Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 08/11/2017

Au programme cette semaine : Laurent Cantet tente de retrouver la veine d’Entre les murs, Dayton et Faris le mojo de Little Miss Sunshine, Bustillo et Maury de suivre la trace d’Aja et Thierry Klifa de faire passer un téléfilm pour un film de cinéma.

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L’Atelier de Laurent Cantet

« L'Atelier » de Laurent Cantet

Il se dégage donc une impression étrange de L’Atelier, qui parvient à effleurer plusieurs genres, plusieurs conceptions du cinéma, sans vraiment complètement s’inscrire dans l’un d’eux ou l’une d’elles. Au final, c’est peut-être l’aspect discursif du film, son rapport particulier à la parole et à la manière de la donner ou de la prendre – thème également très présent dans Entre les murs et, surtout, dans le récent 120 battements par minute de Robin Campillo, collaborateur fidèle de Cantet –, qui se dégage le plus des autres et s’impose après vision comme élément prégnant.

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Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Rayon Vert

Lire l’interview de Laurent Cantet pour Le Suricate Magazine

Note : 7/10

 

Battle of the Sexes de Valerie Faris et Jonathan Dayton

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Se retranchant derrière leur sujet – et aussi derrière la structure du film de sport, très carrée et impliquant une certaine « efficacité » intrinsèque –, les réalisateurs pensent s’épargner les critiques sur l’indigence de leur scénario et de leur mise en scène. Car Battle of the Sexes, en dehors de son socle de réalité – et des prestation « drôlatiques » mais non moins « oscarisables » de Steve Carell et d’Emma Stone, tous les deux cabotins à souhait –, ne peut lutter à mains nues contre l’élan « feel good » bas de plafond qu’il dégage et son esthétique de reconstitution rétro balisée, sans la moindre aspérité.

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Note : 4/10

 

Leatherface d’Alexandre Bustillo et Julien Maury

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Formalistes crapoteux issus de l’école française des réalisateurs geeks et fiers de l’être, Alexandre Bustillo et Julien Maury montent à Hollywood et entendent bien marcher dans les pas d’un Alexandre Aja, en réalisant « leur » Colline à des yeux, à savoir une préquelle improbable du Massacre à la tronçonneuse de Tobe Hooper. Même si l’on se dit qu’il vaut parfois mieux s’enquiller un nanar « bien fait » et plus ou moins conscient de son statut, cet espèce de second degré sur l’esthétisation et l’exagération de la violence atteint souvent ses limites dans ce Leatherface, surtout en regard du film original de Hooper, lequel n’était absolument pas dans le même registre et ne méritait pas vraiment ce type de relecture poussive et cynique.

Note : 3,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10

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Sorties Cinéma – 01/11/2017

Trois bons films cannois sortent en salles en ce début de mois de novembre – une confirmation, un retour en grâce et une révélation. De son côté, un ancien « petit prodige » du cinéma américain que l’on croyait perdu pour le grand écran revient nous livrer son énième film mineur mais sympathique. Et pour finir, le nanar se porte bien avec, d’un côté, son expression rigolarde et décomplexée, de l’autre, sa variante fatiguée et redondante, gonflée à l’esbroufe et aux effets spéciaux médiocres.

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Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos

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D’un abord très âpre et difficile à appréhender, Mise à mort du cerf sacré a des allures de film coup-de-poing et misanthrope, en forme de martyr pour ses personnages, mais il ne faudrait pas s’arrêter à cette façade, car derrière cette impression se cachent des mystères, des bizarreries et des singularités que Yorgos Lanthimos se garde bien de rendre concrets à la première vision du film. Paradoxalement, c’est aussi par son aspect programmatique, cette manière d’exposer presque d’emblée la façon dont va se dérouler le film, que celui-ci atteint une dimension hétérogène, ouverte à de multiples interprétations et analyses.

Lire la critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 7,5/10

 

D’après une histoire vraie de Roman Polanski

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Éminemment « polanskien », l’adaptation qu’a faite le cinéaste du roman de Delphine de Vigan vaut bien mieux que ce que l’ensemble de la critique – actuellement en pleine crise de schizophrénie autour du thème « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » – se plaît à rabâcher de manière unanime et complaisante. Ayant reconnu dans le livre les thèmes de la création, de l’enfermement et de la duplicité comme autant de rappels ou de références à sa propre filmographie, Polanski a sauté sur l’occasion pour revenir au pan le plus intéressant de son cinéma (Le Locataire, Répulsion, The Ghost Writer,…) et signe une de ses mises en scène récentes les plus maîtrisées, offrant en outre à Eva Green – actrice « hors-normes », toujours à la frontière entre surjeu et réelle folie – d’exprimer de manière assez magistrale toute la démesure de son jeu débordant et « sur-naturel ».

