Critique et analyse cinématographique

« Point Break » d’Ericson Core : Épidémie virile

Était-il bien nécessaire de faire un remake d’un film âgé d’à peine 25 ans, dont la réalisatrice et l’un des acteurs principaux sont toujours en pleine activité ? C’est la question que soulève d’emblée ce Point Break « nouvelle génération », avant même la vision. Après coup, ce sont les différences autant que les similitudes qui frappent le spectateur, assailli par une débauche d’images tout droit sorties des clips de raps et des vidéos de sport extrême.

POINT BREAK

L’histoire reste (pratiquement) la même : le jeune agent du FBI, Johnny Utah, infiltre un groupe de sportifs de l’extrême soupçonnés d’être responsables d’une série de braquages spectaculaires. À la tête du groupe se trouve le charismatique Bodhi, qui s’est mis en tête de relever le défi d’une sorte de gourou « new age » : accomplir huit épreuves qui permettront au sportif de l’extrême de communier avec les éléments.

L’aspect « nature et écologie » est donc beaucoup plus présent dans cette nouvelle version, là où le défi sportif comme expression de la virilité dominait dans l’original. Ce revirement idéologique est loin d’être une mauvaise idée mais il n’empêche pas que ce qu’il reste des prouesses sportives, ici filmées de manière directe et réaliste, est malgré tout cette sensation de démonstration de virilité exacerbée et extrêmement « beauf ». D’autant plus qu’esthétiquement, le film lorgne d’avantage du côté d’un visuel MTV et Extreme Sports que de n’importe quel film de cinéma.

Le film de Katherine Bigelow avait probablement été surestimé notamment car on y a plaqué le fantasme très masculin qu’une femme y filmait « comme un homme », et le statut culte qu’il a acquis au fil des années ne résiste pas à la re-vision de l’objet, qui n’est tout au plus qu’un honnête film d’action nerveux et gentiment crypto-gay. L’idée d’en faire un remake n’est donc en aucun cas un sacrilège où une fausse bonne idée. Mais le résultat n’en est pas moins parfaitement anecdotique et ciblé.

Le Point Break d’Ericson Core s’adresse exactement au même public que celui visé par la franchise Fast and Furious, à savoir ceux qui vont au cinéma pour voir sur grand écran ce que l’on peut également voir chez soi sur Moteurs ou Eurosport : des bolides foncer dans le tas et dans le vide, sans se poser de question. La seule différence étant que dans l’un, les bolides sont des carrosseries customisées, et dans l’autre des corps humains testostéronés.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s