Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2016 – « Paterson » de Jim Jarmusch

Dire que Jim Jarmusch fait, de film en film, des portraits d’hommes en errance – voire d’hommes morts en errance – revient presque à enfoncer une porte ouverte. Mais cela devient peut-être plus pertinent lorsque l’on se retrouve face à un film qui semble nuancer cette approche, où tout du moins lui donner des ramifications différentes.

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Le Paterson du titre n’est en rien un homme mort ; c’est un homme vivant mais éteint, qui semble constamment chercher un moyen de s’illuminer – par la pratique de la poésie, par sa vie de couple – mais n’y parvient jamais réellement. Enraciné dans sa ville jusque dans son patronyme – Paterson habite à Paterson, dans le New Jersey – il semble ne jamais devoir la quitter et est donc un personnage en surplace chronique, partagé entre sa compagne aimante, aussi sédentaire que lui, son travail de chauffeur de bus scolaire – il tourne littéralement en rond dans la ville – et sa passion pour la poésie, qu’il tente de mettre en pratique sans jamais se jeter vraiment à l’eau.

Les poèmes de Paterson restent dans un carnet fantôme, un recueil qu’il veut garder invisible au regard des autres, et qui le restera indéfiniment. Hanté et bridé par la présence quasi mystique de grands poètes dont les noms sont liés à l’histoire de la ville (William Carlos Williams, Allen Ginsberg), Paterson préfère rester un artiste anonyme, sans jamais se confronter à quelconque jugement. Il ne saura jamais s’il est un grand artiste ou un rimailleur médiocre, préférant rester dans cette incertitude.

À la présentation du film à Cannes, on a pu lire çà et là que Paterson était un film sur une vie normale, voire sur le bonheur. Il est heureusement bien plus que ça : éventuellement un film sur une vie extraordinaire engoncée dans la normalité, ou un film sur un bonheur de surface, empreint d’incertitude et de mélancolie. D’ailleurs, Paterson est un film incertain, jusque dans son humour qui est toujours à la lisière de glisser dans la mélancolie voire dans la gravité. Cet amoureux désespéré que côtoie Paterson au bar est-il drôle ou pathétique dans ses manœuvres désespérées pour reconquérir sa petite amie ? Le chien de la compagne de Paterson est-il une présence sympathique ou une menace invisible ? Rien n’est banal dans Paterson, tout est ambivalent.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 11 au 21 octobre 2016

Plus d’infos sur le site du festival

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