Critique et analyse cinématographique

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FILM FEST GENT 2018 – « Shoplifters » de Hirokazu Kore-eda

Palme d’or lors du dernier Festival de Cannes, Shoplifters était probablement l’occasion idéale pour un jury de récompenser une œuvre globale, cohérente, plus qu’un film en particulier – même si l’on peut légitimement se poser la question de savoir si la majorité des membres de ce jury-là avait déjà vu un film de Kore-eda.

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Comme souvent chez le cinéaste, Shoplifters parle de la famille sous un angle anti-déterminisme, en explorant des liens qui sont beaucoup plus du ressort de l’humain que du sang, de la lignée. C’est peut-être encore plus le cas dans ce film-ci que dans les précédents, puisqu’il va jusqu’à une certaine forme de subversion du cadre familial, finissant par donner en modèle un exemple de famille hétéroclite et marginale.

Le titre français, Une affaire de famille, joue d’ailleurs beaucoup plus que le titre anglais sur cette donnée-là, sur le statut flou et ambigu de la famille présentée dans le film. Car ce n’est qu’au fur et à mesure que l’on apprend à connaître cette famille qui n’en est – aux yeux de la société, tout du moins – pas vraiment une. Si l’on comprend assez vite que cette famille est effectivement à la marge, puisqu’elle vit principalement de petits larcins en tous genres – d’où, donc, ce fameux titre anglais –, son histoire ne fait qu’affleurer, dans la première partie, au détour de quelques dialogues et situations, qui dévoilent progressivement un passé éclaté.

Mais le projet du film est précisément de construire ou de reconstruire cette famille, la présenter comme telle, indiscutablement. Ce que l’on apprend petit à petit de la constitution progressive de la famille – les membres s’y sont greffés un à un, les enfants, ont été recueillis, etc . – ne fait que la consolider véritablement en tant que tel, au sens empirique et sentimental du terme. Et ce n’est qu’au moment de l’intrusion de la police, de l’autorité, représentant celle du regard de la société, que cette image familiale vole en éclat, sous le poids des conventions, des garde-fous moraux.

Shoplifters oppose alors ces deux visions, celle de la famille et celle de l’autorité morale, pour finalement prendre entièrement parti pour la première, et se lancer dès lors dans un processus de reconstruction partielle de cette famille éclatée, en recollant comme il peut les morceaux qui restent. Alors qu’il est traditionnellement assimilé à un symbole de l’autorité, le concept de la famille tel que le construit et le reconstruit Kore-eda est justement envisagée comme le contrepoint de cette autorité, et s’épanouit dans la marge.

Thibaut Grégoire

 

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FILM FEST GENT 2018 – « Cold War » de Pawel Pawlikowski

Prix de la mise en scène à Cannes, au sein d’un palmarès globalement décrié, le film polonais Cold War avait des allures de caricatures de film de festivals, avec son format 4/3 et son noir et banc léché. Qu’en est-il ? Le film dépasse-t-il cette apparence très lisse ?

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Lisse semble être le mot-clé, tant Cold War apparaît, après vision, comme totalement insignifiant. Qu’un tel film ait pu se dégager d’une sélection de vingt films, être apprécié d’une énorme majorité de la critique et figurer dans un palmarès qui a exclu de grands films tels que Burning ou Les Éternels, est impensable.

Découpé en plusieurs parties, le film suit la progression de l’amour fou et contrarié entre Wiktor et Zula dans l’Europe des années 50, sur fond de guerre froide. Outre son habillage « sobre », cette allure austère que lui confèrent le format et la bichromie, Cold War transpire le classicisme, que ce soit dans le fond ou dans la forme. Cette histoire d’amour qui commence par une rencontre et se termine dans la tragédie – sans trop d’effusions tout de même, restons dignes, restons « sobres » – est étonnement plate et linéaire.

Reste donc un film du milieu, propre sur lui, qu’apprécieront les partisans du fameux « less is more », cet éloge institutionnalisé de la mollesse et du formatage. Qu’y a-t-il de véritablement stimulant dans cet objet gentil, sans aspérités, détendu et dévitalisé ? C’est une question qu’il faudrait poser plus souvent, étant donné ce qui semble devenir maintenant un mètre-étalon en matière de bon goût. C’est donc ce type de cinéma qui plaît à la critique, qui plaît aux jurys ? Un cinéma qui n’éprouve rien, qui ne s’ébranle jamais, qui va où on lui dit d’aller… ?

Thibaut Grégoire

 

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FILM FEST GENT 2018 – « Capharnaüm » de Nadine Labaki

Inimaginable tire-larmes martyrologique de la pire espèce, le dernier film de Nadine Labaki a obtenu le Prix du Jury lors du dernier festival de Cannes. Une aberration qui n’est probablement pas la seule de ce palmarès bancal.

