Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 26/04/2017

Cette semaine, un thriller espagnol surprend, les gardiens de la galaxie capitalisent sur leurs acquis, un teen-movie s’embourbe dans les clichés et Pierre Richard gâtifie comme jamais.

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La Colère d’un homme patient de Raúl Arévalo

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L’appréhension que l’on peut éprouver devant un film de cet acabit est souvent lié à la dimension toujours assez droitière de scénarios unilatéraux mettant en scène des « autojusticiers » dont la souffrance initiale semble justifier un déferlement de violence sur les cibles de leur vendetta personnelle. (…) Tarde para la ira parvient à éviter cet écueil, en jouant précisément avec les attentes liées au genre. (…) Le film remplit son contrat et respecte ses enjeux de série B basique, mais de manière détournée.

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Les Gardiens de la galaxie Vol 2 de James Gunn

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Ce deuxième épisode des Gardiens de la galaxie capitalise un maximum sur les recettes du premier (humour omniprésent, bande originale vintage,…) et ajoute une donnée légèrement putassière, le passage du personnage de Groot au « trop mignon » Baby Groot, probablement destiné à gagner des points chez un public enfantin ou féminin. Dans sa dernière partie, le film se fait étonnamment sentimental, voire larmoyant, et finit par faire l’éloge unilatéral de l’esprit de famille et du conformisme, un comble pour une franchise qui réclamait au départ une certaine indépendance vis-à-vis de l’univers Marvel. Le seul film Marvel réellement subversif reste à ce jour Deadpool, et ce Gardiens de la galaxie 2 se classe plutôt parmi les plus lisses et conventionnels.

 

The Edge of Seventeen de Kelly Fremon Craig

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L’impression qui domine à la vision de The Edge of Seventeen est celle d’avoir déjà vu ce teen-movie des dizaines de fois. Rien ne dévie jamais du récit de passage et d’acceptation, et des clichés du genre. Le psychologisme approximatif du mélodrame familial, la pauvreté flagrante de la mise en scène, les personnages stéréotypés (la mère fantasque, le prof cool, le « nerd » amoureux transi,…) et l’interprète principale (Hailee Steinfeld, particulièrement crispante) sont autant d’éléments rébarbatifs qui contribuent à couler ce film sans reliefs ni aspérités.

 

Un profil pour deux de Stéphane Robelin

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Comme on peut s’y attendre, Un profil pour deux est rempli de bons sentiments, de personnages stéréotypés et prend l’allure et l’esthétique d’un téléfilm ciblé pour un public assez âgé. Le film se permet bien l’un ou l’autre dérapage contrôlé concernant notamment son trio amoureux légèrement atypique, mais ne manque pas de retomber sur ses pattes lors d’un final pétri de politiquement correct, où tout le monde retrouve bien sa place – les jeunes entre eux, les vieux entre eux, etc.

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Le Procès du siècle de Mick Jackson

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Un film didactique, plat et assez ambigu sur le procès qui opposa l’historienne Deborah Lipstadt au négationniste David Irving, au début des années 2000. Lipstadt étant contrainte de démontrer l’existence de l’Holocauste après avoir été traînée en justice par Irving – qu’elle a préalablement traité de menteur –, le film se concentre sur le travail de ses avocats et donne à l’historienne un rôle assez ingrat, celui d’une femme bornée qui semble ne pas comprendre la différence entre émotion et factualité. Cette stéréotypisation outrancière du personnage et l’espèce de neutralité froide avec laquelle est abordé celui de son adversaire contribuent à rendre très antipathique ce téléfilm même pas amélioré.

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« Deadpool » de Tim Miller : Super-héros subversif et réflexif

Dans la galaxie Marvel, Deadpool est un peu l’outsider, le marginal mal aimé et malpoli qui ne recule devant aucune vanne foireuse ni aucun acte politiquement incorrect. La transposition à l’écran d’un tel personnage hors-normes pouvait augurer d’une trahison au matériel d’origine et d’un résultat final consensuel, surtout de la part de la Fox qui a récemment fait des coupes drastiques dans la version des Quatre Fantastiques de Josh Trank. Heureusement, le studio et l’équipe du film – emmenée par le réalisateur Tim Miller et un Ryan Reynolds très investi – ont décidé de mener le projet à bien dans tout ce qu’il a de décalé et de subversif – à l’intérieur même du microcosme Marvel, s’entend bien.

