Critique et analyse cinématographique

« The Forest » de Jason Zada : Promenons-nous dans les bois

La forêt d’Aokigahara, située au pied du Mont Fuji au Japon, est un des lieux où ont été dénombrés le plus de suicides au fil des ans, lui conférant l’image d’une forêt hantée par les esprits. D’un point de vue occidental, ce mythe est la source intarissable d’un grand nombre de fantasmes pouvant bien entendu engendrer des œuvres artistiques en tous genres. Gus Van Sant en a tiré un film toujours inédit chez nous (The Sea of Trees) et jouant vraisemblablement dans le registre mélodramatique. Mais il était inévitable qu’un tel sujet attire les producteurs de films horrifiques, tant il est propice aux divagations en tous genres mêlant la peur traditionnelle – et véhiculée par les contes – des forêts sombres et l’imagerie des fantômes japonais.

The-Forest-8-Natalie-Dormer-and-Taylor-Kinney

Le film de Jason Zada est centré sur le personnage de Sara, une jeune américaine qui part au Japon après que sa sœur jumelle ait été portée disparue dans la fameuse forêt d’Aokigahara. Une fois sur place, et malgré les réticences des locaux ne serait-ce qu’à évoquer ladite forêt, elle parvient à convaincre un guide japonais et un journaliste australien de l’y emmener afin de retrouver la trace de la disparue. Bien évidemment, il s’agit d’une très mauvaise idée puisque la forêt va se refermer tel un piège mental sur la pauvre Sara, qui sera bien en mal de distinguer le vrai du faux, ses cauchemars de la réalité.

The Forest n’a visiblement pas peur des clichés ni des citations un peu trop appuyées. Il y a du Blair Witch Project, du Ring, du Descent – entre beaucoup d’autres – dans cette petite série B horrifique qui sert accessoirement de carte de visite cinématographique à deux jeunes comédiens plus habitués aux séries : Natalie Dormer (Game of Thrones, Elementary) et Taylor Kinney (Chicago Fire).

Pour quiconque a vu plus de trois films d’épouvante dans sa vie, The Forest est assez vite prévisible, notamment dans le développement de l’hypothèse « schizophrénique » du caractère de son héroïne et dans l’accumulation des fausses frayeurs, des hallucinations cauchemardesques. Il repose en outre, comme souvent dans ce type de films, sur un acte inconsidéré du personnage principal : malgré toutes les recommandations extérieures, l’insouciante Sara fonce droit dans la gueule du loup – si elle avait été plus raisonnable, il n’y aurait pas de film.

Par ailleurs, le film véhicule quelques clichés sur l’âme prétendument superstitieuse et le mode de vie du Japon, qui le caractérise comme très américano-centré et assez méfiant envers les cultures éloignées. Comme si le simple fait de mettre les pieds dans un autre pays, sur un autre continent, constituait en soi une menace pour cette jeune et belle américaine bien sous tous rapports. Si l’on est paré à tous ces passages obligés, ces redites et ces particularités du film de genre balisé, The Forest n’est pas moins regardable qu’un autre, tout juste un peu ennuyeux et répétitif.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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