Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2015 – « Frankenstein » de Bernard Rose

Travaillé par l’idée de l’adaptation littéraire au cinéma – après notamment ses tentatives d’adaptations de Tolstoï (Anna Karenine, Ivanxtc) –, le britannique Bernard Rose s’attaque au mythe de Frankenstein en le modernisant, tout en se ménageant une partie vraiment littéraire, dans une voix-off étonnante.

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Dans cette version actuelle, le couple Frankenstein donne naissance à un homme créé de toutes parts, grâce au clonage. Mais s’apercevant qu’il est atteint d’une maladie sclérosante et dégénérative, ils tentent de mettre fin à ses jours. La créature s’enfuit in extremis et se retrouve plongé dans un monde hostile, avec les connaissances et le ressenti d’un enfant en bas âge.

L’originalité de la version de Bernard Rose réside dans le fait qu’elle épouse totalement le point de vue du « monstre ». Le film commence avec sa naissance, alors même qu’il ouvre les yeux. Et la manière dont il est présenté lui confère d’ailleurs d’emblée le statut d’être humain, plutôt que celui d’un monstre. La notion de création et de créature – en opposition à celle de monstre – est également développée dans cette optique, comme pour donner une certaine dignité à celui qui est considéré comme une erreur, un rejet.

Les manifestations de tendresse dont fait preuve le « monstre » apportent quelques scènes réellement émouvantes ou déchirantes. S’il tend les bras vers l’avant quand il marche, ce n’est pas parce qu’il se déplace comme un zombie mais simplement car il recherche l’étreinte, qu’elle soit maternelle, amicale ou amoureuse. Ces quelques moments de beauté furtive sont d’autant plus marquants qu’ils apparaissent au milieu d’une esthétique à la fois gore et réaliste. Mais si ce Frankenstein est un film assez âpre, aussi bien scénaristiquement que visuellement, il baigne néanmoins dans une lumière naturelle surprenante qui tranche brutalement avec la dureté du propos et des situations.

Faisant de son antihéros la représentation ultime de ce que la société a rejeté et veut à tout prix cacher, ce Frankenstein réserve tout de même à celui-ci un espace pour s’exprimer comme il le mérite, et lui donne une voix-off aussi éloquente et littéraire que ses borborygmes sont limités. Là encore, le film de Bernard Rose prend le contrepied des conventions régissant les précédentes adaptations du roman de Mary Shelley, et fait du jeu sur les paradoxes sa matière même.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

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