Critique et analyse cinématographique

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Sorties Cinéma – 25/01/2017

La La Land n’est pas le chef d’œuvre que l’on essaie de nous vendre, mais il n’en est pas moins le meilleur film d’une petite semaine faite de fausses sensations et de pétards mouillés.

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La La Land de Damien Chazelle

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La La Land pourrait être un petit pastiche sympathique, n’était-ce le battage médiatique et le prosélytisme critique épuisant qu’il est en train de se voir administrer. Il n’est pas question ici de dire que le film est mauvais, simplement que ce n’est absolument pas le chef d’œuvre qu’on essaie de nous y faire voir. Damien Chazelle est un habile assembleur et son petit montage de scènes obligées et de références fonctionne plutôt bien – après un démarrage difficile –, mais le film est malheureusement plombé par les minaudages en rafales d’Emma Stone, en passe de devenir une insupportable cabotine.

 

Dode hoek de Nabil Ben Yadir

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Amorçant quelques pistes sociétales sur la montée de l’extrême droite, le film vaut surtout par son intrigue policière et ses influences ostentatoirement américaines. Si la figure du flic ripou aux prises avec les conséquences de ses actes est devenu une tarte à la crème du genre, force est de constater que la recette fonctionne toujours, même resservie des centaines de fois. La mise en scène « rentre-dedans » de Ben Yadir, si elle ne brille pas forcément par sa subtilité, s’accorde pour sa part assez bien avec le fond.

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Un jour dans la vie de Billy Lynn d’Ang Lee

Joe Alwyn

Un jour dans la vie de Billy Lynn est assez symptomatique du rapport bizarre qu’entretient l’Amérique avec ses guerres et avec ses « héros ». Le film se permet en effet de remettre en question – de manière assez violente – la légitimité de la guerre en Irak, mais n’osera jamais contester le fait que les soldats envoyés au front sont des héros. Jamais le film ne se pose la question de savoir si les pions d’un conflit illégitime ne seraient pas, eux aussi, illégitimes. Les « héros de guerre » pourront avoir les comportements les plus inadmissibles – lors de plusieurs scènes –, ils seront toujours excusés, simplement parce que ce sont des « héros ». C’est une des nombreuses contradictions d’un curieux film, qui a au moins le mérite de faire réfléchir.

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Manchester by the Sea de Kenneth Lonergan

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Psychodrame familial américain en mode mineur – type « indie-Sundance » – le troisième film de Kenneth Lonnergan insiste un peu trop sur son goût de l’understatement, avec un Casey Affleck surjouant le sous-jeu, et une fâcheuse manie d’utiliser de la musique classique pour obtenir un cachet de film « à l’européenne ». Agaçant.

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Anne Fontaine : « Le viol est une arme de guerre »

Anne Fontaine était présente en Belgique il y a quelques jours pour présenter son dernier film, qui sort en salles cette semaine. Les Innocentes traite d’un épisode de la Seconde Guerre mondiale quelque peu occulté des livres d’Histoire : le viol organisé de nonnes polonaises par l’armée soviétique et les grossesses consécutives de ces religieuses. Nous avons rencontré la réalisatrice pour la questionner sur la genèse du projet et sa méthode pour rendre justice à un tel sujet.

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Comment êtes vous arrivée sur ce projet, et qu’est-ce qui vous a intéressé dans cette histoire ?

Les producteurs Eric et Nicolas Altmayer ont eu connaissance de ce sujet par le neveu de la femme médecin française qui a inspiré le personnage du film. Elle a été missionnaire de la Croix-Rouge en 1945 et a tenu un journal de bord dans lequel elle décrit son activité. Ce n’est pas du tout un journal romanesque mais bien un carnet de bord qui dépeint sa rencontre avec cette réalité et ces sœurs qui ont été violées par l’armée soviétique. Il y a un traitement scénaristique qui a été fait par deux jeunes scénaristes et les producteurs sont venus vers moi. J’ai été très vite bouleversée par cette histoire, donc j’ai commencé à faire des recherches et à me l’approprier.

Comment avez-vous abordé le sujet à l’écriture ? Comment s’est opéré la balance entre ce que vous alliez montrer et ce que vous alliez suggérer ?

