Critique et analyse cinématographique

« Rester vertical » d’Alain Guiraudie : L’homme est un loup…

Alors qu’il avait probablement élargi son public tout en restant fidèle à sa radicalité, avec L’Inconnu du lac, Alain Guiraudie revient à une veine plus âpre de son cinéma et appuie sur la dimension cauchemardesque de la direction onirique qu’il fait habituellement prendre à ses récits et à sa mise en scène. Truffé de paraboles et d’allégories sociales et politiques, Rester vertical peut également être vu uniquement comme une déambulation dans la psyché d’un homme en déséquilibre.

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Errant en Lozère à la recherche d’inspiration et espérant voir des loups, un jeune scénariste du nom de Léo tente dans un premier temps d’aborder un très jeune homme sur le bord de la route en lui faisant miroiter un casting pour le cinéma. Plus tard, il rencontre une bergère, Marie, avec laquelle il fait très vite un enfant. Tandis que Léo ne cesse d’aller et venir, indomptable et toujours en mouvement, Marie le quitte en lui laissant l’enfant. Léo trouve une certaine stabilité avec son bébé, dans la ferme de son beau-père, mais est sans cesse attiré vers l’ailleurs et particulièrement par ce jeune homme croisé auparavant ainsi que par le vieil homme qui l’héberge.

Si le programme que promet le titre semble résonner comme un mantra, voire comme un slogan politique, il apparaît très vite comme le but ultime que se fixera son personnage, petit à petit dépouillé de tout ce qui le fait rester debout, justement. Convoquant des figures magiques et mythologiques, des personnages irréels et des apparitions parfois fantomatiques, Guiraudie confronte cette dimension de conte, de rêve éveillé, à la dureté d’une réalité qui vient tordre le rêve et le transformer en cauchemar, ainsi qu’à celle des sentiments – rarement partagés, souvent en décalage, arrivant trop tôt ou trop tard – et, surtout, à celle du sexe, qui guide les hommes dans la vie mais aussi jusqu’à la mort.

Dans un final qui donne une nouvelle signification – peut-être la seule qui vaille – à ce titre mystérieux, c’est la dureté de la nature qui reprend le dessus. Elle contemple l’homme ramené à sa condition animale et celui-ci la contemple en retour de manière fataliste. Enfin face au loup, l’homme doit rester vertical et ne pas fléchir, comme figé dans une pause éternelle, incapable de bouger, statufié tel une divinité antique.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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