Critique et analyse cinématographique

« The Taking of Deborah Logan » d’Adam Robitel : Horreur médicale

Dans la mouvance des films d’horreurs à petit budget fonctionnant sur le principe du « found footage » (fausses vidéos d’amateurs ou faux reportages), The Taking of Deborah Logan s’inscrit dans la droite ligne des succès de ces dix dernières années tels que Paranormal Activity, Rec ou encore Le Dernier exorcisme. Au sein de ce type de productions, de plus en plus normalisé et cynique, le film d’Adam Robitel apparaît comme particulièrement efficace.

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Le film commence donc par le sempiternel intertitre installant la convention du « found footage », qui précise qu’il est à la fois composé d’extraits d’un documentaire et de « rushes » non-montés. La suite voit donc une équipe de tournage débarquer chez Deborah et Sarah Logan, mère et fille, afin de suivre le cas de Déborah, atteinte de la maladie d’Alzheimer. Après avoir refusé une première fois l’intrusion des caméras, Deborah se voit contrainte par sa fille d’accepter, à cause des nombreuses dettes qu’elles ont accumulées. Au fil de la multiplication des comportements étranges de Deborah, de ses déambulations nocturnes et de phénomènes inexpliqués de plus en plus inquiétants, Sarah et l’équipe de tournage doivent se rendre à l’évidence : Deborah n’est pas possédée que par la maladie.

Dans les films de « found footage », c’est le dispositif – toujours le même – qui l’emporte sur la mise en scène, tandis que l’artisanat et l’efficacité priment sur les idées de cinéma. Ceci dit, cette production de Bryan Singer (X-Men, Usual Suspects) apporte un véritable point de vue sur la manière dont il traite son sujet et se fait même réflexif sur les tenants et aboutissants du genre horrifique.

Cette dimension transparaît dès les premières images montées du documentaire médical que réalisent l’équipe de tournage. Il y a un réel décalage entre l’imagerie très lisse de ce type de documents édifiants et la nervosité des scènes de possession qui interviennent assez vite dans le film. L’idée même de jouer sur les thématiques du vieillissement et de la maladie est en soi très judicieuse, car ce sont des sujets qui parlent à tout un chacun et qui font peur en soi, sans que n’intervienne aucune forme de fantastique. Leur inscription dans un cadre horrifique sert donc pleinement l’atmosphère anxiogène de l’ensemble.

Dans la seconde moitié du film, Deborah se retrouve à l’hôpital, victime de ses délires et d’une infection de la peau grandissante. Les images produites alors sont de plus en plus effrayantes, surtout lorsque la dégénérescence du corps et de l’esprit de Deborah est mise en parallèle avec celle d’une petite fille atteinte de la leucémie. L’horreur réelle et l’horreur fictionnelle cohabitent dès lors dans de véritables visions d’épouvante, accentuées par le rendu documentaire de l’image.

Le partage constant entre vrai divertissement à la manière d’un « ride » de parc d’attractions – se faire peur reste une des meilleures façons de se sentir vivant – et la réflexion sur le pouvoir des images et leur résonance dans un inconscient collectif est incontestablement ce qui fait la force des bons films de « found footage ». Après l’exploitation de l’imagerie du 11 septembre dans Cloverfield de Matt Reeves, ou de la guerre en Irak dans Redacted de Brian De Palma, c’est donc à celle – plus universelle – de l’implacabilité de la maladie que s’attaque ce sous-genre hétéroclite mais fertile.

Bénéficiant en outre de la prestation impressionnante et culotté de Jill Larson dans le rôle de Deborah, le film parvient à maintenir l’intérêt sur la quasi-totalité de sa longueur, jusqu’à une dernière partie plus conventionnelle et moins surprenante, laquelle apporte une solution à l’intrigue dans des scènes d’actions et de poursuites attendues, avant d’opérer un dernier revirement de situation plutôt subtil. Dans l’ensemble, The Taking of Deborah Logan reste un film d’horreur tout à fait fréquentable, qui rempli pleinement son contrat et tire bien parti des influences et des passages obligés du genre.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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