Ce qui était très important, c’est le rapport aux naissances. Comment incarner ça dans ce contexte là – des religieuses qui donnent la vie. J’ai fait le choix, avec la chef opératrice Caroline Champetier, que l’on éprouve un sentiment très fort mais en même temps que ce soit « beau », d’une certaine manière. Même si le contexte est difficile, je voulais que les deux scènes de naissance soient très organiques, très fortes, et dans la continuité. Ce n’est pas découpé, il fallait que ces naissances soient vraiment incarnées. Après, la mise en scène s’articule entre le mystère de la fois, le mystère de chaque personnage et ce qu’elles sont en train de vivre. C’est une question de stylisation et de lumière. Cela se joue beaucoup sur la photographie.

Avez-vous abordé la question du sacré comme un thème à part entière du film ou comme une toile de fond à l’histoire ?

C’est bien plus qu’une toile de fond. À partir du moment où l’on est devant une communauté qui vit pleinement cette voie religieuse, il faut arriver à savoir comment ça se passe à l’intérieur, quels sont les rites, quel est le rapport entre la ferveur, la contemplation et le drame intérieur. On ne peut pas improviser dans ce genre de sujet sans être soi-même concerné. J’ai fait des retraites dans des couvents bénédictins pour comprendre de l’intérieur comment s’étaient constitués la communauté, la hiérarchie, le rapport entre les personnalités. Il faut que ce soit vivant, c’est donc de la dramaturgie, mais c’est aussi un travail d’exactitude sur tous les rites, sur le comportement quotidien des religieux. Je pense qu’il faut être dans la véracité totale pour ce type de sujet, et il me semble que c’est le cas avec ce film car les personnes religieuses qui le voient ne se sentent pas trahies en ce qui concerne la pratique de leur foi.

Faut-il adhérer à cette notion de foi, de sacré pour faire un film comme celui-ci ? Est-ce un film de quelqu’un de croyant ?

Non, car le film traite de deux types de foi qui se rencontrent : la foi religieuse et celle de la jeune médecin dans sa vocation et dans l’exercice de son métier. Elles sont a priori loin l’une de l’autre, mais les deux femmes – la maîtresse des novices et la jeune femme médecin – vont trouver une voie pour accorder leurs deux fois afin de trouver un chemin vers l’espérance et le salut. Moi-même, j’ai eu une éducation catholique mais je n’ai pas vraiment la foi chrétienne. Par contre, il faut la comprendre, et comprendre ce qu’implique d’avoir donné sa vie à Dieu, d’avoir renoncé à la maternité, d’avoir fait vœu de chasteté.

Comment se sont passés les repérages pour trouver des lieux de tournage en Pologne ? Avez-vous beaucoup cherché pour trouver ce décor du couvent ?

Ça a été compliqué car il fallait trouver un couvent désaffecté, dans lequel il n’y ait pas d’activités. Quand j’ai visité ce couvent-là, il n’y avait pas de pièces. Il y avait les voutes et la structure architecturale mais pas de cloisons, pas de pièces. Il a fallut donc tout construire à l’intérieur : le réfectoire, l’infirmerie, les cellules, l’endroit de prière,…. C’était un gros investissement de travail, de décors et d’imaginaire pour pouvoir avoir le sentiment que ce couvent avait toujours existé dans l’état. En plus, au moment de la guerre, ils avaient été envahis et pillés, donc il fallait aussi que ce soit d’une grande sobriété, d’une grande pauvreté.

Quel a été le travail sur la lumière, pour éclairer ces décors ?

C’est un travail qui a été fait avec Caroline Champetier déjà avant le tournage, car la lumière c’est comme un scénario, ça fait partie intégrante de la narration et ça se prépare longtemps à l’avance. Je voulais qu’il y ait une vraie beauté mais que ce ne soit pas esthétisant, que ce soit une beauté intérieure. Je voulais que les visages soient éclairés un peu comme des tableaux vivants. Il y avait tout tout un travail iconographique à faire, avec des références picturales – comme Georges de la Tour – et à l’imagerie religieuse. C’est donc un travail de stylisation mais qui permet aussi de transcender la dureté du sujet et d’aller vers l’ouverture, vers la lumière justement. Que la lumière soit belle était très important pour moi. Mais il fallait que cette beauté soit en adéquation avec le sujet, pas que ce soit juste « joli ».