Note : 7/10

 

Jeune femme de Léonor Serraille

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Suivant un personnage de « jeune femme » essayant justement de se débattre avec cette étiquette qu’elle a du mal à assumer, le premier film de Léonor Serraille tente de saisir l’essence de son personnage en le prenant dans une situation difficile puis en le faisant tout doucement revenir dans un cadre plus apaisant. Cette manière d’approcher le personnage en douceur et de faire progressivement venir le spectateur à lui, ainsi que la façon dont il navigue entre différentes ébauches de genres, à travers les rencontres et les seconds rôles, donnent au film à la fois son rythme et son point de vue.

Lire l’interview de Léonor Serraille sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

Logan Lucky de Steven Soderbergh

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Porté par cette envie de refaire un « film de casse » plus ancré dans une réalité actuelle que ne l’étaient les Ocean’s, Soderbergh ne peut qu’exposer son film à une certaine forme de déceptivité, encore accentuée par le rythme assez lent de l’ensemble et l’impression que ses protagonistes font constamment du surplace – avant l’inévitable retournement de situation final, qui remet en question les motivations et les attitudes de chacun. Mais cette allure peinarde et ce ton faussement détaché permettent également au film d’exister en dehors d’un genre très balisé, et de s’imposer dès lors comme un film de personnages, envers lesquels le metteur en scène et les acteurs – tous très bons – font d’ailleurs preuve d’une évidente tendresse. Et ce n’est déjà pas mal du tout.

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Note : 5,5/10

 

Épouse-moi, mon pote de Tarek Boudali

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Charriant à qui mieux mieux des clichés sur l’homosexualité et l’homophobie de manière insouciante et décomplexée, Épouse moi, mon pote s’expose irrémédiablement à un regard extrêmement critique sur cette façon de faire fi d’un tel sujet en le prenant par-dessus la jambe. Mais au-delà de ça et de son esthétique de téléfilm de seconde zone, malheureusement l’apanage des deux tiers de la comédie française actuelle, le premier film de Tarek Boudali s’avère au final nettement plus supportable – et, osons le mot… drôle – que les deux récentes tentatives de son « pote » Philippe Lacheau, se contentant fort heureusement ici de jouer le faire-valoir comique.

Note : 3/10

 

Geostorm de Dean Devlin

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Le coscénariste de Roland Emmerich s’est dit qu’il pouvait très bien se passer du maître pour concocter son propre film cataclysmique aux élans science-fictionnels. Le voici donc qu’il accouche de cet improbable Geostorm, sorte de melting-pot morne et sans la moindre dose de second degré du Jour d’après, d’Independence Day et de 2012, dont  les scènes d’effets-spéciaux à la longueur toute relative –  comparée à celles de dialogues interminables et creux – et l’attribution du rôle principal au nanarophile Gerard Butler témoignent de restrictions budgétaires probablement proportionnelles à la confiance que le studio (Warner) mettait dans ce projet.

Note : 2/10


FILM FEST GENT 2017 – Quelques nanars suprêmes !

Alors que le Festival de Gand s’est clôturé le 20 octobre dernier, sur un palmarès contestable, le temps est venu d’un petit retour tardif sur quelques moments dispensables, et malgré tout endurés, de cette édition.

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Final Portrait de Stanley Tucci

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Le comédien Stanley Tucci revient à la réalisation pour livrer une sorte de portrait chromo de Giacometti, déguisé en film d’auteur intimiste. Geoffrey Rush cabotine comme ça ne devrait plus être permis de le faire, et Armie Hammer tente tant bien que mal de faire exister son personnage purement fonctionnel, tandis que deux actrices françaises (Sylvie Testud et Clémence Poésy) viennent jouer les utilités dans ce film morne et propre sur lui.

 

Tueurs de François Troukens et Jean-François Hensgens

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Polar de seconde zone réalisé comme un film Europacorp et noyé dans une musique d’ascenseur tout simplement insupportable, Tueurs marque l’entrée « en cinéma » de François Troukens – ancien détenu et néo-vedette RTL. Il est toujours amusant de constater qu’il y aura toujours des ambitieux pour prétendre révolutionner un genre balisé, en l’enfermant complètement dans des clichés de ce qu’ils pensent être « le cinéma américain », et cela avec, en prime, une volonté d’être « réaliste » – ce qui veut apparemment dire violent et lent à la fois – tout bonnement ridicule.

