Critique et analyse cinématographique

« Victoria » de Justine Triet : Comédie d’auteur et d’acteurs

Remarquée avec son premier long métrage (La Bataille de Solférino, en 2013), Justine Triet avait, avec son second film, les honneurs de l’ouverture de la Semaine de la Critique lors du dernier Festival de Cannes. Victoria est une comédie ciselée dans la veine hollywoodienne classique, sur le terrain du film d’auteur français, à la fois très écrite et laissant le champ libre à une folie contrôlée et à un trio d’acteurs époustouflant.

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Invitée à un mariage, l’avocate pénaliste Victoria Spick y retrouve son ami Vincent ainsi que Sam, un ancien dealer qu’elle avait autrefois défendu. Le lendemain, Vincent se retrouve accusé de tentative de meurtre par sa compagne, qu’il aurait poignardé dans le ventre durant la réception du mariage. Tandis que Victoria accepte de défendre Vincent, cédant au chantage affectif exercé sur elle par celui-ci, elle recueille dans son appartement Sam, qui devient son jeune homme au pair, s’occupant de ses filles et l’assistant de loin dans son travail. Alors que les limites entre sa vie professionnelle et sa vie privée sont de plus en plus troubles, Victoria doit aussi gérer un ex-compagnon écrivain, qui déballe sur un blog littéraire les secrets de leur intimité passée.

Tout comme dans La Bataille de Solférino – dans lequel une jeune mère de famille doit gérer à la fois ses jeunes enfants, l’arrivée intempestive de son ex et son travail de journaliste en plein jour d’élections présidentielles – Victoria met en son centre un personnage féminin plongé au cœur d’une crise dans laquelle le privé et le professionnel se mêlent de manière parfois indistincte. Mais là où son premier film privilégiait la prise sur le vif, l’intrusion de la fiction dans un contexte quasiment documentaire et un resserrement de l’action sur une seule journée, Justine Triet ouvre son cinéma à des influences plus populaires et va chercher du côté de la comédie américaine classique.

Accoutumée des comédies romantiques « gentilles » et après deux incursions, comme second rôle, dans un cinéma d’auteur plus exigeant – chez Mouret et Verhoeven – Virgine Efira trouve enfin un premier grand rôle à sa mesure, dans un film à la fois drôle et intelligent, qui repose également beaucoup sur sa performance et son tempérament comique. On voit tout de suite ce qui a pu intéresser Justine Triet chez cette actrice et son passif : un ancrage totalement populaire, un physique très marqué de grande blonde typée et une capacité à s’adapter à la comédie dans tout ce qu’elle a de plus démythifiant.

Si le film table beaucoup sur ses personnages – également les excellents Vincent Lacoste et Melvil Poupaud, respectivement en amoureux discret et en ami envahissant –, il est aussi servi par des dialogues savoureux et traversé de visions burlesques – les deux témoins principaux au procès de Vincent sont un chien jaloux et un chimpanzé photographe. Victoria échappe à toute sorte de classification qui gangrène la comédie française. Ni comédie romantique, ni film de procès, ni chronique d’une jeune quarantenaire en crise, le film aborde pourtant toutes ces dimensions sans s’installer dans l’une d’elle. Justine Triet parvient, avec ce deuxième long métrage, à casser les clivages entre cinéma populaire et cinéma d’auteur et offre un vrai film réconciliateur, fédérateur sans être consensuel.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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