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On peut justement dire que les scènes dans la neige sont « belles ». Elles sont d’ailleurs emblématiques du film et sont mise en avant à travers l’affiche promotionnelle. Apportent-elles une dimension métaphysique plus large ?

La traversée de la forêt change tout. Cette jeune nonne traverse la forêt pour aller chercher du secours. C’était très important qu’il y ait cette difficulté de la neige, qui est aussi à mettre en parallèle avec le risque que va prendre Mathilde, la jeune médecin, par rapport aux barrages soviétiques, etc. C’était important qu’il y ait ce trajet, cette amplitude, car un couvent est un endroit fermé, qui vit en autarcie. La forêt délimite le rapport entre la ville, là ou se trouve la mission de la Croix-Rouge, et le couvent. Et par ailleurs, je pense que c’est beau de voir cette nonne ou la mère-supérieure dans la forêt. Il y a quelque chose de fort, au-delà de la beauté des plans. Ce qui m’a guidé, c’est le sens de cette image, de la traversée d’un lieu aussi risqué à la fin de la guerre.

Comment avez-vous travaillé avec les actrices pour les scènes d’accouchements, qui sont assez éprouvantes ?

On a tout préparé à l’avance. Pour la première scène de césarienne, j’avais déjà fait faire un travail à Lou de Laâge auprès de sages-femmes. Il fallait être très précis sur la pratique du travail d’accoucheuse, on ne peut pas être vague sur des choses comme celles-là. Ensuite, la façon de conduire une scène comme ça, en plan-séquence, était extrêmement compliqué à régler. Il y a une tension assez extraordinaire sur le tournage lors de ce genre de scènes, car on ne sait jamais si ça va marcher, même si tout est préparé. C’est un gros travail en amont pour arriver à un résultat qui soit le plus naturel possible.

Le personnage masculin principal est interprété par Vincent Macaigne, qui amène avec lui son personnage lunaire et romantique que l’on a pu découvrir ailleurs. Il apporte une respiration bienvenue dans le film. Est-ce pour ça que vous l’avez choisi ?

J’ai été vers lui quand j’ai vu la fantaisie et la singularité qu’il pourrait amener dans le rôle assez corseté d’un chirurgien en 45. Je me suis dit qu’il amènerait une empathie humaine et un humour bienvenus. Le personnage était déjà écrit comme ça mais il a su l’incarner. Il est important que l’on puisse rire à ses répliques, et c’est ce qui se passe en salles d’après ce que j’ai vu. Mais il cache son désespoir derrière ce cynisme affiché puisque son personnage parle de la guerre et de la grande Histoire – sa famille a été exterminée dans les camps. Sa légèreté combinée à la souffrance de son trajet lui donne de la douceur et de l’humanité. Les gens aiment beaucoup ce personnage qui a un grand sens de l’autodérision, et Vincent Macaigne est un acteur très intéressant.

Dans ce film de femmes, les hommes – à l’exception du personnage de Vincent Macaigne – sont quasi invisibles et représentent une menace. Ce seul rôle masculin positif est-il une manière de ne pas tomber dans le manichéisme et dans une opposition binaire « femmes contre hommes » ?

Non, son personnage était surtout un contrepoint par rapport à l’histoire du couvent et la relation qu’il entretient avec Mathilde est presque à sens unique, car lui est réellement amoureux d’elle tandis qu’elle est aimantée par ce qui se passe dans le couvent. Le propos du film n’est évidemment pas une opposition « femmes contre hommes », même si je suis face à quelque chose de très précis et d’historique – le comportement des soldats soviétiques en Pologne. Mais la situation est la même dans tous les pays en guerre. Le viol est une arme de guerre. Cela paraît absolument sidérant mais c’est la réalité.

Le personnage de Mathilde (joué par Lou de Laâge) est assez fort. C’est un personnage féminin très décisionnaire, qui prend les devants dans tous les domaines – professionnel et relationnel. Le film a-t-il une volonté de portée féministe ?