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Le film démarre fort avec une ouverture d’anthologie, un générique « honnête » qui énumère le casting et les principales fonctions techniques en les qualifiant de façon très cynique : Ryan Reynolds y est qualifié de bellâtre élu « homme le plus sexy » tandis que les autres acteurs sont recensés comme « le méchant british », « l’ado boudeuse », « le comique de service », etc. Deadpool est ensuite construit de manière anti-linéaire, usant continuellement de flashbacks et de « flashs forward » pour dynamiser l’action, le tout servi par la voix-off taquine et outrancière de Reynolds, qui s’en donne à cœur-joie dans le catapultage d’insanités en tous genres.

Lors de la première demi-heure du film, on se demande vraiment comment un film de super-héros produit par un grand studio peut en arriver à ce degré de délire cru et sans tabous. On se trouve effectivement plus du côté d’une « tarantinerie » que d’un blockbuster traditionnel. Il faut dire que le film s’est fait dès le départ avec un budget limité pour ce type de production et avec l’intention délibérée de le sortir en « Rated R » (équivalent approximatif du « enfants non-admis »). Le film a donc bien conscience de s’adresser à un public beaucoup plus restreint que l’audience démesurée des Avengers et compagnie. Et c’est ce qui lui permet des digressions rarement vues dans ce type d’univers – jamais ? – notamment la pleine conscience du personnage qu’il évolue dans un film de super-héros et sa manière de dénigrer la franchise X-Men dont il est pourtant issu.

Cette façon de discourir sur sa propre condition de sous-produit culturel – qui atteint des sommets lorsque Deadpool remarque qu’il ne croise que deux des X-Men, probablement parce que le budget n’était pas assez important pour en faire venir d’autres – ainsi que la manie persistante du « héros » à briser le quatrième mur et à s’adresser directement à la caméra font accéder le film à une dimension supplémentaire de satire et de réflexion sur l’industrie du spectacle, inespérée dans un film d’action de cet acabit. Sans non plus atteindre le niveau d’une grand œuvre réflexive et subversive sur le commerce du super-héros, Deadpool est probablement l’un des seuls films autocritique sur le sujet, avec le Watchmen de Zack Snyder. Il est en cela une très bonne surprise, décomplexée et gentiment « trash », qui dénote et fait du bien dans le paysage global du blockbuster mercantile actuel.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 26/08/2015

Pas mal de déception cette semaine, avec une Palme d’Or qui laisse sur une impression mitigée, un film de super-héros prometteur mais finalement raté, et un film de jeunes trop dans l’air du temps pour être honnête.

 

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Dheepan de Jacques Audiard

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Jacques Audiard a donc obtenu sa Palme d’Or longtemps désirée avec son film le plus ancré dans le film de genre : à savoir une version « banlieue » et naturaliste d’Un justicier dans la ville. Car il faut bien reconnaître que le passé militaire et la condition de sans-papier du héros et de sa fausse famille servent surtout de faire-valoir à une montée en puissance de la colère et à une apothéose dans la violence esthétisée. À l’actif du film, on peut mettre l’interprétation uniformément excellente, et quelques séquences oniriques intrigantes, dont on se demande malgré tout parfois quel est leur place et leur fonction dans un ensemble globalement sombre et terre-à-terre.

Note : 5,5/10

 

Les 4 fantastiques de Josh Trank

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Au terme d’une bataille acharnée entre le réalisateur Josh Trank et la Fox, la nouvelle adaptation cinématographique des 4 fantastiques débarque finalement sur nos écrans. Étant donné que le film sort en Belgique avec un décalage de plusieurs semaines par rapport aux États-Unis et à la France, tout ou presque a déjà été dit à son propos, puisque les polémiques de post-production ainsi que les critiques désastreuses ont eu de larges répercussions dans plusieurs médias.

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Note : 4/10

 

We Are Your Friends de Max Joseph

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À travers la chronique des déboires d’un jeune aspirant DJ et de sa bande de potes qui se demandent tous ce qu’ils vont bien pouvoir faire de leur vie, We Are Your Friends tente de dresser le portrait de la génération du bling-bling et de l’électro. Tous les clichés du genre y passent et, entre prise de drogues et soirées alcoolisées, déceptions amoureuses et professionnelles, les personnages stéréotypés servent surtout de prétextes à enchaîner les séquences musicales et les effets de montage « clipesques ».

Note : 4/10


« Les 4 Fantastiques » de Josh Trank : Production chaotique et acharnement médiatique

Au terme d’une bataille acharnée entre le réalisateur Josh Trank et la Fox, la nouvelle adaptation cinématographique des 4 fantastiques débarque finalement sur nos écrans. Étant donné que le film sort en Belgique avec un décalage de plusieurs semaines par rapport aux États-Unis et à la France, tout ou presque a déjà été dit à son propos, puisque les polémiques de post-production ainsi que les critiques désastreuses ont eu de larges répercussions dans plusieurs médias.

