Critique et analyse cinématographique

« Spotlight » de Tom McCarthy : Film-dossier

Concourant aux Oscars dans plusieurs catégories – dont celle du meilleur film –, Spotlight est en effet le film à Oscars par excellence, porté par un sujet dit « sérieux », radiographiant la société américaine dans ses recoins les plus secrets, et véhicule pour plusieurs acteurs renommés dans des rôles consistants, voire à contre-emploi.

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Le film retrace l’enquête véridique d’une équipe de journalistes bostoniens sur les agissements de plusieurs prêtres de la ville, déclenchant toute une série de scandales de pédophilie au sein de l’Eglise Catholique. Au début des années 2000, la division « Spotlight » du Boston Globe a investigué pendant plus d’un an pour mettre en lumière un système de dissimulation et de protection des prêtres pédophiles par l’Eglise.

À la manière des films-dossiers des années 70 (Les Hommes du président, The Paralax View,…), Spotlight tend à mettre en lumière une grande enquête journalistique ayant débouché sur d’énormes révélations et contribue par là à ériger la figure du journaliste comme étant une sorte de fonction symbolique, garante de l’équilibre de la démocratie et détentrice de d’une vérité objective. Les journalistes sont d’ailleurs présentés ici en tant que tels, dans le plein exercice de leur profession, leurs sphères privées étant peu – ou pas du tout – évoquées. Le centre névralgique du film et de son action est donc représenté par le bureau de l’équipe « Spotlight », dans les bâtiments du Boston Globe, l’endroit étant presque sacralisé comme lieu de vérité, par opposition à l’Eglise, à laquelle le film tente d’enlever ce caractère sacré qui la rendrait inattaquable.

Plus qu’un film sur les scandales de pédophilie, Spotlight est avant tout un film sur le journalisme, qu’il dépeint donc globalement de manière positive, à quelques détails près. Cet ancrage dans le milieu journalistique et le prétexte de l’enquête permettent également de n’évoquer l’horreur des agissements des prêtres pédophiles et les effets sur leurs victimes que par le biais du dialogue. Jamais un flashback malheureux ne viendra émailler les révélations des témoins. Spotlight est en cela un film de la parole, dans lequel celle-ci est à la fois porteuse de vérité et vectrice d’action.

Dans cette optique-là, on se trouve plus face à un film de scénario et d’acteurs que de mise en scène, et la lumière éclatante et uniformisée qui le traverse caractérise plutôt l’univers neutre et banalisé de la rédaction du journal que celle de l’ambiance de complot et de noirceur qui baigne l’enquête. Spotlight est donc d’avantage un honnête film-dossier appliqué que l’œuvre personnelle d’un cinéaste.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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