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Qu’un personnage puisse se rebeller contre la société et contre la condition qui est la sienne est probablement la seule bonne idée de Capharnaüm, le nanar édifiant et criard de Nadine Labaki. Ce personnage, c’est Zain, 12 ans, lequel refuse que sa sœur mineure soit mariée contre son gré, refuse d’être exploité par les adultes, et refuse jusqu’au fait même d’être né. C’est d’ailleurs de manière très cynique que Labaki encadre son récit par cette dernière donnée, le procès qu’intente Zain envers ses parents pour l’avoir mis au monde. Ça aurait été trop bête que cette idée géniale passe inaperçu, il fallait bien la mettre aussi grossièrement en avant pour qu’on ne retienne pratiquement que cela d’un film qui fait par ailleurs la part belle à l’humiliation, à l’hystérie et aux plans obscènes au ralenti censés dénoncé toute la misère du monde expérimentée par le pauvre Zaïn, victime sacrificielle du film. Mais non content de se déchaîner sur son pauvre personnage, véritable chair-à-pâté d’un cinéma démonstratif qui ne recule devant aucune audace, aucune démonstration de vulgarité, le film lui confère aussi une parole d’auteur, une sorte de voix du sage faisant la morale à l’humanité toute entière à travers les mots de la réalisatrice et de ses coscénaristes, probablement tout content de pouvoir exprimer un point de vue « fort » sur la condition humaine et l’état du monde. Dans la catégorie des films boursoufflés, autosatisfaits, et sûr de leurs effets, Capharnaüm se pose là.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 21/03/2018

Ce n’est pas toutes les semaines que sort sur nos écrans un film kirghize, c’est donc l’occasion d’en profiter, d’autant plus que Centaure d’Aktan Arym Kubat vaut réellement le détour. Ce qui n’est pas forcément le cas de deux autres films d’auteur à haute ambition sociétale ou politique, également visibles.

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Centaure d’Aktan Arym Kubat

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Avec Centaure, c’est un témoignage à la fois assez désespéré et hautement métaphorique sur la situation actuelle de son pays et de sa culture que livre Aktan Arym Kubat, en mettant en parallèle la perte de contact des Kirghizes avec leur terre, leur culture, leurs traditions, et la montée en puissance d’un radicalisme religieux – représenté par des barbus croqués comme des personnages burlesques, influençant de manière subreptice la vie de la communauté. (…) Dans sa manière d’opposer à l’obscurantisme et à la perte des racines un élan libertaire en rapport avec la nature, Aktan Arym Kubat fait également intervenir les films comme éléments primordiaux de ce sursaut salutaire de liberté, posant ainsi le cinéma comme un des derniers terrains de protestation possibles, et le « film » comme objet révolutionnaire.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 7,5/10

 

La Prière de Cédric Kahn

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En se mettant en tête de suivre un personnage de drogué en rémission dans une communauté d’anciens addicts qui se soignent par la prière et la foi religieuse, Cédric Kahn à tendance à vouloir être plus catholique que le pape. Son but est manifestement de s’immerger dans cette communauté et de la décrire de manière la plus honnête possible, mais il le fait sans recul ni point d’ancrage idéologique, ce qui revient à cautionner sans remise en question son aspect sectaire. À travers ces scènes de dévotion béate ou de rassemblements « bénéfiques » baignés de démonstrations appuyées d’amitié fraternel ou de bienveillance systématisée, le film en vient à faire l’apologie de l’angélisme. Encore une fois, la fameuse « expérience immersive », que veulent éprouver et retranscrire à l’écran nombre de cinéastes, aura débouché sur un naturalisme neutre et atone, sans reliefs ni point de vue.

Note : 2,5/10

 

Après la guerre d’Annarita Zambrano

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Comme si le genre du film à sujet impliquait forcément de ne pas accorder beaucoup d’importance à la forme, Annarita Zambrano semble avoir choisi d’épurer celle-ci au maximum. Mais ici, « épure » n’est pas synonyme de « radicalité », loin de là. Arborant une esthétique de téléfilm didactique, Après la guerre a des allures de film à débats que l’on inclurait dans une soirée thématique ou dans le cadre d’une projection scolaire, mais il est difficile d’y voir du « cinéma » à proprement parler.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2,5/10


Sorties Cinéma – 22/11/2017

Tandis qu’Yvan Attal livre son énième film médiocre et que la belge Amélie Van Elmbt s’enlise dans le sentimentalisme, le hongrois Kornél Mundruczó tente une nouvelle fois le mélange des genres et l’algérien Karim Moussaoui de saisir un instantané de l’âme collective de son pays.

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En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui

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En divisant son film en trois parties, évoquant chacune la responsabilité et la culpabilité de ses personnages issus de classes sociales différentes mais rattachés par un inconscient lié à l’histoire de l’Algérie, Karim Moussaoui dépasse le film-choral et atteint à un certain instantané d’une âme collective.