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À la vision du film, on ne peut que constater que celui-ci est incontestablement raté – ou inabouti, pour tout le moins – mais on peut également se rendre compte qu’il est ça et là traversé d’images et d’idées intéressantes, qui laissent à penser que le « director’s cut » aurait pu être vraiment réussi. Il faut aussi reconnaître et avouer que, s’il n’est pas bon, Les 4 fantastiques nouvelle mouture n’est pas non plus foncièrement plus mauvais que toute une série de blockbusters sortis récemment et traités avec beaucoup plus de déférence par toute une partie de la critique, dont certaines productions Marvel.

Le film de Josh Trank – ou plutôt, le montage de la Fox fait à partir de rushes réalisés par Trank – reprend la mythologie des 4 fantastiques à sa genèse, et suit une équipe de jeunes scientifiques qui ont mis au point une machine leur permettant de se téléporter dans un monde parallèle afin d’en exploiter les ressources. Suite à une première tentative ratée, leurs organismes se voient modifiés et les quatre jeunes gens doivent apprivoiser des capacités nouvelles et envahissantes. Tandis que l’homme élastique, la torche humaine, la femme invisible et la Chose apprennent à assumer leurs nouvelles identités, un ancien collaborateur laissé pour mort dans le monde parallèle est en train lui aussi de se transformer….

Lorsque l’on a vu le premier film du réalisateur, on comprend aisément ce qui a pu l’intéresser dans ce projet d’adaptation, tant l’intrigue et les thèmes soulevés par Les 4 fantastiques sont similaires à ceux de Chronicle. On voit également très bien où il a voulu en venir avec cette tentative d’intégrer une noirceur se voulant réaliste dans un récit super-héroïque. Mais cette dimension était probablement une mauvaise idée à la base, puisqu’elle confère au film un esprit de sérieux totalement plombant – comme c’était déjà le cas dans le dernier Batman de Christopher Nolan.

Si quelques scènes laissent entrevoir une bien meilleure version que celle qui nous est ici proposée – l’homme-élastique essayant de contrôler son corps caoutchouteux dans un conduit d’aération, ou encore l’idée de la mutation vue sous un aspect pragmatique et terre-à-terre –, le film en l’état souffre principalement d’un gros problème de structure. Il n’y a absolument aucun corps et aucun rythme dans le déroulé de l’histoire telle qu’elle apparaît dans le présent montage. S’il faut se farcir une heure d’installation des personnages et de la situation, le reste est expédié en une bonne demi-heure. Le comble est de se rendre compte que le méchant – après transformation – n’apparaît que vingt minutes avant la fin. Si l’on applique à cela la célèbre citation d’Hitchcock selon laquelle plus le méchant est réussi plus l’est le film, on peut se faire une idée du degré de réussite des 4 fantastiques.

Cela dit, et sur un plan légèrement extra-cinématographique, l’accueil extrêmement hostile qu’a subi le film – parfois très en amont de sa sortie – paraît totalement démesuré au vu du résultat, certes médiocre mais pas « haïssable » au point de subir une telle volée de bois vert. Ce curieux acharnement médiatique et critique peut être imputé à l’attente démesurée et au fanatisme douteux dont ont fait preuve les fans les plus « hardcore » du matériel de base – jusqu’à attaquer le choix de caster un acteur noir dans le rôle de Johnny Storm, la torche humaine – et plus généralement à la mainmise que semble avoir acquise la communauté « geek » sur le bon-goût en matière de cinéma grand-public. Il suffit d’aller faire un tour sur IMDB et de voir quels types de films ont l’approbation de la majorité des néo-cinéphiles « online » pour se rendre compte que le cinéma à grand spectacle est de plus en plus phagocyté par la tyrannie d’un public cible qui fait la pluie et le beau temps sur internet et les réseaux sociaux, en imposant ses goûts souvent obtus et régis par des impératifs totalement extérieurs à toute forme de liberté artistique.

Thibaut Grégoire

 

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Sorties Cinéma – 22/04/2015

Deux grands films sortent dans les salles belges cette semaine : l’Ours d’or du dernier festival de Berlin et le nouvel opus de Jean-Charles Hue sur la famille Dorkel. Sur le plan strictement mercantile, les Avengers occupent le terrain….

