Critique et analyse cinématographique

« Les 4 Fantastiques » de Josh Trank : Production chaotique et acharnement médiatique

Au terme d’une bataille acharnée entre le réalisateur Josh Trank et la Fox, la nouvelle adaptation cinématographique des 4 fantastiques débarque finalement sur nos écrans. Étant donné que le film sort en Belgique avec un décalage de plusieurs semaines par rapport aux États-Unis et à la France, tout ou presque a déjà été dit à son propos, puisque les polémiques de post-production ainsi que les critiques désastreuses ont eu de larges répercussions dans plusieurs médias.

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À la vision du film, on ne peut que constater que celui-ci est incontestablement raté – ou inabouti, pour tout le moins – mais on peut également se rendre compte qu’il est ça et là traversé d’images et d’idées intéressantes, qui laissent à penser que le « director’s cut » aurait pu être vraiment réussi. Il faut aussi reconnaître et avouer que, s’il n’est pas bon, Les 4 fantastiques nouvelle mouture n’est pas non plus foncièrement plus mauvais que toute une série de blockbusters sortis récemment et traités avec beaucoup plus de déférence par toute une partie de la critique, dont certaines productions Marvel.

Le film de Josh Trank – ou plutôt, le montage de la Fox fait à partir de rushes réalisés par Trank – reprend la mythologie des 4 fantastiques à sa genèse, et suit une équipe de jeunes scientifiques qui ont mis au point une machine leur permettant de se téléporter dans un monde parallèle afin d’en exploiter les ressources. Suite à une première tentative ratée, leurs organismes se voient modifiés et les quatre jeunes gens doivent apprivoiser des capacités nouvelles et envahissantes. Tandis que l’homme élastique, la torche humaine, la femme invisible et la Chose apprennent à assumer leurs nouvelles identités, un ancien collaborateur laissé pour mort dans le monde parallèle est en train lui aussi de se transformer….

Lorsque l’on a vu le premier film du réalisateur, on comprend aisément ce qui a pu l’intéresser dans ce projet d’adaptation, tant l’intrigue et les thèmes soulevés par Les 4 fantastiques sont similaires à ceux de Chronicle. On voit également très bien où il a voulu en venir avec cette tentative d’intégrer une noirceur se voulant réaliste dans un récit super-héroïque. Mais cette dimension était probablement une mauvaise idée à la base, puisqu’elle confère au film un esprit de sérieux totalement plombant – comme c’était déjà le cas dans le dernier Batman de Christopher Nolan.

Si quelques scènes laissent entrevoir une bien meilleure version que celle qui nous est ici proposée – l’homme-élastique essayant de contrôler son corps caoutchouteux dans un conduit d’aération, ou encore l’idée de la mutation vue sous un aspect pragmatique et terre-à-terre –, le film en l’état souffre principalement d’un gros problème de structure. Il n’y a absolument aucun corps et aucun rythme dans le déroulé de l’histoire telle qu’elle apparaît dans le présent montage. S’il faut se farcir une heure d’installation des personnages et de la situation, le reste est expédié en une bonne demi-heure. Le comble est de se rendre compte que le méchant – après transformation – n’apparaît que vingt minutes avant la fin. Si l’on applique à cela la célèbre citation d’Hitchcock selon laquelle plus le méchant est réussi plus l’est le film, on peut se faire une idée du degré de réussite des 4 fantastiques.

Cela dit, et sur un plan légèrement extra-cinématographique, l’accueil extrêmement hostile qu’a subi le film – parfois très en amont de sa sortie – paraît totalement démesuré au vu du résultat, certes médiocre mais pas « haïssable » au point de subir une telle volée de bois vert. Ce curieux acharnement médiatique et critique peut être imputé à l’attente démesurée et au fanatisme douteux dont ont fait preuve les fans les plus « hardcore » du matériel de base – jusqu’à attaquer le choix de caster un acteur noir dans le rôle de Johnny Storm, la torche humaine – et plus généralement à la mainmise que semble avoir acquise la communauté « geek » sur le bon-goût en matière de cinéma grand-public. Il suffit d’aller faire un tour sur IMDB et de voir quels types de films ont l’approbation de la majorité des néo-cinéphiles « online » pour se rendre compte que le cinéma à grand spectacle est de plus en plus phagocyté par la tyrannie d’un public cible qui fait la pluie et le beau temps sur internet et les réseaux sociaux, en imposant ses goûts souvent obtus et régis par des impératifs totalement extérieurs à toute forme de liberté artistique.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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