Critique et analyse cinématographique

« The Program » de Stephen Frears : Le procès de Lance Armstrong

Il était inévitable que l’un des scandales sportifs les plus retentissants de ses dernières années soit un jour – et dans un délai assez court – retranscrit à l’écran. C’est donc l’anglais Stephen Frears qui s’attèle à l’affaire Lance Armstrong, et en fait une sorte de saga criminelle, quelque part entre Le Parrain et Trainspotting, l’ampleur en moins.

Ben Foster als Lance Armstrong

Le film débute avec les balbutiements de la carrière d’Armstrong, alors modeste et honnête coureur, lauréat de quelques titres. Il dépeint ensuite le tourbillon dans lequel le cycliste est emporté, depuis la tentation du dopage jusqu’à la véritable organisation criminelle montée avec son directeur sportif Johan Bruyneel et ses coéquipiers, pour se terminer par l’aveu télévisé de ses méfaits.

Habile conteur d’histoires plus que metteur en scène brillant, Stephen Frears semble hésiter entre exposer les faits de manière détaillée et chronologique ou apporter un point de vue acéré sur ceux-ci à la manière d’une farce au vitriol sur les coulisses du sport. En montrant, en parallèle du parcours d’Armstrong, l’ostracisation du journaliste David Walsh – un des seuls à le suspecter de dopage, en pleine gloire –, et en pointant l’omerta qui règne dans le milieu du cyclisme, Frears met un pied dans le pamphlet sans vraiment se mouiller mais préfère dépeindre le dopage en bande organisé de manière ironique, presque sur le ton de la comédie noire.

Cette idée de farce sombre est d’ailleurs appuyée par le jeu de certains comédiens – Ben Foster fait d’Armstrong un petit Tony Montana ridicule, Guillaume Canet surjoue le grotesque médecin italien Ferrari, avec faux accent et postiches à la clé – tandis que d’autres sont dans un registre plus dramatique – Jesse Plemons dans le rôle de Floyd Landis. Ce qu’il en ressort est indubitablement d’une grande misanthropie. Frears n’aime pas ses personnages et cela se ressent. Jamais Armstrong n’aura droit à un sursaut de clairvoyance et même ses aveux sont expédiés in extremis, comme s’ils n’étaient pas sérieux.

De cette imposture monumentale, le réalisateur et son scénariste John Hodge n’ont retenu que les délits du premier coupable, auquel ils font un procès inconditionnel et impitoyable. Il en résulte donc un film profondément aigri et moralisateur, qui juge et se moque constamment de son personnage principal, en passant complètement à côté d’un sujet bien plus intéressant : l’engouement béat et aveugle que cet homme a provoqué sur les foules jusqu’à sa chute.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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