Critique et analyse cinématographique

« Les Nouveaux héros » de Don Hall et Chris Williams: Nouveau Disney

Depuis quelques années, les studios Disney, passés aux mains de John Lasseter, ont mis en place toute une stratégie de restructuration de leur esprit et de leurs valeurs. Si l’on pouvait clairement voir cette volonté de refonte de ses fondamentaux à l’image d’une nouvelle politique éditoriale dans Rebelle – par lequel Pixar s’affirmait comme le successeur-réformateur de la marque – ou dans le récent Maléfique – avec une relecture complète d’un grand classique – ce renouveau s’est aussi fait ressentir par la volonté d’inscrire certains films dans une époque résolument contemporaine et consumériste.

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Le premier film Disney à intégrer des figures actuelles de la société de consommation était Les Mondes de Ralph en 2012, avec ses personnages tout droit sortis des jeux vidéos de Nintendo et autres. Le deuxième est Les Nouveaux héros qui, en adaptant pour la première fois un comics des studios Marvel – récemment rachetés par Disney –, marque un véritable tournant dans l’image que renvoie la boîte d’elle-même.

Dans la ville fictive de San Fransokyo, le jeune Hiro Hamada passe son temps à concevoir de petits robots de combat qui lui permettent de gagner des tournois clandestins. Mais quand son frère Tadashi lui fait visiter son école de robotique, Hiro fait tout pour y être admis et invente pour cela une nouvelle technologie révolutionnaire. Malheureusement, le jour de son admission, son frère meurt dans un incendie en essayant de sauver un des professeurs. S’apercevant que les nano-robots qu’il a inventés ont été volés par un mystérieux homme masqué, Hiro fait équipe avec les amis « geeks » de son frère et surtout avec Baymax, un robot médical conçu par celui-ci, pour stopper l’individu mal intentionné.

Après cette longue installation, c’est bel et bien un film de super-héros qui nous est livré ici, puisque Hiro va tout bonnement créer des combinaisons et des armes spéciales pour toute sa petite troupe, donnant ainsi naissance à une sorte de nouvelle ligue des justiciers ou de nouveaux Avengers maladroits. L’entreprise est donc très calculée, puisque ce sont les « geeks » qui se retrouvent propulsés super-héros alors qu’ils sont le public cible de toute la production Marvel et des films de super-héros en général. Dans ce tableau global, on en viendrait presque à oublier que l’on est devant un Disney, tant le film semble plus répondre à une logique propre à Marvel. Mais évidemment, c’est sans compter sur l’histoire d’amitié entre Hiro et le robot Baymax, plus spécifique à un film familial.

La morale n’est d’ailleurs jamais bien loin, puisque le fameux robot-soigneur Baymax ne manque jamais une occasion de rappeler ce qui est bon pour la santé et le bien-être. On retrouve là le côté édifiant des films pour enfants qui tendent à apporter une pincée d’éducation au milieu du maelström de divertissement. Cet aspect est aussi présent dans la condamnation de la vengeance et l’apologie du pardon que fait le film. Hiro est en effet obsédé par l’idée de venger son frère, tandis que le méchant Kabuki est lui aussi en quête de vengeance. Mais le statut de film familial que revêt Les Nouveaux héros ne lui permet pas de maintenir l’ambiguïté comme pourrait le faire un vrai film Marvel. Il dissipe donc très vite le doute sur le côté sombre, vaguement esquissé, du héros pour remettre l’église au milieu du village et définir plus clairement les limites entre le bien et le mal.

Si Disney est peut-être en voie de « Marvelisation », on pourrait également parler de « Dreamworksisation », tant l’esthétique et les thématiques des Nouveaux héros semblent renvoyer à de récents succès du studio concurrent. On ne peut par exemple s’empêcher de penser à Dragons et Dragons 2 dans les scènes où Hiro chevauche littéralement Baymax et l’entraîne à voler le plus haut et le plus vite possible. Dans les évocations visuelles directes, on peut également relever une influence évidente du manga, notamment par l’aspect physique de Hiro, avec ses gros yeux écarquillés. Dans sa grande démarche de réforme de son image, le nouveau Disney semble encore se chercher une vraie identité puisqu’il se partage entre deux types de films, sortant alternativement : les contes de fées à l’ancienne (Raiponce, La Reine des neiges) et des opus volontairement plus actuels, mais aussi plus cyniques, comme Les Mondes de Ralph ou celui-ci.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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2 Réponses

  1. Pingback: Sorties Cinéma – 11/02/2015 | CAMERA OBSCURA

  2. Moi, je préfère la Reine des neiges… Si Disney pouvait juste se concentrer sur les contes de fées et arrêter avec sa crise identitaire: ça m’arrangerait bien ! Belle critique 😉

    février 13, 2015 à 03:42

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