, Xavier Seron et Aaron Christensen)

Prix du 7ème Parallèle : Swiss Army Man de Daniel Kwan et Daniel Scheinert

Mention spéciale : Saving Sally d’Avid Liongoren

 

Compétition Thriller

(Jury : Kody Kim, Jacques de Pierpont et Patrick Reynal)

Prix du Meilleur Thriller : At the End of the Tunnel de Rodrigo Grande

Mention spéciale : Free Fire de Ben Wheatley

 

Compétition européenne

(Jury : Khadija Leclère, Anne-Laure Guégan, Martin Vachiéry, Riton Liebman, Jean-Jacques Rausin et Sylvain Goldberg)

Méliès d’Argent : Small Town Killers d’Ole Bornebal

Mention spéciale : Orbiter 9 de Hatem Khraiche

 

Compétition internationale :

(Jury : Christina Lindberg, Mar Targarona, Macarena Gomez, Axelle Carolyn et Euzhan Palcy)

Corbeau d’Or : Safe Neighborhood de Chris Peckover

Corbeau d’Argent : The Mermaid de Stephen Chow et We Go On de Jesse Holland et Andy Mitton

Mention spéciale : Vanishing Time : A Boy Who Returned d’Um Tae-hwa

 

Prix du public : The Autopsy of Jane Doe d’André Øvredal

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF


BIFFF 2017 – Jours 9 et 10

Mercredi et jeudi, le BIFFF dégainait des grands classiques : un « found footage », un thriller espagnol, des vampires affamés, un « whodunit » londonien et un huis-clos oppressant.

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Mercredi 12 avril

 

Therapy de Nathan Ambrosioni

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Film amateur français mêlant un « found footage » à des scènes montrant les flics qui enquêtent sur ce qui a été filmé, Therapy a la particularité d’avoir été tourné sans budget par un jeune de 16 ans. Il n’y a donc aucune raison de taper contre cet objet forcément imparfait, comme l’ont pourtant fait des bifffeurs peu regardants quant à la sensibilité du jeune réalisateur présent dans la salle. Mais était-il vraiment nécessaire de le projeter ?

 

Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

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Énième avatar de la ribambelle de thrillers espagnols interchangeables qu’égrène le festival de jour en jour, Secuestro est probablement le plus pénible, le plus mollasson, une sorte de cross-over entre Derrick et Perry Mason dont le twist final est censé être spectaculaire – au vu du cri grandiloquent que pousse l’héroïne juste avant le générique de fin – mais tombe terriblement à plat.

 

Eat Local de Jason Flemyng

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Et si on disait que c’étaient des vampires qui se réunissaient pour inclure dans leurs rangs une nouvelle recrue ? Et si on disait que nos vampires se faisaient assiéger par des militaires ? … C’est probablement comme ça qu’a été conçu le scénario de ce film d’horreur satirique qui ressemble à s’y méprendre à un spectacle de fin d’année, en moins drôle. On est typiquement là devant un film fait entre potes pour se marrer, et dont les vannes faciles ont très vite contenté leurs auteurs fiers de leurs bons mots ou de leurs gags de cour de récré. C’est vite écrit, vite mis en scène, vite joué, vite consommé, vite oublié. (TG) / De l’humour vaguement so british, mais surtout terriblement commun et rarement drôle. C’est certes fun par moments, mais tellement mal fichu et mal réalisé qu’on ne comprend pas très bien où veut en venir ce délire entre potes qui, sur papier, prétendait pourtant à autre chose, au vu du casting mobilisé. (GR)

 

Jeudi 13 avril

 

The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

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La description que fait The Limehouse Golem des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur. C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes.

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The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal

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Huis-clos à la morgue qui commence comme une enquête scientifique sur la mort d’un cadavre et finit en film horrifique grand-guignolesque sur une malédiction de sorcellerie. Le film pourrait être intriguant, voire surprenant dans son passage du réalisme sanguinolent au survival surnaturel, mais ne démarre jamais, se contente d’aligner les tunnels dialogués et de faire passer ses deux personnages de légistes pris au piège par toute une série de frayeurs fabriquées. L’impression qui domine après la vision est celle d’avoir assisté à la version étirée d’un épisode moyen d’une quelconque anthologie de l’horreur en perte de vitesse.

 

(Merci à Guillaume Richard pour sa contribution)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2017 – « The Limehouse Golem » de Juan Carlos Medina

Dans le Londres de la fin du XVIIIe siècle, un tueur en série perpètre des meurtres tellement horribles que la rumeur l’assimile à un monstre légendaire, le Golem. Dans ce contexte tendu, Scotland Yard envoie au casse-pipe l’inspecteur Kildare, un détective assez âgé dont c’est la première affaire de meurtre, pour succéder à un confrère qui a échoué dans sa tâche de débusquer l’assassin. Lors de ses investigations, Kildare est intrigué par l’histoire de Lizzie Cree, accusée d’avoir empoisonné son mari, lequel était un suspect sérieux dans l’affaire du Golem.

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Le film de Juan Carlos Medina alterne donc la ligne narrative de l’enquête menée par Kildare (Bill Nighy) et son adjoint avec de longues et nombreuses séquences en flashback, retraçant le parcours de Lizzie Cree dans les milieux de saltimbanques où gravitaient feu son mari ainsi que toute une série d’individus plus suspects les uns que les autres. Cette description des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur.

C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes. Certains trouveront aussi probablement de l’intérêt aux allusions féministes un peu trop ostentatoires et à propos pour être honnêtes, ainsi qu’un aspect gay-friendly pas vraiment développé – Kildare est décrit comme « pas à marier », et son adjoint n’en est pas loin non plus –, mais c’est vraiment l’aspect de divertissement « à l’ancienne » qu’il faut retenir d’un film dont l’ambition ne semble pas non plus porter plus loin.

Les allusions historico-culturelles en forme de clins d’œil, dont l’intervention dans l’intrigue de Karl Marx ou encore de l’écrivain George Gissing, vont également dans le sens de cette lecture pleinement ludique du film, qui ne se prive d’ailleurs pas de jouer avec son spectateur et de l’inciter à réfléchir par lui-même, en multipliant les points de vue et en remettant sans cesse en question la véracité de flashbacks qu’il a d’abord pris pour argent comptant. Si la révélation du tueur apparaîtra dès lors comme prévisible à celui qui aura bien suivi toutes les tergiversations narratives et le système visuel du film, la scène finale le surprendra une dernière fois en faisant intervenir, le temps de quelques secondes, une dimension surnaturelle qui n’était pas présente auparavant.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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