 

Charlie en Hannah gaan uit de Bert Scholiers

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Durant quelques minutes, ce Frances Ha sous acide, cette ersatz « drogué » d’un sous-Woody Allen parodique, peut éventuellement faire illusion, passer pour une tentative sympathique d’alternative trash et underground à la comédie romantique tendance « indie ». Puis, le spectateur médusé se rend compte qu’il est devant une enfilade de sketchs « décalés » et complaisants, qui ont apparemment en plus la prétention d’atteindre à une certaine forme de poésie ou d’onirisme. Il n’y a évidemment rien de tout ça ici, juste de l’humour douteux, parfois vulgaire.

 

The Rider de Chloé Zhao

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Sorte de Wrestler version rodéo, The Rider se situe dans la ligne des fictions documentarisées (ou des documentaires fictionnalisés, c’est au choix) qui suivent des personnages existant dans des situations proches de leur quotidien. Quand le procédé fonctionne et est transcendé par un véritable regard de metteur en scène, cela donne La BM du Seigneur ou Mange tes morts de Jean-Charles Hue. Quand il ne s’agit que de recréer le réel en le passant à la moulinette des canons du « film indépendant », ça donne The Rider. Non content d’être ennuyeux à mourir et vaguement esthétisant, le film se permet quelques scènes d’un voyeurisme patenté, en faisant « jouer » un ancien champion de rodéo rendu hémiplégique par une chute.

 

Le Festival de Gand s’est tenu du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival


FILM FEST GENT 2017 – « La Caméra de Claire » de Hong Sang-soo

Alors que nous n’avons pas encore rattrapé Yourself and Yours ni Le Jour d’après – deux films sortis en France en 2017, mais pas (encore ?) en Belgique –, c’est avec un plaisir non-dissimulé que nous nous sommes précipités à la présentation à Gand du troisième film réalisé par Hong Sang-soo en moins de deux ans – et sélectionné, tout comme Le Jour d’après, lors du dernier Festival de Cannes. Si un film de « HSS » est toujours une expérience particulière mais à rattacher à l’ensemble et au cours défilant de sa filmographie, sa vision et sa réception ne se fait jamais sans une certaine part de subjectivité dans l’appréhension de l’œuvre du cinéaste et de relation individuelle aux films et ce qu’ils racontent/montrent. Le simple fait de découvrir le film en version originale coréenne sous-titrée en néerlandais, par exemple, ajoute – pour un spectateur francophone – une dimension troublante à la réception du film, dont le rapport à la langue et à la communication est – tout comme dans In Another Country – une des pierres angulaires.

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Ayant placé ses caméras dans Cannes durant le festival – mais ne filmant jamais le déroulement de celui-ci, s’attachant plutôt aux lieux épargnés par la frénésie de l’événement –, Hong-Sang-soo filme, comme à son habitude, une histoire de tergiversations amoureuses et de sentiments contrariés vaguement liée au milieu du cinéma. Si la trame principale implique un réalisateur coréen sélectionné au festival (So Wansoo), sa principale collaboratrice (Yanghye) et l’une de leurs employés (Manhee), elle fait intervenir en son sein, comme une sorte de deus ex-machina ou d’ange gardien étrange, un personnage extérieur de française (Claire), photographe amateur, à la fois étrangère au monde du cinéma et à la langue ou la culture coréenne. Si ce personnage fait le lien entre les autres, de manière à créer un écho entre les scènes et à faire avancer l’intrigue en différé – la communication n’est (presque) jamais directe entre Manhee et les deux autres personnages, elle passe principalement par l’intervention de Claire –, il doit également passer outre la barrière du langage et de la culture, en demandant des explications aux autres de façon parfois laborieuse, comme pour être sûr de bien comprendre tous les aspects de ce qui se joue sous ses yeux.

Ce personnage au départ un peu mystérieux, pouvant être d’abord assimilé à une fonction scénaristique, se révélera au final animé par une passion personnelle, un passé propre, mais est aussi lié à un objet à la fois mystique et révélateur : son appareil photo Polaroïd. Cet appareil, cette « caméra », joue – autant que le personnage auquel il est assigné – un rôle de lien entre les personnages, puisque c’est lui qui fait rebondir les situations. C’est par photo, par image interposée, que les personnages de Manhee, Yanghye et So Wansoo réalisent quelque chose sur la personne photographiée, que les sentiments et les situations changent. Et la photo est aussi un prétexte pour le personnage de Claire (Isabelle Huppert), ainsi que pour Hong Sang-soo, d’exprimer un ressenti très personnel sur le vécu et les souvenirs.

