Critique et analyse cinématographique

« Notre petite sœur » de Hirokazu Koreeda : Famille recomposée

Régulièrement sélectionné à Cannes, le Japonais Hirokazu Koreeda est considéré par certains comme étant le digne successeur d’Ozu. Et certains de ses films, dont Notre petite sœur, vont amplement dans ce sens, comme pour signifier qu’il approuve cette lecture de son œuvre. Il faut dire que Koreeda explore tout comme son aîné les affres de la famille japonaise, parfois par le prisme des adultes et parfois par celui des enfants.

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Notre petite sœur, s’il est tiré d’un manga déjà proche des thèmes du cinéaste, est en quelque sorte une version adulte de son Nobody Knows, dans lequel quatre enfants étaient livrés à eux même dans un grand appartement. Ici, ce sont quatre sœurs (trois adultes, une adolescente) qui recréent un cocon familial qu’elles n’ont jamais vraiment connu, dans une grande maison à Kamakura.

À travers le portrait de ces quatre sœurs, de leurs peines de cœurs et de leurs soirées alcoolisées, c’est le traumatisme familial initial qui est aussi exploré – le père, fraîchement décédé, a quitté la mère des trois premières sœurs pour se mettre avec celle de la dernière. Et aucune piste narrative n’est fortuite car c’est aussi par le point de vue de personnages secondaires que Koreeda exprime l’histoire de cette famille, notamment par celui de la patronne d’un petit restaurant qui en a vu passé plusieurs générations. Par cet exemple emblématique, c’est aussi une radiographie de la famille japonaise en tant qu’institution que veut faire le cinéaste.

À partir de cette base simple, Koreeda tisse un mélodrame subtil, sans grands rebondissements, fluctuant uniquement au gré des sentiments et des sensations de ses quatre beaux personnages féminins. S’il tend d’abord à conserver une certaine sobriété des affects, on peut reprocher au film de céder au sentimentalisme dans sa dernière partie. Mais ce versant du récit était probablement déjà présent dans le manga d’origine. Sans vraiment se démarquer de son œuvre et de ses autres films, Notre petite sœur s’inscrit donc pleinement dans la continuité de la filmographie de Koreeda, qui continue à faire résonner sa petite musique, parfois monotone mais néanmoins singulière.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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