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Taxi Teheran de Jafar Panahi

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Interdit de tourner des films et de quitter l’Iran depuis 2010, Jafar Panahi continue tant bien que mal, et coûte que coûte, à filmer et à faire du cinéma. Après Ceci n’est pas un film en 2011 – tourné dans son immeuble, duquel il avait l’interdiction de sortir – et Pardé en 2013, Taxi Teheran est son troisième film réalisé dans la clandestinité, et abordant de front les conditions mêmes de celle-ci.

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Note : 8,5/10

 

Mange tes morts de Jean-Charles Hue

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Depuis dix ans, Jean-Charles Hue suit avec sa caméra les Dorkel, une famille de yéniches – communauté de semi-nomade, notamment installée en Picardie. Après avoir tiré plusieurs documentaires de cette relation de confiance qui s’est installée entre eux, il a décidé de faire basculer cette collaboration en 2010, en teintant le documentaire de fiction et en faisant des Dorkel de véritables personnages de cinéma.

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Note : 8/10

 

L’Année prochaine de Vania Leturcq

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Premier long métrage belge situant son action en France, L’Année prochaine montre comment deux amies fusionnelles se déchirent lorsqu’il s’agit de rentrer dans la vie adulte et de faire des choix déterminants pour leur avenir. Le film essaye tant bien que mal de ne pas prendre parti pour l’une ou l’autre de ses deux héroïnes et semble mettre la subtilité comme mot d’ordre au centre de son scénario. Mais cette consigne implicite limite au final la mise en scène, réduite à illustrer un propos et à mettre en valeur des acteurs, par ailleurs tous très bons.

Note : 5,5/10

 

Avengers : L’ère d’Ultron de Joss Whedon

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Ce deuxième épisode des Avengers – et énième de la saga Marvel – s’avère moins intéressant, plus convenu et plus ennuyeux que la moyenne de ses semblables. C’est probablement l’accumulation produite par cette série de films qui commence à lasser, ainsi que les thèmes récurrents et pas beaucoup renouvelés – le questionnement et la solitude du héros, l’esprit de camaraderie entre des personnages finalement marginaux, ou encore la responsabilité d’une superpuissance envers ses victimes collatérales. Ici, les monstres dénaturés et autres demi-dieux affrontent Ultron, une entité volatile et régénératrice, bien représentative des menaces terroristes contemporaines qui empruntent les voies de l’informatique et d’internet. Le sous-texte politique est donc toujours présent, mais s’enfonce tout doucement dans le systématisme et la roublardise.

Note : 4/10


« Les Nouveaux héros » de Don Hall et Chris Williams: Nouveau Disney

Depuis quelques années, les studios Disney, passés aux mains de John Lasseter, ont mis en place toute une stratégie de restructuration de leur esprit et de leurs valeurs. Si l’on pouvait clairement voir cette volonté de refonte de ses fondamentaux à l’image d’une nouvelle politique éditoriale dans Rebelle – par lequel Pixar s’affirmait comme le successeur-réformateur de la marque – ou dans le récent Maléfique – avec une relecture complète d’un grand classique – ce renouveau s’est aussi fait ressentir par la volonté d’inscrire certains films dans une époque résolument contemporaine et consumériste.

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Le premier film Disney à intégrer des figures actuelles de la société de consommation était Les Mondes de Ralph en 2012, avec ses personnages tout droit sortis des jeux vidéos de Nintendo et autres. Le deuxième est Les Nouveaux héros qui, en adaptant pour la première fois un comics des studios Marvel – récemment rachetés par Disney –, marque un véritable tournant dans l’image que renvoie la boîte d’elle-même.

Dans la ville fictive de San Fransokyo, le jeune Hiro Hamada passe son temps à concevoir de petits robots de combat qui lui permettent de gagner des tournois clandestins. Mais quand son frère Tadashi lui fait visiter son école de robotique, Hiro fait tout pour y être admis et invente pour cela une nouvelle technologie révolutionnaire. Malheureusement, le jour de son admission, son frère meurt dans un incendie en essayant de sauver un des professeurs. S’apercevant que les nano-robots qu’il a inventés ont été volés par un mystérieux homme masqué, Hiro fait équipe avec les amis « geeks » de son frère et surtout avec Baymax, un robot médical conçu par celui-ci, pour stopper l’individu mal intentionné.