Claire, dans un dialogue vers la fin du film, explique pourquoi elle prend les choses et les personnes qu’elle croise en photo : parce qu’elle aime s’attarder par après sur ses images, afin de s’imprégner du souvenir de l’instant vécu, ce qui lui permettrait de mieux saisir l’essence même de cet instant. Ainsi, le souvenir de l’instant deviendrait plus prégnant que l’instant même. Cette idée va à l’encontre de tout un courant de pensée très à la mode et qui se résumerait au fameux « Live the moment » (vivre l’instant présent). On peut y voir une prise de parole voilée de Hong Sang-soo sur la pratique du cinéma, lequel serait alors un prisme à travers lequel peuvent être captés les moments, les souvenirs, quelque chose de la réalité qui nous échappe sur le moment mais peut se révéler à nous une fois transformé par l’image.

Ces grilles de lectures ne sont que quelques pistes pour appréhender un film qui se donne comme « léger », qui peut sembler mineur de prime abord mais est probablement beaucoup plus grand qu’il n’y paraît. Il y a sûrement encore beaucoup à en dire, notamment concernant la façon dont il soulève et renouvelle la figure de l’artiste – les dialogues laissent penser que tous les personnages ont potentiellement une âme d’artiste, que tout acte de création, même intime, même caché ou fantasmé, est un geste d’artiste – ou encore concernant la présence étrange, aléatoire et fantastique d’un grand chien qui semble rôder autour des personnages tel une sorte de fantôme. Le cinéma de Hong Sang-soo est d’autant plus riche qu’il arbore une simplicité pudique, qui dissimule toutes les subtilités et les particularités des sentiments et de l’humain.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

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FILM FEST GENT 2017 – « Battle of the Sexes » de Jonathan Dayton et Valerie Faris

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les réalisateurs de Little Miss Sunshine, Jonathan Dayton et Valerie Faris ne sont pas spécialement prolixes. Depuis leur coup d’éclat en 2006 avec ce « film-phénomène », ils n’ont produit qu’un seul film : l’effroyablement moralisateur Ruby Sparks, sur un écrivain et sa muse. Il y a donc forcément une part de circonspection qui se mêle à l’attente de leur nouveau film, Battle of the Sexes.

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Cette fois-ci, on a l’impression que Dayton et Faris ont voulu mettre toutes les chances de leur côté en ne s’embarrassant pas de créer un univers, mais en adaptant une histoire vraie, celle de la lutte des joueuses de tennis américaines, dans les années 70, pour être reconnues, sinon comme les égaux de leurs homologues masculins, tout du moins comme des athlètes à part entière. Et cette lutte trouve – dans le film – son apogée dans le duel au sommet qui opposa la joueuse la plus populaire du moment, Billie Jean King, à un vieux briscard showman et machiste, Bobby Riggs, lequel voulait prouver – sans réel conviction, mais surtout pour le plaisir du défi et du spectacle – que les femmes étaient inférieures dans tous les domaines, surtout celui du sport.

Dayton et Faris ne prennent donc pas beaucoup de risque dans leur choix de sujet, consensuel et difficilement contestable, mais ajoutent encore une couche en abordant la découverte par Billie Jean King de son homosexualité. Le film est donc féministe et LGBT, deux « sceaux » qui, par les temps qui courent, cataloguent directement un film dans la catégorie « chef d’œuvre » pour certains esprits pressés.

Il n’est pas question de mettre en doute ici le bien-fondé des causes que défend le film, bien au contraire, mais plutôt de s’interroger sur l’honnêteté de la démarche : celle de baser tout l’intérêt et le discours d’un film sur des prémisses idéologiques que l’on sait inattaquables. Se retranchant derrière leur sujet – et aussi derrière la structure du film de sport, très carrée et impliquant une certaine « efficacité » intrinsèque –, les réalisateurs pensent s’épargner les critiques sur l’indigence de leur scénario et de leur mise en scène. Car Battle of the Sexes, en dehors de son socle de réalité – et des prestation « drôlatiques » mais non moins « oscarisables » de Steve Carell et d’Emma Stone, tous les deux cabotins à souhait –, ne peut lutter à mains nues contre l’élan « feel good » bas de plafond qu’il dégage et son esthétique de reconstitution rétro balisée, sans la moindre aspérité.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

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FIFF 2017 – Carnet de bord (1)

Ces premiers jours de FIFF ont été l’occasion de découvrir deux auteurs femmes potentiellement importantes et le premier film de l’acteur Éric Caravaca, dont le travail sur les images a le mérite de poser des questions.

