Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2017 – « The Limehouse Golem » de Juan Carlos Medina

Dans le Londres de la fin du XVIIIe siècle, un tueur en série perpètre des meurtres tellement horribles que la rumeur l’assimile à un monstre légendaire, le Golem. Dans ce contexte tendu, Scotland Yard envoie au casse-pipe l’inspecteur Kildare, un détective assez âgé dont c’est la première affaire de meurtre, pour succéder à un confrère qui a échoué dans sa tâche de débusquer l’assassin. Lors de ses investigations, Kildare est intrigué par l’histoire de Lizzie Cree, accusée d’avoir empoisonné son mari, lequel était un suspect sérieux dans l’affaire du Golem.

The-Limehouse-Golem-4

Le film de Juan Carlos Medina alterne donc la ligne narrative de l’enquête menée par Kildare (Bill Nighy) et son adjoint avec de longues et nombreuses séquences en flashback, retraçant le parcours de Lizzie Cree dans les milieux de saltimbanques où gravitaient feu son mari ainsi que toute une série d’individus plus suspects les uns que les autres. Cette description des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur.

C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes. Certains trouveront aussi probablement de l’intérêt aux allusions féministes un peu trop ostentatoires et à propos pour être honnêtes, ainsi qu’un aspect gay-friendly pas vraiment développé – Kildare est décrit comme « pas à marier », et son adjoint n’en est pas loin non plus –, mais c’est vraiment l’aspect de divertissement « à l’ancienne » qu’il faut retenir d’un film dont l’ambition ne semble pas non plus porter plus loin.

Les allusions historico-culturelles en forme de clins d’œil, dont l’intervention dans l’intrigue de Karl Marx ou encore de l’écrivain George Gissing, vont également dans le sens de cette lecture pleinement ludique du film, qui ne se prive d’ailleurs pas de jouer avec son spectateur et de l’inciter à réfléchir par lui-même, en multipliant les points de vue et en remettant sans cesse en question la véracité de flashbacks qu’il a d’abord pris pour argent comptant. Si la révélation du tueur apparaîtra dès lors comme prévisible à celui qui aura bien suivi toutes les tergiversations narratives et le système visuel du film, la scène finale le surprendra une dernière fois en faisant intervenir, le temps de quelques secondes, une dimension surnaturelle qui n’était pas présente auparavant.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

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