Après cette longue installation, c’est bel et bien un film de super-héros qui nous est livré ici, puisque Hiro va tout bonnement créer des combinaisons et des armes spéciales pour toute sa petite troupe, donnant ainsi naissance à une sorte de nouvelle ligue des justiciers ou de nouveaux Avengers maladroits. L’entreprise est donc très calculée, puisque ce sont les « geeks » qui se retrouvent propulsés super-héros alors qu’ils sont le public cible de toute la production Marvel et des films de super-héros en général. Dans ce tableau global, on en viendrait presque à oublier que l’on est devant un Disney, tant le film semble plus répondre à une logique propre à Marvel. Mais évidemment, c’est sans compter sur l’histoire d’amitié entre Hiro et le robot Baymax, plus spécifique à un film familial.

La morale n’est d’ailleurs jamais bien loin, puisque le fameux robot-soigneur Baymax ne manque jamais une occasion de rappeler ce qui est bon pour la santé et le bien-être. On retrouve là le côté édifiant des films pour enfants qui tendent à apporter une pincée d’éducation au milieu du maelström de divertissement. Cet aspect est aussi présent dans la condamnation de la vengeance et l’apologie du pardon que fait le film. Hiro est en effet obsédé par l’idée de venger son frère, tandis que le méchant Kabuki est lui aussi en quête de vengeance. Mais le statut de film familial que revêt Les Nouveaux héros ne lui permet pas de maintenir l’ambiguïté comme pourrait le faire un vrai film Marvel. Il dissipe donc très vite le doute sur le côté sombre, vaguement esquissé, du héros pour remettre l’église au milieu du village et définir plus clairement les limites entre le bien et le mal.

Si Disney est peut-être en voie de « Marvelisation », on pourrait également parler de « Dreamworksisation », tant l’esthétique et les thématiques des Nouveaux héros semblent renvoyer à de récents succès du studio concurrent. On ne peut par exemple s’empêcher de penser à Dragons et Dragons 2 dans les scènes où Hiro chevauche littéralement Baymax et l’entraîne à voler le plus haut et le plus vite possible. Dans les évocations visuelles directes, on peut également relever une influence évidente du manga, notamment par l’aspect physique de Hiro, avec ses gros yeux écarquillés. Dans sa grande démarche de réforme de son image, le nouveau Disney semble encore se chercher une vraie identité puisqu’il se partage entre deux types de films, sortant alternativement : les contes de fées à l’ancienne (Raiponce, La Reine des neiges) et des opus volontairement plus actuels, mais aussi plus cyniques, comme Les Mondes de Ralph ou celui-ci.

Thibaut Grégoire

 

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FIFF 2014 – Interview de Thomas Salvador pour « Vincent n’a pas d’écailles »

Pour son premier long métrage, Thomas Salvador propose un univers déjà très affirmé, entre récit intime, fantastique et burlesque. Vincent n’a pas d’écailles suit un homme ordinaire doté de pouvoirs extraordinaires dès qu’il est en contact avec l’eau. Cette prémisse permet à l’acteur-réalisateur de jouer avec les conventions d’un genre très précis.

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Vous avez fait pas mal de chose en dehors du cinéma, dont de l’acrobatie. Comment mettez vous en relation votre parcours d’acrobate et la pratique du cinéma ? Est-ce que vous pensiez déjà à utiliser l’acrobatie dans des films quand vous la pratiquiez ?

Je dirais que c’est plutôt la situation inverse. C’est parce que j’ai fait plein de choses qu’elles arrivent d’elles-mêmes dans le cinéma que je fais. J’écris naturellement des films dans lesquels il y a une dimension corporelle très présente. En fait, je n’ai pas de formation d’acrobate. J’ai fait de l’acrobatie de manière sauvage, et c’est la même chose pour l’apprentissage du cinéma. Dans mes courts métrages comme dans ce long, je sais à l’écriture que je vais m’amuser sur le tournage. J’aime beaucoup les films de mouvement, depuis toujours, qu’il s’agisse des comédies musicales ou des films de kung-fu, par exemple. J’aime le fait que le corps prenne en charge une grande partie du récit.

Aviez-vous l’ambition, avec Vincent n’a pas d’écailles, de faire un film de super-héros qui soit vidé de toute grandiloquence, de toute emphase ?

