Critique et analyse cinématographique

« Jupiter Ascending » des Wachowski : Film-Univers

Après Cloud Atlas, projet ambitieux mais relativement indépendant, Andy et Lana Wachowski reviennent à un véritable blockbuster, directement produit par la Warner. Si Cloud Atlas était l’occasion pour eux de diriger des acteurs très ancrés dans le Hollywood des années 90 et 2000 (Tom Hanks, Hugh Grant, Halle Berry), Jupiter Ascending leur permet de faire entrer la nouvelle génération (Channing Tatum, Mila Kunis, Eddie Redmayne) dans leur giron. Ce qui est sûr, en tout cas, c’est qu’ils semblent toujours animés par la même volonté de livrer un univers totalement original, avec un film en l’occurrence créé de A à Z par leurs soins.

jupiterascending

Dans un monde futuriste mais pas trop, Jupiter Jones vit avec sa mère et la famille de celle-ci, se partageant entre un boulot de femme de ménage et les combines de son cousin pour gagner sa vie. Mais un jour, alors qu’une bande d’aliens tentent de la tuer, elle se voit sauvée par Caine, un mercenaire de l’espace, génétiquement modifié. Au fil des révélations, Jupiter apprend qu’elle est la réincarnation d’un membre éminent de la noblesse intergalactique, et qu’elle détient le destin de la Terre entre ses mains.

On connaît depuis quelques films le goût des Wachowski pour le clinquant, et leur hésitation constante entre des univers colorés et bariolés – comme dans Speed Racer – et d’autres beaucoup plus sombres – comme dans Matrix. Il y a, dans Jupiter Ascending, une union de ces deux tendances, les scènes sur terre étant généralement baignées d’une lumière généreuse, et celles dans l’espace arborant fatalement une esthétique beaucoup moins lumineuse, et également plus gothique. Leur choix de parsemer l’aspect visuel du film de références au passé est d’ailleurs assez intéressant. Alors que Matrix, qui renvoyait au monde froid des machines et du virtuel, prenait une allure résolument contemporaine, toute en lunettes noires et vestes en cuir, ce film sur l’espace – et donc sur l’infini – va plutôt chercher ses références du côté de l’Antiquité.

Mais si cette dimension intervient dans la partie « spatiale » du film, celui-ci est également marqué par le choc esthétique entre un certain réalisme dans ses premières scènes et quelque chose de totalement inédit visuellement, débarquant à l’improviste dans le quotidien cadenassé du personnage. Le procédé est d’ailleurs exactement le même que dans Matrix puisque l’héroïne, tout comme Néo, se rend compte que le monde dans lequel elle vit n’est pas celui qu’elle croît et qu’elle est elle-même détentrice d’une force qu’elle ne soupçonnait pas, à savoir un sang noble faisant d’elle ni plus ni moins que la propriétaire de la planète Terre. Cette incursion d’un monde dans l’autre est la marque de fabrique des Wachowski, érigée en système par Cloud Atlas, dans lequel des histoires réalistes pouvaient entrer en connexion avec des éléments de science-fiction ou de fantastique.

Le grand pari des Wachowski est de raconter une histoire originale, spectaculaire et ludique afin de livrer un spectacle total, à la fois visuel et narratif, sans oublier d’y injecter quelques touches réflexives et allégoriques. Même si ce n’est pas ce qu’il y a de plus réussi dans le film, les deux auteurs ne peuvent s’empêcher d’insérer une petite critique du capitalisme dans leur blockbuster : la Terre y est en effet assimilée à un énorme champ de blé qui n’attend que de se faire moissonner.

Il y a assurément, dans la démarche des Wachowski, un élan et une naïveté propre à l’enfance qui est toujours touchante. Même s’il arrive parfois que l’on décroche de ce récit d’heroic fantasy conçu par des geeks pour des geeks, on ne peut que trouver émouvante la manière dont ils créent de toute pièce un monde et une logique propres au film – et peut-être à ses éventuelles suites. Il faut bien évidemment jouer le jeu, rentrer dans cette dynamique proche du jeu de rôle, dans lequel une femme de ménage peut devenir princesse en un tour de main. Mais pour les grands enfants qui vont aussi au cinéma pour découvrir un ailleurs complètement différent, les Wachowski font ce que très peu de cinéastes de grand spectacle font actuellement – à part eux, on ne voit que Lucas et Cameron – : créer des univers.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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