Critique et analyse cinématographique

« She’s Funny That Way » de Peter Bogdanovich : Vaudeville cinéphile

Peter Bogdanovich a participé à l’essor du Nouvel Hollywood – à la fin des années 60 et dans les années 70 – aux côtés de Coppola, Woody Allen, Scorsese ou encore Spielberg. Parmi les nombreux cinéastes qui ont émergé à cette époque, il est probablement l’un de ceux qui ont le moins passé les frontières et le moins laissé de traces dans l’inconscient cinéphile européen. Pourtant, il reste très apprécié par la nouvelle génération de réalisateurs américains. Ce sont d’ailleurs Wes Anderson et Noah Baumbach qui produisent en tandem son nouveau film, tandis que Quentin Tarantino y fait une courte apparition.

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En adoubant ainsi le projet de leur aîné, Anderson, Baumbach et Tarantino lui témoignent de leur respect et de la place qu’ils lui accordent dans leur panthéon personnel. Ils aiment le cinéma de Bogdanovich et on les comprend. She’s Funny That Way est un très bel hommage à l’âge d’or du cinéma classique hollywoodien et particulièrement à la screwball comedy.

Dans un entretien avec une journaliste, la jeune comédienne Isabella Patterson raconte comment sa chance lui a été donnée dans le show-business, par un concours de circonstances. Alors qu’elle n’était que call-girl, c’est sa rencontre avec le metteur en scène de théâtre Arnold Albertson qui fit basculer toute son existence. Mais cette rencontre entraîna également une série de quiproquos et de situations délicates pour toute une galerie de personnages. Arnold et sa femme Delta, le comédien Seth Guilbert, le dramaturge Joshua Fleet, ou encore la psychologue d’Isabella : tous furent touchés de près ou de loin dans cette histoire.

She’s Funny That Way recrée donc une dynamique propre à la screwball comedy, et proche du vaudeville, dans laquelle les portes qui claquent et autres quiproquos, qu’ils aient lieux dans les chambres d’hôtel ou dans les coulisses d’un théâtre, sont sublimés par les dialogues rythmés et le jeu survolté des comédiens. Bogdanovich tire très bien parti du capital sympathie de ses acteurs – en particulier d’Owen Wilson – pour leur faire faire et dire des choses insensées sans que les personnages ne paraissent antipathiques ou hors du monde.

Ce qui constitue le charme désuet de She’s Funny That Way et fait accepter d’emblée les conventions d’une intrigue digne d’une pièce de boulevard, c’est à la fois l’ironie constante dont fait preuve Bogdanovich dans sa mise en scène – il faut voir les apparitions désopilantes d’un détective assez peu discret – et la cinéphilie qui baigne le film entier. La citation factuelle d’une comédie de Lubitsch (La Folle ingénue) à la fin du film fera même reconsidérer celui-ci sous un autre angle. Avec son esprit ludique et très référencé, She’s Funny That Way est une vraie friandise, autant pour les cinéphiles que pour un public moins averti.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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