Je ne me suis jamais clairement posé la question du super-héros mais c’est vrai qu’elle se pose d’elle-même, du fait que le personnage a des pouvoirs hors du commun. Ça convoque donc plein de figures qu’on connaît. Mais quand j’ai pensé le film, c’était un projet très personnel, autour de l’eau, et pas un film de super-héros « à la française ». Je ne me suis jamais posé la question de la démarcation ou du rapport à ces films-là. Je me suis vraiment fié à mon instinct et à mon envie. Maintenant, c’est certains que le rapport existe, mais il n’y a pas le côté explicatif des films de super-héros, ni de trauma originel avec l’arrivée des pouvoirs. Ça ne m’intéressait pas de faire ça, je voulais vraiment que le film soit au présent. J’avais une envie de filmer ça et ce n’est qu’après que c’est posé la question du rapport au genre.

Mais vous avez quand-même joué avec des conventions de ce genre : le personnage a une double identité, puis il y a quelque chose qui lui confère son pouvoir – l’eau – et quelque chose qui le lui enlève – une construction métallique étanche à la pluie.

Oui, à partir du moment où il tire sa force de l’eau, c’était aussi intéressant de faire des séquences où il y a un danger et pas d’eau. Ce sont des scènes où on se demande en même temps que lui d’où va venir le salut. Il y a même une séquence d’explication mais sans qu’on remonte aux origines. C’était aussi un des paris du film d’imposer ce temps présent, d’imposer des personnages sans psychologie, et que le pouvoir existe par la narration et par l’ellipse. Et en ce qui concerne la double identité, il ne l’a pas prise par choix. Il n’y a pas de vraie dichotomie comme dans Batman ou dans Superman. On sent qu’il tend à vouloir être un, à ne plus se cacher et à ne pas renoncer. Il n’y a pas de malédiction du pouvoir comme dans beaucoup de films de super-héros. Il veut juste être vivant dans ce monde, tel qu’il est.

Il y a dans le film un clin d’œil à la scène du baiser à l’envers de Spider-Man. Y avait-il d’autres références directes que vous vouliez faire ?

C’est le seul moment où j’avais vraiment en tête qu’il y avait un hommage. Je n’aime pas trop les clins d’œil qui ne valent que comme tels. C’est important pour moi que même quelqu’un qui n’a pas vu le film auquel ça se réfère apprécie la scène et ne soit pas exclu. Cette scène correspond aussi très bien au caractère de Lucie, la petite amie, qui est assez fantasque. Après, il y a aussi une scène dans laquelle Vincent fait semblant de se transformer, comme Hulk. Et il y a aussi la combinaison de plongée, qui est une sorte de tenue de super-héros, ou encore la séquence de démonstration dans la piscine. C’est une scène de révélation comme il y en a souvent dans les films de super-héros, mais ici il n’y a pas de pathos, pas de gravité.

Durant toute la première partie du film, on se dit que l’on va rester dans la quotidienneté et le déroulé d’une histoire d’amour ordinaire, avec la différence de Vincent en plus. Mais il se passe finalement un événement qui apporte de l’action et qui va accentuer le côté extraordinaire. Était-ce une nécessité d’apporter cet enjeu pour exprimer toutes les possibilités narratives et visuelles du pouvoir de Vincent ?

Oui, je voulais vraiment qu’il y ait beaucoup de mouvement et d’action. J’imaginais une poursuite dans cette région où il y a de l’eau, mais pas toujours, avec ce personnage qui est alternativement sec et mouillé, qui se mouille pour se ressourcer. J’ai toujours su que le film se terminerait par une grande poursuite. Au final, il se trouve que cette poursuite est un peu burlesque et qu’il y a tout un travail sur l’équilibre. Je ne voulais pas que ce soit sérieux et que ça ressemble à des poursuites qu’on a déjà vu. On ne sait pas faire ça en France, on n’a pas cette tradition-là, et quand on essaye de le faire c’est toujours grotesque. Je voulais donc garder le film dans un ton humoristique, sans non plus perdre l’empathie pour le personnage. Mais l’incident survient pile à la moitié du film, et j’aimais cette idée de rupture. Il se passe quelque chose de nouveau, et du coup la mise en scène s’adapte et évolue également.

Le côté burlesque que vous évoquiez était-il à la base de votre démarche, comme art du corps ?

J’adore Buster Keaton ou même Jackie Chan qui a aussi un côté burlesque. Même dans les plus mauvais Jackie Chan, il y a toujours des moments magiques de ce qu’il fait de l’espace et de son corps. Et il y a aussi une forte tradition d’acteurs-réalisateurs dans le burlesque. Ce n’est pas spécialement à cause de ça que j’aime ce type de films, mais il se trouve que les acteurs burlesques étaient souvent réalisateurs de leurs propres films. Et puis, le côté très frontal du cinéma que je fais, et le fait que le rythme vienne de l’intérieur du plan et non du montage, ça ressemble au burlesque. C’est ma manière de m’exprimer au cinéma, mais je n’ai pas une volonté consciente de faire du burlesque. C’est quelque chose qui vient naturellement.