Ce n’est pas spécialement un personnage féministe mais c’est un personnage qui est atypique dans l’époque et dans le contexte dans lesquels il se situe. Par contre, je ne crois pas au didactisme. Il n’y a donc pas spécialement de message, qu’il soit féministe ou autre. Ce qui m’intéresse, ce sont effectivement des personnages forts, qui conduisent leurs destins d’une manière forte. Ça parle des femmes, puisqu’il s’agit d’une relation entre une communauté de femmes et une femme venant de l’extérieur, mais le film n’a pas vraiment besoin d’être féministe. Ce qui est important, c’est de montrer un personnage comme la religieuse Maria qui reste forte face à la situation. Je n’ai pas vraiment pensé au mot « féminisme ». Ce n’est pas parce que ces sont des femmes, mais parce qu’elles sont confrontées à cette situation, que l’on est étonnés par le courage et la détermination de ces personnages.

Propos recueillis par Thibaut Grégoire

 

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« Les Innocentes » d’Anne Fontaine : La contrainte de l’Histoire

Cinéaste à la fois classique et éclectique, dont la filmographie est principalement partagée entre la comédie (Augustin, Nouvelle chance, Mon pire cauchemar, …) et le suspense sentimental (Nathalie, Entre ses mains, Perfect Mothers,…), Anne Fontaine s’essaie pour la seconde fois à l’évocation historique, après un « biopic » sur Coco Chanel.

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Les Innocentes revient sur un fait méconnu s’étant déroulé en Pologne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Une jeune infirmière de la Croix-Rouge (Madeleine Pauliac dans la réalité, Mathilde Beaulieu dans la fiction) est appelée au secours par une religieuse polonaise afin d’aider plusieurs sœurs bénédictines à accoucher après avoir été violées par des soldats soviétiques. Au fil des événements, une relation de confiance se noue entre cette jeune femme et les religieuses.

Le récit que met en exergue le film est indubitablement à prendre au sérieux, et l’aspect historique ne le rend que plus pesant. Anne Fontaine fonce donc tête baissée dans son sujet délicat et livre un film aussi sérieux et grave que l’on peut l’imaginer, évitant néanmoins – et fort heureusement – les digressions scabreuses que l’on aurait pu craindre d’un réalisateur plus enclin à la monstration. Il y a donc beaucoup de suggestion dans Les Innocentes, dans le sens où les sévices dont ont été victimes les religieuses ne sont qu’évoquées par le dialogue. Mais cela n’empêche pas le film de verser dans la lourdeur pour ce qui est du didactisme, du psychologisme et de la contextualisation.

On comprend bien qu’Anne Fontaine est concernée par son sujet et qu’elle veut lui rendre justice, on comprend également bien qu’elle veut que son film soit malgré tout cinématographique et qu’elle accorde donc une grande importance à l’image, notamment dans d’assez belles scènes sous la neige. On peut également constater que les actrices sont pleinement investies par leurs rôles, en particulier Lou de Laâge dont c’est le premier véritable emploi de premier plan. Tout respire l’application dans Les Innocentes, et c’est bien là le principal problème du film.

À trop vouloir bien faire, à trop se laisser envahir par la gravité et la résonance du sujet, le film peine à s’affirmer, engoncé dans un classicisme et un esprit de sérieux plombants. Dans cet ensemble empesé par le pathos et l’académisme, seule l’interprétation détachée et virevoltante de Vincent Macaigne dans le rôle du collègue médecin de Mathilde, vaguement amoureux d’elle, apporte une respiration bienvenue. L’acteur prouve une fois de plus qu’il est l’un des éléments les plus intéressants du cinéma français actuel.

Il est certain qu’il n’est pas aisé de s’attaquer au drame historique, d’autant plus quand il a trait à la religion et à la sacralité – c’était également le problème des Hommes et des dieux de Xavier Beauvois – mais c’est aussi la fonction du cinéma de tenter de trouver des solutions, des méthodes pour composer avec ces contraintes et faire des propositions neuves. Anne Fontaine n’était probablement pas la cinéaste adéquate pour arriver à cela.

Thibaut Grégoire

 

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FILM FEST GENT 2015 – « Soleil de plomb (Zvizdan) » de Dalibor Matanic

Récompensé par le Prix du jury dans la compétition Un Certain Regard lors du dernier Festival de Cannes, cette coproduction entre la Croatie, la Slovénie et la Serbie met en scène les effets des guerres dans les Balkans sur trois générations, par le prisme de trois histoires d’amour distinctes, situées chacune à dix ans d’intervalles.

