Critique et analyse cinématographique

« Danny Collins » de Dan Fogelman : Morale hollywoodienne – Famille vs. Show-business

Si Danny Collins avait attisé notre curiosité, c’est surtout parce que son acteur principal, Al Pacino, n’avait pas donné de ses nouvelles cinématographiques depuis un moment et que l’on était curieux de voir dans quel film il avait choisi de jouer pour son « come-back ». Alors que l’on attend encore The Humbling, Manglehorn et Salomé – tournés récemment –, c’est donc le premier film de Dan Fogelman qui nous arrive aujourd’hui pour nous éclairer sur la filmographie récente de l’interprète mythique du Parrain.

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Fogelman (scénariste entre autres de Cars, Raiponce et Crazy Stupid Love) a choisi, pour sa première réalisation, de partir d’une anecdote amusante étant arrivée à Steve Tilston. Ce chanteur britannique a reçu avec quarante ans de retard une lettre que lui avait adressée John Lennon pour l’encourager au début de sa carrière.

Dans le film, c’est donc Danny Collins, « entertainer » sur le retour, qui reçoit le jour de ses soixante ans, une lettre qu’il aurait dû recevoir quarante ans plus tôt. Dans cette lettre, John Lennon l’exhorte à garder la fraicheur de sa jeunesse dans tout ce qu’il entreprend artistiquement, et lui donne son numéro de téléphone s’il désire lui demander des conseils. Collins remet alors en question tout son mode de vie, et annule sa tournée de concerts afin de se rapprocher de son fils, qu’il connaît à peine.

Nous sommes donc ici en terrain connu, celui de la comédie hollywoodienne classique, dans laquelle les valeurs traditionnelles de la famille et de l’amour filial s’opposent à celles du show-business et de la superficialité qui en découlerait forcément. La quête de Danny Collins est toute simple, c’est celle de redevenir un homme comme tout le monde. Mais sa manière d’y parvenir est quelque peu ambigüe puisque pour s’éloigner du luxe qui l’entoure, il ne trouve rien de mieux que d’aller s’isoler dans un Hilton, et de se faire livrer dans sa chambre un Steinway – excusez du peu – si l’envie lui prend de pianoter entre deux scotchs « on the rocks ».

Le film a une curieuse façon d’aborder la rédemption de son héros, puisque c’est justement son argent gagné dans l’industrie du spectacle qui va lui permettre de se rapprocher de sa famille, en aidant « généreusement » à l’éducation de sa petite fille et aux soins de santé dont a besoin son fils. Si le scénario de Fogelman se veut plein de bonnes intentions, il ne peut que soulever l’interrogation tant il y a un décalage entre ce que semble vouloir dire le film et la manière dont il le fait. Au final, on a l’impression que le message serait en gros que la famille, c’est bien, mais que c’est encore mieux quand on a de l’argent. Ou encore : il vaut mieux être riche et bien portant que pauvre et en mauvaise santé.

Dans ce mélo très américain et béat, il ne faut donc pas trop réfléchir sous peine de voir apparaître les contradictions d’une morale hollywoodienne remise au goût du jour. Et ce sont finalement les acteurs qui aident à faire passer la pilule, tous dans un numéro bien huilé. Pacino est définitivement devenu le roi des cabotins sympathiques, et le regarder jouer revient à observer à l’œuvre un artisan expérimenté en se disant que c’est du travail bien fait. Tous ses partenaires (Annette Benning, Bobby Cannavale, Christopher Plummer…) sont autant de faire-valoir qui font, eux aussi, très bien leur boulot. Au final, on ne passe donc pas un mauvais moment devant Danny Collins, même si l’on n’en voit pas trop la finalité ni la singularité.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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