Comment avez-vous trouvé l’équilibre entre la performance physique et les effets dans les scènes d’eau et de poursuite ?

Je ne voulais pas qu’il y ait d’effets numériques dans le film. Par exemple, pour la scène où il balance une bétonnière sur une voiture, on m’a demandé pourquoi il ne lançait pas directement la voiture. Mais si j’avais fait ça on l’aurait fait en numérique et on l’aurait déjà vu mille fois, en mieux, dans des films à plus gros budget. Je suis convaincu qu’avec ces procédés-là, on perd une partie du personnage. Même quand c’est très bien fait, on sait que ce n’est pas la même matière, que ce n’est pas un seul et même plan. Je préférais qu’il porte une bétonnière, qui était fausse mais qui pesait déjà plus de cinquante kilos. C’était déjà très compliqué de mettre ça en place, d’autant plus qu’on n’a eu droit qu’à une seule prise car c’est un plan-séquence et qu’on ne pouvait pas casser plusieurs voitures pour la scène. Mais il y a un vrai impact et on voit à la manière dont je porte la bétonnière que ça a une consistance et une résistance. De la même manière, il n’y a aucun effet dans les scènes de projections dans l’eau, à part un effacement de câbles et de bottes que j’avais. Pour les plans où je saute comme un dauphin, tout s’est fait au tournage avec des systèmes de câblage et d’élastiques. Je ne prône pas l’artisanat pour l’artisanat mais le fait que j’aie aussi fait de la magie me pousse à chercher des solutions comme celles-là. J’étais convaincu qu’il fallait réduire la grandeur de l’effet pour qu’il y ait du réalisme. C’est à la fois fantastique et réaliste, parce que même quand je nage comme un dauphin, on sent l’effort et la résistance de l’eau. Et pour les scènes où le personnage saute, on a utilisé des trampolines et des bascules. La bascule permet de ne pas démarrer le plan à la coupe comme avec un trampoline. On sent dès lors que c’est un vrai saut qui part du sol. Je tenais à ce que l’on voit que c’est vraiment quelqu’un qui saute à deux mètres, sans élan.

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Dans la deuxième partie du film, quand le personnage est en fuite, il y a de longues séquences de déambulation, qui donnent une impression de repos après l’effort. C’est quelque chose que l’on ne voit pas dans les films qu’on évoquait….

C’est vrai que les super-héros ne sont jamais fatigués. Mais Vincent, quand il n’est pas mouillé, est parfaitement normal et ça lui arrive donc d’être essoufflé. Quand il se trempe, au milieu de la poursuite, on sent qu’il se régénère, qu’il souffle. Et c’est vrai qu’il y a beaucoup de moments de pause dans le film.

L’histoire d’amour est centrale dans le film. Elle se déroule du début à la fin. Est-ce que vous aviez aussi cette envie de raconter une histoire d’amour simple ?

Oui, je voulais que l’histoire d’amour soit comme un révélateur pour ce personnage très solitaire. Au début du film, il y a quelque chose d’assez chargé sur la solitude. On sent qu’il est très courtois et très discret, et la rencontre va lui permettre de partager. On ne sait pas s’il s’est déjà révélé à quelqu’un et on peut imaginer que le film est une sorte de boucle, qu’il a peut-être déjà fuit un endroit et qu’il fuira encore après. Mais c’est par le regard de l’autre qu’il peut s’accepter, car il sent quelqu’un qui ne juge pas et qui est très spontanée. La manière dont Lucie réagit est très ludique. Je n’ai justement pas voulu montrer le pathos de la réaction à quelque chose qui serait jugé comme monstrueux. Je pense que la monstruosité se situe plus dans l’effacement que Vincent adopte au début du film. L’histoire d’amour lui permet de prendre confiance et, si elle n’avait pas existé, il n’aurait peut-être pas sauvé son ami par la suite, parce qu’il aurait eu peur d’exposer sa différence.

À la fin du film, quand Vincent prend la mer à la nage pour fuir, on se prend à penser aux clandestins qui font la même chose, avec une issue souvent dramatique. Dans le cas de Vincent, on sait que son pouvoir va lui permettre de traverser sans problèmes, et cela donne une forte dimension d’espoir à ces séquences. Avez-vous aussi pensé à ça ?