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Pour incarner ses trois couples emblématiques, Dalibor Matanic a fait appel au même couple d’acteurs (Tihana Lazovic et Goran Markovic). Les retrouver de chapitre en chapitre dans des rôles distincts mais néanmoins similaires fait partie du léger vertige que procure le film, plongée dans l’immobilisme d’une région fragilisée par les conflits. Cette impression de surplace dramaturgique – la même histoire semble se rejouer trois fois – est ce qui fait sa force et sa singularité.

Il faut dire que les deux acteurs sont également pour beaucoup dans la réussite de Soleil de plomb. Le duo qu’ils forment porte véritablement le film, lequel s’affaiblit d’ailleurs quelque peu dans les scènes où ils sont séparés – à l’image d’une séquence interminable de « rave party » dans le dernier chapitre. Soleil de plomb est par ailleurs un mélodrame – ou trois – assez classique, dont les principales qualités de la mise en scène sont la captation presque onirique de la lumière du soleil de son titre, ainsi bien évidemment que la direction d’acteurs.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 13 au 24 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du festival


FILM FEST GENT 2015 – « Le Fils de Saul » de László Nemes

Grand Prix lors du dernier Festival de Cannes et (presque) unanimement acclamé par la critique, ce premier film d’un jeune cinéaste hongrois n’a curieusement pas fait l’objet de beaucoup de questionnements quant au sujet qu’il aborde – les camps d’extermination – et à son traitement.

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Il faut dire que László Nemes a tout fait pour contourner la problématique : tout est filmé dans un format carré à hauteur du personnage principal, la plupart du temps en gros plan, de manière à ce que l’horreur dans laquelle il évolue n’apparaisse que par bribes au détour d’un cadre serré, voire floutée. La question de la monstration de l’innommable est donc évacuée, mais celle de sa mise au second plan d’une fiction subjective reste en suspens.

Le film colle donc aux basques de Saul, membre du Sonderkommando à Auschwitz, qui croit reconnaître son fils dans l’une des jeunes victimes des chambres à gaz. Parallèlement à une révolte du Sonderkommando, Saul essaye par tous les moyens de sauver le corps des flammes et de lui offrir une sépulture.

C’est cette mise en place d’un suspense au sein d’une réalité insoutenable qui pose réellement problème, d’autant plus que cette réalité est déplacée hors-champ par le choix de cadrage. Quelle que soit son intention et quoi qu’il puisse dire, ce choix est bel et bien une option esthétique, une façon de rendre les camps « cinématographiques ». La question est de savoir si cette démarche est acceptable ou non, mais que ce soit ou pas le cas, le film de Nemes n’est pas plus ou moins recevable que le film de Spielberg, qui avait relancé le débat sur le sujet au moment de sa sortie.

Ce qui rend Le Fils de Saul vraiment désagréable, c’est cette tentative d’immersion au sein des camps. En faisant corps avec son personnage, le film plonge véritablement le spectateur au cœur de l’horreur, et lui fait partager le parcours et les sensations de Saul. L’immersion est un procédé purement spectaculaire, qui privilégie le ressenti immédiat à la distanciation et à la réflexion : dans un tel contexte, l’utiliser est presque irrecevable.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 13 au 24 octobre 2015

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FIFF 2015 – « En mai, fais ce qu’il te plaît » de Christian Carion

Après s’être intéressé à la première guerre mondiale dans Joyeux Noël, Christian Carion jette son dévolu sur la seconde, et plus particulièrement sur l’exode des villageois du nord vers le sud de la France. Il semble ainsi placer sa filmographie dans une continuité de devoir de mémoire qui est louable en soi.

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Le gros problème de son cinéma est qu’il est essentiellement porté par des intentions et pas par une envie profonde de mise en scène. La reconstitution est ici au service d’une imagerie passéiste et d’un enjolivement visuel d’évènements historiques qui méritent la plus grande prudence dans la manière dont on les aborde. En mai, fais ce qu’il te plaît n’est pas au niveau d’inconsistance de La Rafle de Rose Bosch, qui pratiquait en outre un chantage émotionnel absolument indécent. Mais cette manière insouciante de créer de la fiction et des rebondissements à partir de l’horreur réelle pose toujours question. Les défenseurs du film diront que son but est de toucher le public le plus large possible, dans une visée éducationnelle et mémorielle. Mais est-il vraiment nécessaire d’en passer par cet aplanissement stylistique et cette esthétique de téléfilm pour atteindre le plus grand nombre ? Ne peut-on pas faire confiance aux gens, à leur jugement et à leur intelligence ?

