Critique et analyse cinématographique

« Des nouvelles de la planète Mars » de Dominik Moll : Comédie dépressive

Voir François Damiens arriver dans l’univers de Dominik Moll était à la fois étonnant et dans la continuité du plan de carrière qu’il semble adopter, prenant doucement la direction du cinéma d’auteur. Mais à la vision du film, force est de constater que c’est plutôt le réalisateur qui investit le terrain de son comédien puisque l’auteur de Harry, un ami qui vous veut du bien ou encore du Moine s’essaie à la comédie avec Des nouvelles de la planète Mars.

desnouvelles19-1453393551

Mars, c’est le patronyme de Philippe, informaticien divorcé, qui voit sa vie perturbée lorsqu’un collègue de travail en pleine dépression nerveuse s’installe chez lui, à peine échappé d’une maison de repos. Alors qu’il a bien du mal à gérer cette intrusion, Philippe Mars doit également faire face à la subite conversion de son fils au végétarisme, à l’obsession de la réussite scolaire de sa fille, et à la folie douce d’une sœur artiste exhibitionniste.

Le concept d’un personnage dépassé par les événements et sujet à une crise existentielle est tout sauf neuf, d’autant plus que Dominik Moll semble appliquer à la comédie le même principe que dans Harry, à savoir l’irruption d’une vague connaissance dans le quotidien d’un homme et le chamboulement que cela provoque.

On sent que le réalisateur n’est pas vraiment à l’aise avec la comédie et qu’il a forcé son naturel pour en accoucher. Il tente bien de s’approprier le genre en filmant dans les tons sombres et nocturnes qu’on lui connaît, mais cette palette de lumière inédite – on est plutôt habitué à des couleurs criarde dans la comédie française populaire actuellement – ne suffit pas à apporter de l’originalité à un scénario globalement très convenu.

Car si le but de départ de l’entreprise était probablement d’importer le malaise d’Harry et de Lemming dans le registre de la comédie, le développement et la conclusion du film le font retomber sur ses pattes dans les clous de valeurs familiales très consensuelles. Dominik Moll ne sait vraisemblablement pas sur quel pied danser, y compris sur le plan visuel car, si l’esthétique est globalement réaliste, les quelques séquences oniriques – Philippe Mars perdu dans l’espace en tenue de cosmonaute, ses parents décédés lui apparaissant de manière impromptue – lorgnent carrément du côté de la fantaisie facile d’un Jean-Pierre Jeunet.

Dans cet ensemble assez bancal, la véritable originalité réside finalement dans le casting, lequel fait cohabiter deux excellents acteurs aux tempéraments comiques assez opposés. La fausse désinvolture mêlée de colère rentrée de Damiens côtoie la folie lunaire et la tristesse du regard d’un Vincent Macaigne qui, de film en film, compose un véritable personnage de cinéma, une sorte d’ange dépressif à la fois pataud et bienveillant.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s