Critique et analyse cinématographique

« Into the Woods » de Rob Marshall : La fin du manichéisme

Dans la lancée de la révision de ses classiques entamée avec Maléfique l’année passée, Disney persiste et signe en se réappropriant une comédie musicale de Stephen Sondheim, datant déjà de 1986 et mélangeant dans un grand « mash-up » – selon le terme dorénavant consacré – plusieurs contes de fées battus et rebattus, à savoir Cendrillon, Le petit chaperon rouge, Raiponce et Jack et le haricot magique.

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On voit très bien ce qui a pu plaire au studio dans ce « musical », au-delà de la reprise même de figures emblématiques de l’univers Disney. Tout y est en effet chamboulé, déséquilibré par une relecture acerbe et ironique qui introduit de la bizarrerie dans des histoires lissées par l’inconscient collectif. Dans Into the Woods, le chaperon est une petite peste voleuse, le loup un marginal aux tendances pédophiles, Jack un benêt patenté et les princes des bellâtres infidèles. Cette remise en question des modèles que donnent les contes s’inscrit totalement dans l’entreprise que Disney est en train de mener pour redessiner les contours de son imaginaire afin de le rendre moins manichéen et plus actuel. Elle est également l’impulsion de toute une série de vraies scènes de comédies, réellement satiriques, comme la rencontre ambigüe entre le loup et le petit chaperon rouge, ou encore un duo délirant entre les deux princes se félicitant de leurs conquêtes tous torses dehors. De manière générale, son aspect de comédie musicale continue et récitative donne au film un décalage constant et une étrangeté latente.

Into the Woods se révèle aussi dans sa seconde partie, impulsée par un rebondissement pouvant paraître artificiel de prime abord mais qui rebat en réalité les cartes de son intrigue pour appuyer son discours. Alors que l’on pensait que, comme dans tous les contes disneyens, tout était bien qui finissait bien, cette prolongation permet de dévoiler l’envers du décor, de montrer que les princes et les princesses ne vivent pas toujours heureux ni n’ont beaucoup d’enfants. C’est par là également que le film livre son vrai sujet et que Disney déconstruit à nouveau ses valeurs d’autrefois. Dans une chanson lourde de sens, il est dit que les sorcières ont parfois raison, que les ogres peuvent être bon, et que c’est à nous de décider où se situent le bien et le mal. Encore une fois le manichéisme a fait long feu et, même si le film se clôt sur un semblant de « happy end », celui-ci reste à mille lieues de ceux des bons vieux classiques d’antan.

Thibaut Grégoire

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4 Réponses

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  3. Pauline se fait des films

    Salut! D’un côté je suis assez d’accord avec ce que tu écris mais en même temps je pense qu’on n’a des avis assez contraires sur ce film. Si tu veux aller lire la critique que j’en ai faite, elle devrait être en ligne d’ici 2 jours. 🙂

    février 3, 2015 à 16:39

  4. Tu restes assez impartial… Mais, je ressens une pointe d’encouragement à aller voir le film. J’irai donc demain soir. J’espère qu’il est toujours à l’affiche… 😀

    février 13, 2015 à 03:55

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