Lire l’interview de Karim Moussaoui sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

La Lune de Jupiter de Kornél Mundruczó

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Depuis son précédent film, White God, le hongrois Kornél Mundruczó propose un cinéma d’auteur qui n’a pas peur de s’essayer au genre, de mêler les univers et les types de cinéma afin d’aborder de réels sujets sociaux et politiques. Avec La Lune de Jupiter, il tente de mêler le sujet des migrants à une trame de film de science-fiction, voire de film d’action. Cela rend bien entendu le film déstabilisant et assez difficile à appréhender (…) mais qui n’en reste pas moins un objet de cinéma assez stimulant, car intrinsèquement hybride et vivant.

Lire la critique sur Le Suricate Magazine

Note : 5,5/10

 

Diane à les épaules de Fabien Gorgeart

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Mix entre comédie de maternité et comédie romantique, le premier film de Fabien Gorgeat capitalise un maximum sur son duo d’acteurs « vedettes », Clotilde Hesme et Fabrizio Rongione. Ils sont tous les deux bons – comme souvent – mais se démènent avec un matériel qui s’empêtre dans des clichés de la comédie bourgeoise et de « genres »  (il s’agit de l’histoire d’une mère porteuse partagée entre son couple d’amis gays et son nouveau compagnon), tout en se revendiquant originale. Les petits décalages – uniquement scénaristiques, et encore – de ce film esthétiquement et idéologiquement conforme à la norme ne suffisent jamais à le sortir d’une banalité et d’un ennui tenaces.

Note : 3/10

 

Drôle de père d’Amélie Van Elmbt

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Le deuxième film d’Amélie Van Elmbt se réclame toujours de Jacques Doillon dont elle fut l’assistante, mais le fond est définitivement passé du côté du téléfilm sentimentaliste. Nous avons donc droit à une comédie dramatique de paternité, dans laquelle un père absent tente de renouer avec sa petite fille, laquelle ne sait bien sûr pas qui il est et commence imperceptiblement à s’attacher à lui. Des grosses ficelles et des bons sentiments sont donc les armes de cette bluette insipide, produite par les frères Dardenne et Martin Scorsese (!!!???).

Note : 3/10

 

Le Brio d’Yvan Attal

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Accumulant un maximum de clichés sur ce qu’il est censé dénoncer – les « bons gars » des cités ne savent pas parler français ; les hautes écoles élitaires sont des repaires de fascistes ; les profs racistes sont tout de même des gens épatants dont il faut briser la carapace ; etc. –, Le Brio finit par jouer contre le discours qu’il prétend défendre. Un comble pour un film traitant justement de l’éloquence et des techniques d’argumentations !

Lire la critique sur Le Suricate Magazine

Note : 2/10

 

 


Sorties Cinéma – 01/11/2017

Trois bons films cannois sortent en salles en ce début de mois de novembre – une confirmation, un retour en grâce et une révélation. De son côté, un ancien « petit prodige » du cinéma américain que l’on croyait perdu pour le grand écran revient nous livrer son énième film mineur mais sympathique. Et pour finir, le nanar se porte bien avec, d’un côté, son expression rigolarde et décomplexée, de l’autre, sa variante fatiguée et redondante, gonflée à l’esbroufe et aux effets spéciaux médiocres.

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Mise à mort du cerf sacré de Yorgos Lanthimos

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D’un abord très âpre et difficile à appréhender, Mise à mort du cerf sacré a des allures de film coup-de-poing et misanthrope, en forme de martyr pour ses personnages, mais il ne faudrait pas s’arrêter à cette façade, car derrière cette impression se cachent des mystères, des bizarreries et des singularités que Yorgos Lanthimos se garde bien de rendre concrets à la première vision du film. Paradoxalement, c’est aussi par son aspect programmatique, cette manière d’exposer presque d’emblée la façon dont va se dérouler le film, que celui-ci atteint une dimension hétérogène, ouverte à de multiples interprétations et analyses.

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Note : 7,5/10

 

D’après une histoire vraie de Roman Polanski

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Éminemment « polanskien », l’adaptation qu’a faite le cinéaste du roman de Delphine de Vigan vaut bien mieux que ce que l’ensemble de la critique – actuellement en pleine crise de schizophrénie autour du thème « faut-il séparer l’homme de l’artiste ? » – se plaît à rabâcher de manière unanime et complaisante. Ayant reconnu dans le livre les thèmes de la création, de l’enfermement et de la duplicité comme autant de rappels ou de références à sa propre filmographie, Polanski a sauté sur l’occasion pour revenir au pan le plus intéressant de son cinéma (Le Locataire, Répulsion, The Ghost Writer,…) et signe une de ses mises en scène récentes les plus maîtrisées, offrant en outre à Eva Green – actrice « hors-normes », toujours à la frontière entre surjeu et réelle folie – d’exprimer de manière assez magistrale toute la démesure de son jeu débordant et « sur-naturel ».

