Critique et analyse cinématographique

« Dark Places » de Gilles Paquet-Brenner : New Cold Case

Dark Places est la deuxième adaptation en moins d’un an d’un livre de Gillian Flynn, nouvelle maîtresse du polar américain. Après David Fincher pour Gone Girl, c’est le français Gilles Paquet-Brenner (Les Jolies choses, Gomez et Tavarès, Elle s’appelait Sarah) qui s’attèle à l’ouvrage, lui qu’on n’attendait pas vraiment dans ce registre. C’est donc sans surprise que l’on se retrouve devant un film sans grande saveur ni grande personnalité. Tout juste un petit polar de série, pas plus mauvais ni meilleur qu’un autre.

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Libby Day avait huit ans lorsqu’elle fut témoin du meurtre de sa mère et de ses deux sœurs. Lors des interrogatoires policiers, elle désigna son frère Ben comme étant coupable du triple homicide. Trente ans plus tard, un club d’enquêteurs amateurs se faisant appeler le Kill Club lui demande son aide pour rouvrir le dossier et tenter de prouver l’innocence de Ben.

Se partageant entre deux lignes narratives entremêlées – l’enquête au présent et les flashbacks revenant sur les jours précédant les meurtres – Dark Places est un thriller plus premier degré que ne l’était Gone Girl. Là où celui-ci proposait un vrai point de vue sur les valeurs traditionnelles américaines et se faisait même satirique dans sa deuxième partie, le film de Paquet-Brenner se résume presque exclusivement à son intrigue et n’avance pas de réelle réflexion sur les milieux et les situations qu’il dépeint. S’il n’est pas interdit de préférer cette démarche modeste envers le genre du thriller plutôt que l’ambition parfois prétentieuse de Fincher, on ne peut tout de même s’empêcher de regretter que le film ne s’attarde pas sur certains aspects de son scénario, afin d’y apporter une dimension plus ample. La piste du fan-club de crimes – que l’on imagine assez mal exister en dehors de cette Amérique fascinée par ses déviances et par ses monstres – ainsi que celle des petites villes de l’Amérique profonde – dans lesquelles les familles se connaissent toutes et où la rumeur peut très vite détruire la vie de quelqu’un – auraient largement mérité d’être abordées différemment que comme de simple ressorts scénaristiques et d’être plus amplement développées.

Mais ces aspects sont malheureusement juste esquissés, afin de ne jamais faire dévier le polar plan-plan de ses rails bien fixés. Ainsi partant, l’enquête de Libby Day sur les traces de son passé fait assez vite penser à un épisode de la série Cold Case, aussi bien scénaristiquement que visuellement. Gilles Paquet-Brenner a, comme tous les cinéastes européens, voulu réaliser son film américain fantasmatique, avec tout ce que cela comporte de clichés et d’images d’Epinal. Nul doute que les thèmes constitutifs d’un bon thriller profondément américain étaient bien présents dans le livre de Gillian Flynn, mais Paquet-Brenner s’avère bien incapable d’en extraire la substantifique moelle afin d’en tirer un film vraiment intéressant. Reste malgré tout un suspense plus ou moins efficace, un peu répétitif et parfois ennuyeux, mais qui se laisse tout de même suivre jusqu’à son dénouement, comme tout polar qui se respecte.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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