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Jeune femme de Léonor Serraille

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Suivant un personnage de « jeune femme » essayant justement de se débattre avec cette étiquette qu’elle a du mal à assumer, le premier film de Léonor Serraille tente de saisir l’essence de son personnage en le prenant dans une situation difficile puis en le faisant tout doucement revenir dans un cadre plus apaisant. Cette manière d’approcher le personnage en douceur et de faire progressivement venir le spectateur à lui, ainsi que la façon dont il navigue entre différentes ébauches de genres, à travers les rencontres et les seconds rôles, donnent au film à la fois son rythme et son point de vue.

Lire l’interview de Léonor Serraille sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

Jalouse de David et Stéphane Foenkinos

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Dramédie bourgeoise du milieu, Jalouse a pratiquement toutes les tares d’un cinéma d’écrivain à succès, surécrit, sous-mis-en-scène, et sacrifiant à des normes esthétiques et narratives formatées. Comme si David Foenkinos – épaulé à la réalisation par son frère Stéphane – voulait « bien faire », il s’applique à ne pas dévier de ce qu’on attend de lui et de ce type de « comédie ». Le film a beau dévier dans sa première partie vers quelque chose de plus en plus malaisant, avec cette femme dont la jalousie maladive envers son entourage pousse à commettre des actes qu’elle ne maîtrise plus du tout, son ostracisation inévitable – à mi-parcours du film – ne peut, dans l’imaginaire de Foenkinos, qu’être progressivement « rattrapée », lavée, pour que le film retrouve ses rails de feel-good movie gentillet. Un faux-final rappelant à s’y méprendre celui de La Famille Bélier enfonce le clou et cantonne définitivement, par la même occasion, Karine Viard à ce genre de joyeuseté atone.

Note : 2,5/10

 

La Belle et la meute de Kaouther Ben Hania

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Divisés en neuf chapitres qui sont également neuf plans séquences, La Belle et la meute suit, une nuit durant, la jeune Mariam, laquelle, après avoir subi un viol collectif perpétré par des policiers, tente d’obtenir justice en portant plainte, mais se retrouve enfermée dans un cercle vicieux asphyxiant, les bourreaux étant précisément ceux qui sont censés représenter cette justice. De ce dispositif découle une sensation de surplace, de stagnation, qui implique une forme d’absurdité, de délire kafkaïen dans lequel le personnage se débat apparemment en vain. Si la figure martyrologique que représente le personnage de Mariam et le calvaire qu’elle endure pourraient être insupportables dans tous les sens du terme, pour le spectateur et en tant que postulats et qu’enjeux, c’est la manière dont Kaouther Ben Hania joue avec ce calvaire, en lui donnant des atours de satire politique et sociétale, qui permet à La Belle et la meute de dépasser un statut de film coup-de-poing sûr de ses effets.

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Lire l’interview de Kaouther Ben Hania sur Le Rayon Vert

Note : 6,5/10

 

Tout nous sépare de Thierry Klifa

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Le nouveau Thierry Klifa porte bien son nom : tout nous sépare en effet de ce film bourré d’archétypes et hyper prévisible où aucune singularité, aucun point de réel, ne parvient à se frayer un passage. Tout nous sépare ressemble à une publicité pour parfum où les égéries se donnent un semblant d’authenticité qui s’effondre très vite tant la pilule est impossible à avaler. Diane Kruger incarne le cliché freudien de la petite bourgeoise excitée par la violence ; Catherine Deneuve s’improvise mère au grand cœur prenant Nefkeu sous son aile (on n’y croit pas une seconde tellement le travail d’écriture est faible) ; Nicholas Duvauchelle campe pour une énième fois « la petite racaille de banlieue » … On se demande bien ce qui peut motiver ce type de cinéma, les raisons de son existence, ce qu’il cherche à nous raconter en voulant aller en talon haut et en dentelles sur des terrains où il n’a rien à faire.

