Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2016 – « Voyage of Time : Life’s Journey » de Terrence Malick

Depuis The Tree of Life en 2011, Terrence Malick semble dessiner le projet d’épurer un peu plus son cinéma de film en film. De Tree of Life à To the Wonder, les personnages étaient beaucoup plus mutiques ; de celui-ci à Knight of Cups, le dialogue avait complètement disparu au profit d’une voix-off non-narratrice mais porteuse d’affects. Enfin, avec Voyage of Time, Malick supprime carrément la présence des comédiens (Cate Blanchett n’est qu’une voix), pour raconter une histoire simple : celle de la vie.

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Plus que le film en lui-même, c’est véritablement le travail de Malick sur la longueur, pour réduire son cinéma à l’essentiel, qui fascine. Cet amincissement de la narration et des enjeux trouve même un écho dans le carcan de la durée – Voyage of Time est plus court que Knight of Cups et To the Wonder, eux-mêmes plus courts que The Tree of Life. La recherche du moins, de l’essentiel, est devenu le cœur même de la démarche de Malick.

Mais Voyage of Time n’abandonne pas pour autant toute velléité narrative. Au-delà de l’apparente simplicité de l’enjeu et du propos, Malick esquisse des pistes énigmatiques qui, au détour d’une réflexion, peuvent dire quelque chose, évoquer le début d’un récit. La voix-off de Cate Blanchett s’adresse à une mère, mystique ou réelle. Les plans cosmiques et préhistoriques alternent avec des séquences documentaires de rites religieux ou païens à travers le monde, ainsi que d’images des conséquences de conflits. Il y a des pistes à fouiller de ce côté-là quant à ce que veut exprimer Malick, mais il ne s’agit certainement pas de collage arbitraire.

Les films de Malick ont de plus en plus des allures de prières, avec leurs monologues intérieurs et leurs images à portée métaphysique, mais la frontière entre religion et paganisme n’est jamais très claire chez lui. On pourrait penser que la voix-off s’adresse à une entité divine, mais la mise en image sans ambiguïté de la théorie évolution semble contredire cette hypothèse. Quoi qu’il en soit, l’idée même de consacrer un film entier, sans visée documentaire ni discours didactique, sur l’histoire de la vie sur Terre est déjà un projet monumental et unique qui, avant même sa réalisation, existe comme un geste fort de cinéma.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 11 au 21 octobre 2016

Plus d’infos sur le site du festival

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