Note : 7/10

 

Jeune femme de Léonor Serraille

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Suivant un personnage de « jeune femme » essayant justement de se débattre avec cette étiquette qu’elle a du mal à assumer, le premier film de Léonor Serraille tente de saisir l’essence de son personnage en le prenant dans une situation difficile puis en le faisant tout doucement revenir dans un cadre plus apaisant. Cette manière d’approcher le personnage en douceur et de faire progressivement venir le spectateur à lui, ainsi que la façon dont il navigue entre différentes ébauches de genres, à travers les rencontres et les seconds rôles, donnent au film à la fois son rythme et son point de vue.

Lire l’interview de Léonor Serraille sur Le Rayon Vert

Note : 7/10

 

Logan Lucky de Steven Soderbergh

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Porté par cette envie de refaire un « film de casse » plus ancré dans une réalité actuelle que ne l’étaient les Ocean’s, Soderbergh ne peut qu’exposer son film à une certaine forme de déceptivité, encore accentuée par le rythme assez lent de l’ensemble et l’impression que ses protagonistes font constamment du surplace – avant l’inévitable retournement de situation final, qui remet en question les motivations et les attitudes de chacun. Mais cette allure peinarde et ce ton faussement détaché permettent également au film d’exister en dehors d’un genre très balisé, et de s’imposer dès lors comme un film de personnages, envers lesquels le metteur en scène et les acteurs – tous très bons – font d’ailleurs preuve d’une évidente tendresse. Et ce n’est déjà pas mal du tout.

Lire la critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 5,5/10

 

Épouse-moi, mon pote de Tarek Boudali

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Charriant à qui mieux mieux des clichés sur l’homosexualité et l’homophobie de manière insouciante et décomplexée, Épouse moi, mon pote s’expose irrémédiablement à un regard extrêmement critique sur cette façon de faire fi d’un tel sujet en le prenant par-dessus la jambe. Mais au-delà de ça et de son esthétique de téléfilm de seconde zone, malheureusement l’apanage des deux tiers de la comédie française actuelle, le premier film de Tarek Boudali s’avère au final nettement plus supportable – et, osons le mot… drôle – que les deux récentes tentatives de son « pote » Philippe Lacheau, se contentant fort heureusement ici de jouer le faire-valoir comique.

Note : 3/10

 

Geostorm de Dean Devlin

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Le coscénariste de Roland Emmerich s’est dit qu’il pouvait très bien se passer du maître pour concocter son propre film cataclysmique aux élans science-fictionnels. Le voici donc qu’il accouche de cet improbable Geostorm, sorte de melting-pot morne et sans la moindre dose de second degré du Jour d’après, d’Independence Day et de 2012, dont  les scènes d’effets-spéciaux à la longueur toute relative –  comparée à celles de dialogues interminables et creux – et l’attribution du rôle principal au nanarophile Gerard Butler témoignent de restrictions budgétaires probablement proportionnelles à la confiance que le studio (Warner) mettait dans ce projet.

Note : 2/10


FILM FEST GENT 2017 – « Un homme intègre » de Mohammad Rasoulof

À la tête d’une petite exploitation de poissons d’eau douce, Reza voit sa famille être l’objet d’un processus d’ostracisation lorsqu’il tient tête à une compagnie privée qui a des vues sur son terrain. Devant faire face à la corruption, aux méthodes brutales de milices locales, et au regard de plus en plus méprisant de la communauté, Reza encaisse les coups jusqu’à mettre sur pied une vengeance personnelle, laborieuse et progressive.

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Il y a dans le dernier film de Mohammad Rasoulof – Prix Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes – une dimension de film d’humiliation, genre festivalier que nous nous appliquons parfois à débusquer, voire à « dénoncer ». Le martyr social qu’endure le personnage principal – tête de truc d’un système et d’une communauté qui le broient un peu plus au fil des séquences et du chemin de souffrance auquel semble le destiner le film au fil de son scénario – a en effet d’abord un aspect unilatéral, sans échappatoire, qui tendrait à le classer dans cette catégorie.

Mais Un homme intègre est plus subtil que cela et opère, de manière aussi lente et cachée que son personnage principal, un revirement négocié en douceur vers une dernière partie en forme de sursaut d’orgueil ainsi qu’un basculement dans quelque chose qui s’apparenterait presque au film noir. Ainsi, la revanche du héros, d’abord présentée comme une revanche des faibles par rapport à la communauté, devient un élément de suspense puis le prétexte à un dernier retournement de situation aussi discret que majeur, et ouvrant encore les champs du film en tant que polar au sous-texte politique et engagé.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand s’est tenu du 10 au 20 octobre 2017

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