Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2015 – Interview de Sung-bo Shim pour « Sea Fog – Les Clandestins »

Sung-bo Shim – coscénariste de Memories of Murder – était présent au BIFFF la semaine dernière, pour présenter sa première réalisation, le percutant Haemoo (Sea Fog – Les Clandestins), qu’il a coécrit avec Bong Joon-ho – également producteur du film. Adapté d’une pièce de théâtre, elle-même basée sur un fait divers, Haemoo relate la prise en son bord d’un groupe de clandestins par l’équipage d’un bateau, puis le décès tragique des clandestins suite à une fuite gaz et la réaction des marins face à ce drame. Après une première heure très réaliste, le film bascule dans le thriller. Sung-bo Shim nous a notamment expliqué comment il avait négocié ce virage du drame social à l’horreur.

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Comment s’est faite la collaboration avec Bong Joon-ho sur ce film ? A quel moment avez-vous décidé qui allait réaliser et qui allait produire ?

On savait avant de commencer à écrire que j’allais réaliser. Mais on a néanmoins fait une collaboration totale, à tous les niveaux. Bong Joon-ho m’a surtout beaucoup aidé pour enlever des éléments superflus. Comme c’était mon premier film, j’étais peut-être trop ambitieux et je voulais y mettre trop de choses. Mais il m’a aussi conseillé de conserver et de respecter l’intrigue amoureuse qui était, je pense, indispensable au film, pour faire la balance avec le drame. Il fallait aussi qu’il y ait un affrontement entre cette innocence de l’idylle naissante entre deux personnages et la frustration sexuelle des marins. Et je pense que je n’aurais pas pu arriver à cela sans l’aide de Bong Joon-ho.

Le film respecte un huis-clos qui vient probablement de la pièce de théâtre dont il est adapté. Qu’est-ce que ce huis-clos implique en termes de scénario ?

Quand j’ai vu la pièce théâtrale, je me suis dit que cela avait un charme particulier qu’il fallait à tout prix conserver dans le film. Ce huis-clos apporte aussi une symbolique assez importante. Mais par contre, j’ai essayé de beaucoup plus caractériser et différencier les personnages les uns des autres. Ça, c’est un changement notable que j’ai opéré, par rapport à la pièce. Mais ce huis-clos représente un peu le monde dans sa globalité et chaque personnage pointe un caractère précis et une problématique actuelle.

Comment s’est fait le travail sur cette caractérisation des personnages dans la direction d’acteurs ? Avez-vous travaillé en groupe avec tous les acteurs ou individuellement ?

Pour la caractérisation de chacun, ça s’est fait individuellement, mais pour ce qui était de représenter la vie des marins, on a fait ça en groupe. On a beaucoup discuté et visionné des documentaires afin que leurs prestations se rapprochent le plus de la réalité. Mais j’ai aussi donné à chacun un mot-clé auquel se rattacher. En fait, chaque personnage a une obsession et les interprétations respectives devaient se centrer autour de cette obsession. Par exemple, il y en a un qui est obsédé par le sexe, un autre par l’argent, et le capitaine est quant à lui obsédé par son bateau. Et il y a aussi le jeune Dong-sink qui est obsédé par l’idée de sauver la fille dont il est amoureux. Toutes ses obsessions permettent aux personnages d’oublier leurs remords suite à la catastrophe et aux décès des clandestins.

Le film est ancré dans une situation sociale et politique bien précise de l’histoire de la Corée du Sud. Vouliez-vous vraiment exposer cette réalité, avant de faire basculer le film dans le thriller et dans l’action ?

Oui, j’ai inséré cette réalité de la crise FMI de 1997 dans le scénario. Cela ne se trouvait pas dans la pièce, qui ne précisait pas l’époque ni le contexte politique. Mais je voulais vraiment montrer la situation de la Corée à cette époque-là. Tout à coup, le capitaine d’un bateau pouvait devenir un ouvrier et changer de mode de vie. Après, je ne voulais pas vraiment faire un film d’action mais plutôt mêler toutes ces dimensions – sociale, amoureuse et le thriller – pour faire un tout homogène.

Le film bascule vraiment dans le thriller et dans l’horreur après le drame – la fuite de gaz et la mort des clandestins. Mais il bascule également visuellement, sur le plan de la lumière et du brouillard, de plus en plus présent…. Avez-vous voulu jouer là-dessus ?

Oui, c’est vraiment ce moment-là qui marque un vrai changement dans le film. Depuis l’écriture du scénario, je voulais qu’il y ait un point de rupture, qui change totalement le ton du film. Mais je ne voulais pas non plus forcément faire des scènes volontairement surprenantes, qui fassent sursauter le spectateur. Je voulais plutôt montrer le chemin d’êtres humains qui basculent dans quelque chose d’inhumain. À partir de ce moment, il y a une chute, puis plus de sortie de secours. Pour ce qui est du brouillard, j’ai fait un choix à l’écriture qui a été déterminant quant à sa place dans le film. Au début, je voulais identifier le capitaine au brouillard, mais finalement, je l’ai identifié au bateau. Si je n’avais pas changé d’avis, le brouillard aurait été beaucoup plus présent dès le début du film, et celui-ci aurait sans doute été plus clairement un film de genre.

Propos recueillis par Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

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