Il y a un crescendo parce qu’il commence par se baigner dans des ruisseaux et dans des flaques, et qu’il finit dans la mer, pour justement rejoindre un endroit où il y a des lacs et des rivières, au Canada. Il y va avec son petit sac à dos et on imagine qu’il a peu d’argent. Cette traversée est presque moins réaliste que le reste du film car on la devine extrêmement longue, même si c’est elliptique. Mais elle est effectivement parsemée d’images de la clandestinité et de l’exil – il se réfugie sur un pétrolier, il se fait tirer par un chalutier,…. Dans son cas, l’exil a une fonction de recommencement. Quand on voit des africains monter dans des pirogues pour gagner Malte via la Lybie, c’est une autre situation. Mais j’ai bien entendu pensé à ça en tournant ces scènes. D’ailleurs, même quand il est enfermé dans la cimenterie, au cours de la poursuite, il y a l’idée de quelqu’un qui est en sursis et qui va être privé de sa liberté. À ces moment-là, il faut que le spectateur ait envie qu’il soit libre, car c’est aussi le sujet du film.

Comment s’est fait le travail d’auto-direction sur le tournage, spécialement dans les scènes où vous êtes seul ? Vous êtes-vous senti complètement libre ou avez-vous beaucoup cherché, avec votre équipe ?

J’ai l’habitude parce que je joue dans mes courts-métrage, bien que je ne me considère pas comme un comédien. Mais paradoxalement, j’ai plus de faciliter à jouer qu’à diriger. Ce film était ma première véritable expérience avec des acteurs, car dans la plupart de mes courts-métrages, le personnage est souvent très seul. Quand j’écris, je sais que je vais jouer et que le personnage va me ressembler. Donc, du coup, je joue très peu. Il n’y a pas du tout de travail ni de répétitions. D’ailleurs, ma gêne naturelle de « non-acteur » colle très bien avec celle du personnage. Je n’aurais jamais pu jouer un super-héros arrogant, comme Iron Man. Le personnage me ressemble jusque dans sa politesse. Il y a des gens qui me demandent pourquoi il est très poli, mais c’est simplement parce que je fais les choses comme ça, je ne les conçois pas autrement. Tout ça fait partie de l’identité du personnage et de la mienne. Au tournage, tout se fait de manière très naturelle, d’autant plus que j’utilise beaucoup le plan fixe. De l’intérieur, je sens quand ça va ou pas, et je suis rarement en désaccord avec les gens qui travaillent avec moi.

Comment avez-vous convaincu les comédiens ? Cela ne leur faisait-il pas un peu peur de jouer autour d’un acteur-réalisateur qui, en plus, fait de la performance physique dans le film ?

Il y a un hasard qui n’en est peut être pas un, c’est que Vimala Pons, qui joue le rôle de Lucie, est aussi artiste de cirque et que Youssef Hajdi, qui joue l’ami de Vincent, est un très bon danseur. Comme le film est très économe en paroles, il y a eu tout un travail sur l’attitude, parce que ce sont des acteurs qui ont aussi un rapport très fort au corps. Le fait que Vincent soit pratiquement de tous les plans était un parti pris de mise en scène et de point de vue. On est avec lui et on découvre les choses en même temps que lui. Quand les comédiens ont lu le scénario, ça leur a plu, et quand je leur et expliqué ma démarche, ils ont su qu’ils existeraient dans le film. Même des rôles encore plus petits ont leur moment à eux. Il y a pourtant peu de dialogues entre les personnages mais c’est par les situations qu’ils existent. J’ai aussi essayé de reproduire des moments dans lesquels on n’a pas forcément besoin de se parler pour se comprendre, comme dans la vie.

Quels sont vos projets suivants ? Allez-vous continuer à explorer les possibilités du corps à l’écran ?

J’ai plusieurs projets en tête, dans lesquels il y aura effectivement ce rapport au corps. Mais ce n’est pas une volonté calculée d’inclure une dimension corporelle dans mes films. Il se trouve que les films que j’ai envie de faire ont naturellement cette dimension-là. J’hésite encore entre deux projets. Il y en a un qui est à moitié fantastique, encore une fois, et un autre qui fera intervenir beaucoup d’acteurs. Ce sera peut-être un film noir. J’ai des images dans la tête mais il faut que je mûrisse tout ça. Je pense en tout cas que je jouerai dedans, avec des acteurs de Vincent n’a pas d’écailles aussi. J’espère tourner bientôt.

Entretien réalisé par Thibaut Grégoire au FIFF de Namur, le 6 octobre

 

Le FIFF se tient du 3 au 10 octobre, à Namur.

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