Thibaut Grégoire

 

Le FIFF se tient à Namur du 2 au 9 octobre 2015

Plus d’infos sur le site du FIFF


Sorties Cinéma – 07/10/2015

Alors que trois films du FIFF sortent presque simultanément dans le circuit classique, Ridley Scott revient en bonne forme avec un feel-good movie spatial emmené par Matt Damon.

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Seul sur Mars de Ridley Scott

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Si son « pitch » fait irrémédiablement penser au Gravity d’Alfonso Cuarón, sorti il y a deux ans, Seul sur Mars s’en éloigne par bien des aspects. Tout d’abord, le film de Ridley Scott est beaucoup plus classique dans sa construction que celui de Cuarón, puisqu’il charrie toute une série de personnages secondaires et de points de vue, là où Gravity se concentrait principalement sur celui de l’astronaute perdu dans l’espace. Ensuite, Seul sur Mars flirte beaucoup plus avec la comédie – et même le « feel-good movie » – que son prédécesseur.

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Note : 7/10

 

Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore

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Premier long métrage d’un jeune plasticien français, Ni le ciel ni la terre suit une troupe de soldat en mission en Afghanistan et instille du mystère et de l’étrangeté lorsque, suite à une intrigante cérémonie funéraire pratiquée par des autochtones, observée de loin et en vision de nuit avec des jumelles thermiques, les soldats commencent à disparaître – au sens propre – un à un.

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Note : 6,5/10

 

Fatima de Philippe Faucon

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Suivant une femme de ménage maghrébine et ses deux filles, dont l’une étudie la médecine à l’université, Fatima est un peu l’antithèse du précédent film de Philippe Faucon. Là où La Désintégration explorait les failles de l’intégration et la progression insidieuse de l’intégrisme, Fatima apporte une vision beaucoup plus nuancée, voire optimiste, sur le sujet. Si le film trouve le ton juste dans le portrait qu’il dresse de son personnage et de sa relation avec ses filles, il a tendance à verser dans le politiquement correct et le didactisme constitutifs de tout film à thèse.

Note : 5,5/10

 

Youth de Paolo Sorrentino

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Voilà déjà plus de dix ans que l’italien Paolo Sorrentino divise la critique. Alors que les uns le considèrent comme le digne successeur de Fellini, les autres estiment qu’il n’est qu’une fausse valeur inventée de toutes pièces par le Festival de Cannes – tous ses films y sont automatiquement sélectionnés – qui n’a de cesse que d’étaler sa prétendue virtuosité technique au fil de longs métrages aussi léchés que vides. Inutile de préciser que l’auteur de ses lignes est plutôt de ce dernier avis. Cependant, Youth est probablement le plus regardable de ses films et repose même sur une belle idée, mais cela ne rend pas pour autant son cinéma moins problématique.

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Note : 4,5/10

 

Préjudice d’Antoine Cuypers

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On ne dira jamais assez combien Festen de Thomas Vinterberg à fait du mal au cinéma d’auteur européen. On en a donc ici une énième déclinaison et si, dans un premier temps, on peut espérer que le film prendra la défense des faibles face à la tyrannie familiale, le dernier tiers montrera qu’il n’en est rien puisque tout sera remis à plat et chacun uniformément renvoyé à ses défauts et ses qualités, sans la moindre once de jugement ni de point de vue.

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Note : 4/10

 

Un début prometteur d’Emma Luchini

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À vouloir courir trop de lièvres à la fois, Emma Luchini perd son spectateur assez vite, d’autant plus que les dialogues et la mise en scène sentent bon le téléfilm, tout en ayant des prétentions vaguement auteuristes. Pour lutter contre l’ennui, on peut éventuellement se raccrocher à certaines branches de l’interprétation. Certaines seulement car si les deux acteurs belges tirent amplement leur épingle du jeu – Zacharie Chasseriaud dans le rôle du jeune frère et Veerle Baetens dans celui de son coup de cœur – leurs compagnons de jeu font le minimum syndical.

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Note : 3,5/10