Critique et analyse cinématographique

« Les Minions » de Pierre Coffin et Kyle Balda : Jaunes et pas jolis

Depuis le premier opus de Moi, moche et méchant, les personnages des Minions, ces petites créatures jaunes en forme de tic-tacs sur pattes, sont devenus un véritable phénomène de société. Il faut voir le nombre de produits dérivés estampillés « Minions » qui séduisent autant les enfants que les jeunes adultes. Partant de là, il était difficile d’échapper à un film entièrement consacré à ceux qui n’étaient à la base que des personnages secondaires, faire-valoir du méchant Gru.

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Le tout était de savoir si le pari allait tenir la route, sachant que les Minions parlent exclusivement dans un langage abscons faits d’onomatopées et de mots hétéroclites empruntés à gauche et à droite. De ce côté-là, le film ne se mouille pas trop car il choisit de leur accoler une voix-off et des personnages secondaires assurant la partie dialoguée. On n’est donc pas dans la démarche plus radicale qui avait été faite par le studio Aardman pour le long métrage de Shaun The Sheep, même si les deux films ont des similitudes.

Côté scénario, Les Minions se présente comme une « prequel » de Moi, Moche et méchant, puisque le film suit, dans un premier temps, toute la communauté des Minions, se cherchant un « Big Boss » – le plus méchant possible – à travers les âges. Cette idée donne lieu à quelques unes des scènes les plus drôles du film, où l’on découvre que les Minions sont responsables de la disparition des dinosaures, des pharaons, de Dracula, et bien d’autres encore. Ensuite, le film se resserre sur un plus petit groupe de Minions – tout comme dans Shaun the Sheep –, partant à la recherche du méchant suprême auquel se dévouer, afin d’obtenir le bonheur auquel ils aspirent. Dans leur quête, les Minions Kevin, Stuart et Bob se retrouvent dans le Londres des années 60, à aider la maléfique Scarlett Overkill (Sandra Bullock en VO, Marion Cotillard en VF) à s’emparer de la couronne britannique.

Visuellement, l’incrustation des Minions dans les villes des années 60 – d’abord New York, puis Londres – ainsi que le lot de références à la culture pop qui vont avec fonctionnent à plein régime et apportent un cachet particulier à cette aventure, par rapport à la saga des Moi, moche et méchant. De plus, l’humour bête mais diablement efficace qui a fait le succès des Minions est ici forcément décuplé et maximisé, pour faire passer l’humour dialogué sur un plan plus secondaire. Le potentiel burlesque des Minions est bel et bien présent.

Mais c’est finalement du langage que ressort ce qu’il y a de plus drôle dans Les Minions – du moins pour un spectateur francophone. On sait que le créateur de ces personnages, Pierre Coffin, est français, et il ne s’est pas privé d’insérer toute une série de mots et de références francophones dans le charabia que parlent ses Minions – auxquels il prête d’ailleurs sa voix. Voilà pourquoi il ne faut pas s’étonner d’entendre des choses aussi incongrues que « Merguez moules frites », « Papaoutai » ou « Topaloff » dans leurs bouches, au milieu d’expressions anglaises et espagnoles, mixées à l’extrême dans un grand maelström délirant. Voilà aussi pourquoi un spectateur adulte prendra plus de plaisir à découvrir le film en version originale, ne serait-ce que pour se dire que le spectateur anglo-saxon n’aura pas, de son côté, la possibilité de rire de la même manière devant ces références-là.

Thibaut Grégoire

 

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