Critique et analyse cinématographique

« Les Innocentes » d’Anne Fontaine : La contrainte de l’Histoire

Cinéaste à la fois classique et éclectique, dont la filmographie est principalement partagée entre la comédie (Augustin, Nouvelle chance, Mon pire cauchemar, …) et le suspense sentimental (Nathalie, Entre ses mains, Perfect Mothers,…), Anne Fontaine s’essaie pour la seconde fois à l’évocation historique, après un « biopic » sur Coco Chanel.

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Les Innocentes revient sur un fait méconnu s’étant déroulé en Pologne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Une jeune infirmière de la Croix-Rouge (Madeleine Pauliac dans la réalité, Mathilde Beaulieu dans la fiction) est appelée au secours par une religieuse polonaise afin d’aider plusieurs sœurs bénédictines à accoucher après avoir été violées par des soldats soviétiques. Au fil des événements, une relation de confiance se noue entre cette jeune femme et les religieuses.

Le récit que met en exergue le film est indubitablement à prendre au sérieux, et l’aspect historique ne le rend que plus pesant. Anne Fontaine fonce donc tête baissée dans son sujet délicat et livre un film aussi sérieux et grave que l’on peut l’imaginer, évitant néanmoins – et fort heureusement – les digressions scabreuses que l’on aurait pu craindre d’un réalisateur plus enclin à la monstration. Il y a donc beaucoup de suggestion dans Les Innocentes, dans le sens où les sévices dont ont été victimes les religieuses ne sont qu’évoquées par le dialogue. Mais cela n’empêche pas le film de verser dans la lourdeur pour ce qui est du didactisme, du psychologisme et de la contextualisation.

On comprend bien qu’Anne Fontaine est concernée par son sujet et qu’elle veut lui rendre justice, on comprend également bien qu’elle veut que son film soit malgré tout cinématographique et qu’elle accorde donc une grande importance à l’image, notamment dans d’assez belles scènes sous la neige. On peut également constater que les actrices sont pleinement investies par leurs rôles, en particulier Lou de Laâge dont c’est le premier véritable emploi de premier plan. Tout respire l’application dans Les Innocentes, et c’est bien là le principal problème du film.

À trop vouloir bien faire, à trop se laisser envahir par la gravité et la résonance du sujet, le film peine à s’affirmer, engoncé dans un classicisme et un esprit de sérieux plombants. Dans cet ensemble empesé par le pathos et l’académisme, seule l’interprétation détachée et virevoltante de Vincent Macaigne dans le rôle du collègue médecin de Mathilde, vaguement amoureux d’elle, apporte une respiration bienvenue. L’acteur prouve une fois de plus qu’il est l’un des éléments les plus intéressants du cinéma français actuel.

Il est certain qu’il n’est pas aisé de s’attaquer au drame historique, d’autant plus quand il a trait à la religion et à la sacralité – c’était également le problème des Hommes et des dieux de Xavier Beauvois – mais c’est aussi la fonction du cinéma de tenter de trouver des solutions, des méthodes pour composer avec ces contraintes et faire des propositions neuves. Anne Fontaine n’était probablement pas la cinéaste adéquate pour arriver à cela.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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