Note : 2/10

 

Carré 35 d’Éric Caravaca

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Hanté depuis toujours par la mort d’une sœur qu’il n’a pas connue et dont on lui a longtemps caché l’existence et les circonstances de la mort, Eric Caravaca fait la démarche d’essayer de révéler, couche par couche, mais de manière définitive, ce secret de famille enfoui qui l’a marqué dans sa construction personnelle, sans en connaître les tenants et les aboutissants. (…) La démarche de Caravaca est assez unilatérale et elle apparaît clairement à la fin de la vision du film : c’est celle de ne plus rien cacher, de tout rendre visible, à n’importe quel prix. Pour cet homme marqué par le secret et une forme de mystification organisée par ses parents envers lui et sa fratrie, il devient primordial d’effacer toute sorte de non-dit et de dissimulation. Cela passe donc par l’exposition progressive de cette intimité familiale qui lui est peut-être difficile de révéler, mais qui est encore plus difficile à appréhender par le spectateur, lequel se voit être mis dans une position inconfortable, témoin extérieur et non-participatif de quelque chose qui ne le concerne a priori pas.

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Note : 5,5/10

 

Le FIFF se tient à du 29 septembre au 6 novembre à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF


Sorties Cinéma – 13/09/2017

Cette semaine marque le retour de Tom Cruise à du divertissement de qualité, celui de Michel Hazanavicius à la comédie de pastiche, et celui de Darren Aronofsky au grand n’importe quoi.

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American Made de Doug Liman

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Le personnage de Barry Seal est une sorte de pantin désarticulé, brinquebalé entre les intérêts de deux camps opposés, mais aussi aveuglé par le goût de l’adrénaline et l’appât du gain. Comme Maverick dans Top Gun, il est gouverné par cette idée – plus inconsciente, dans le cas présent – de vouloir toujours se dépasser, suivant le culte du « toujours plus haut, toujours plus fort » qui est à la fois le moteur et la malédiction de nombre de personnages de la fiction américaine. Mais (…) là où, dans Top Gun, Maverick échouait puis se relevait, pour revenir encore plus fort et déterminé, Barry Seal est un personnage qui se croit invincible mais finit par être rattrapé par des forces et des enjeux qui le dépassent. Ayant volé trop près du soleil, il est ainsi condamné à se brûler les ailes et à tomber.

Lire le texte complet

Note : 6,5/10

 

Le Redoutable de Michel Hazanavicius

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L’hommage pourrait apparaître comme un brin naïf, et il l’est forcément un petit peu, mais il participe de cette dialectique qu’installe le film entre une réelle admiration pour son sujet et une certaine irrévérence – quoique tout de même contrôlée – vis-à-vis du « monument » Godard. Car s’il ne fait aucun doute qu’Hazanavicius aime Godard cinéaste – ne serait-ce que par cette façon presque fétichiste de recréer des images –, il n’hésite également pas à le bousculer de toutes les manières possibles et imaginables : renversé et piétiné dans les manifestations de mai 68, hué et chahuté lors de meetings des étudiants communistes, ou encore à travers sa paire de lunettes, cassée à de nombreuses reprises. De là à ce que l’on puisse dire que le film utilise cette image des lunettes brisées pour remettre en question l’œil du cinéaste et le regard qu’il porte sur son art, il n’y a qu’un pas qui peut aisément être franchi.

Lire le texte complet sur Le Suricate Magazine

Note : 6,5/10

 

Mother! de Darren Aronofsky

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Le goût douteux de Darren Aronofsky pour la monstration de la souffrance et toute la martyrologie crapoteuse qui va avec ont une nouvelle occasion de s’exprimer à travers ce Mother!, sorte d’apogée de « l’art » du cinéaste. À part dans le paroxystique Requiem for a Dream, Aronofsky avait rarement atteint un tel degré de complaisance dans le petit théâtre misanthrope où il fait évoluer ses personnages. Associée à la lourdeur symboliste dont il est coutumier – érigée en dogme par l’épouvantable The Fountain –, cette tendance crypto-mystico-moraliste de l’auteur lui fait pondre avec Mother! un de ces films les plus pénibles, une expérience aussi éprouvante que creuse, dont la construction en diptyque ne fait qu’accentuer le radotage. Le film n’hésite en effet pas à asséner son discours abscons deux fois de suite, en infligeant à répétition l’envahissement de son espace personnel au personnage de madone « trash » incarné avec une conviction suicidaire par une Jennifer Lawrence tout en crises d’hystérie et en spasmes grimaçants.

Note : 2/10