Critique et analyse cinématographique

« Michael » de Markus Schleinzer

Présenté en compétition officielle à Cannes en 2011, où il a divisé les spectateurs et la critique, Michael de l’autrichien Markus Schleinzer est un choc, un vrai ! Un film qui poursuit et hante son spectateur bien après sa vision.

Michael et Wolfgang vivent ensemble. Le premier à trente-cinq ans, le deuxième dix. Michael s’occupe de Wolfgang et passe beaucoup de temps avec lui, dans sa chambre. Cette chambre que Wolfgang ne quitte presque jamais. Cette chambre que Michael ferme de l’extérieur tel un cellier. Cette chambre qui se trouve dans les sous-sols de la maison.

Un tel sujet a évidemment de quoi effrayer, surtout lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un film autrichien, pays ayant été agité par des faits-divers similaires, lors de ces dernières années. Le film est d’ailleurs lointainement inspiré du cas de Natascha Kampusch, séquestrée huit années durant.

Markus Schleinzer a beaucoup travaillé avec Michaël Haneke par le passé, et cette influence se ressent fortement ici, par le sujet abordé et surtout par la manière de le filmer. Si la mise en scène n’est cependant pas aussi abouties que celles, tirées au cordeau, de son modèle, Schleinzer réussi, pour une première œuvre, à faire d’une influence pouvant devenir parasitante, un moteur qui lui permet d’asseoir son film dans la ligne esthétique adéquate.

Si la réalité des attouchements apparaît assez vite au spectateur, elle n’est jamais montrée à l’écran. Le film adopte un point de vue neutre et distancié, pour mieux faire ressortir l’horreur, sans forcer le spectateur à adhérer à une thèse ou à un parti-pris. Schleinzer observe ses personnages, et ne donne pas d’interprétation sur ce qu’il filme, laissant au spectateur la liberté de haïr, de juger s’il le souhaite, sans que cela ne vienne de l’auteur lui-même.

Le film a de quoi dérouter et la première partie n’aide pas spécialement le spectateur à se positionner par rapport à ce qu’il voit. Aucun confort ne lui est donné. Il s’agit bel et bien d’un film du malaise, dans lequel rien n’est fait pour séduire. C’est au spectateur à accepter ou non ce qui lui est montré. Rien ne lui est imposée, l’horreur, bel et bien présente, n’apparaissant pas de manière frontale. Elle reste toujours hors-champ ou filtre dans les paroles captées plutôt que dans les actes filmés. Rien n’est explicite de prime abord. Ce n’est que peu à peu que le spectateur prend conscience de suivre un pédophile dans ses gestes les plus quotidiens.

Ce qui ressort du film de manière flagrante, c’est l’utilisation du déni comme moyen de protection, par tout un chacun et à tous les niveaux. Michael nie ses pulsions en les noyant dans une fausse amitié avec l’enfant. Il laisse ainsi s’exprimer sa part enfantine et infantile, malheureusement persistante et étant peut être une des causes des dégâts occasionnés sur lui-même, sur l’enfant, et sur les autres. L’enfant nie sa condition de prisonnier pour survivre à l’horreur qu’il subit. La famille et l’entourage de Michael nie l’évidence alors que les preuves affluent sous leurs yeux. Et certains spectateurs, quant à eux, nient leur statut d’être pensant en ramenant le film à son sujet, réagissant à chaud (le film fut en partie hué lors de sa projection à Cannes) et ne faisant pas la part des choses concernant ce film qui les aura profondément choqué mais qui aura eu le mérite de ne pas les avoir pris pour des imbéciles.

La dernière partie du film est certes particulièrement éprouvante, et instaure un véritable suspense, qui n’est pas du tout celui auquel on s’attend. La scène finale fait durer l’insoutenable incertitude quant au dénouement, et n’apportera pas toutes les réponses escomptées. Là encore, Schleinzer laisse le champ libre à l’interprétation du spectateur. On sort de là estomaqué, sans voix face à ce film brut, qui marque durablement, sans avoir recours à la manipulation des émotions.

Thibaut Grégoire

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