Critique et analyse cinématographique

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BIFFF 2018 : Carnet de bord (jour 6)

En sa sixième journée d’activité, le BIFFF 2018 continue de proposer des œuvres à cheval entre genre et film d’auteur, et poursuit donc sa lancée réjouissante. Au programme, entre quelques produits de consommation courante : le nouveau Kim Ki-duk et un curieux film de vengeance emmené par un squatteur contorsionniste.

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El Habitante de Guillermo Amoedo

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Énième histoire de possession assortie d’un « home invasion », ce film mexicain sacrifie à pratiquement tous les clichés du genre. Baigné d’une tendance naturelle à la religiosité exacerbé, El Habitante se termine dans une grande séance étirée de prêchi-prêcha, avant un twist final calamiteux et téléphoné, enfonçant définitivement le clou de la lourdeur.

Note : 3/10

 

Freehold de Dominic Bridges

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Intrigante dans son installation, puis de plus en plus limpide, cette histoire de squatteur contorsionniste ayant décidé coûte que coûte de pourrir la vie d’un agent immobilier en lui salopant son appartement et sa vie tombe souvent dans le mauvais goût et se montre assez vite répétitif. Mais il se dégage tout de même du concept et du corps hors normes de l’acteur espagnol Javier Bottet (Mama, Ça) une étrangeté certaine qui englobe le film et le rend assez intéressant.

Note : 6,5/10

 

Human, Space, Time and Human de Kim Ki-duk

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Partageant sa filmographie à la fois entre films contemplatifs et incursions dans le genre, et entre apaisement relatif et déchaînements incontrôlés de misanthropie notoire, Kim Ki-duk est indubitablement difficile à suivre, mais tout aussi indubitablement un auteur assez majeur. Human, Space, Time and Human fait donc partie de ces films de la seconde catégorie (genre + misanthropie) et fait preuve d’un profond pessimisme, qui pourra en rebuter certains. Mais même si l’on n’est pas obligé d’adhérer à la vision de Kim Ki-duk de l’humanité et des comportements humains, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’une vision d’auteur totalement jusqu’au-boutiste, que l’on aurait tort de rejeter en bloc et qui, relevant pleinement du domaine de l’allégorie, se départit peut-être même de la dérive misanthrope et voyeuriste qu’on lui accole un peu trop vite.

Note : 8/10

 

Mercy Christmas de Ryan Nelson

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Niveau amateur pour ce jeu de massacre de Noël, pénible nanar aux effets douteux et à l’interprétation catastrophique qui essaie de se faire passer pour une comédie noire volontairement décalée par l’entremise de l’utilisation calamiteuse d’une musique ringarde, mais peine à cacher le ratage complet qu’il constitue.

Note : 1,5/10

 

Crooked House de Gilles Paquet-Brenner

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Adaptation très fidèle dans son intrigue d’un des meilleurs romans d’Agatha Christie, mais ne réussissant que très rarement à restituer tout l’humour et l’ironie qui se cache derrière le style et les dialogues de l’auteur, Crooked House bénéficie d’un casting impressionnant de « has-been » vraisemblablement contents de cachetonner. Ce n’est pas déplaisant, loin de là, mais l’ennui finit par remplacer irréversiblement la relative bienveillance avec laquelle on regarde ce type d’objet propret.

Note : 4/10

 

The House of Disappeared de Dae-woong Lim

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Remake sud-coréen du vénézuélien La Casa del fin de los tiempos – vu au BIFFF lors de l’édition 2015 – The House of the Disappeared accompli l’exploit de transformer un film dans nos souvenirs plutôt efficace et intriguant en purge ennuyeuse et grandiloquente, noyée dans une musique envahissante et dans les effets éculés. Il est donc vivement conseillé de plutôt se tourner vers le film original, dont voici la critique : BIFFF 2015 – « La Casa del fin de los tiempos » d’Alejandro Hidalgo

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2018 : Carnet de bord (jour 5)

Et encore deux bons films à l’actif de cette édition 2018 décidément foisonnante et surprenante : le « teen-movie » fantastique Blue My Mind et le faux biopic de la femme la plus assassinée du monde – la reine du grand-guignol Paula Maxa –, sorte de miroir tendu par le BIFFF vers lui-même.

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Blue My Mind de Lisa Brühlmann

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Si le principe de traiter le thème des transformations adolescentes et de la découverte de la sexualité à travers un prisme fantastique n’est pas exactement nouveau et qu’il a pu donner de bonnes et de moins bonnes choses – l’exemple le plus récent étant le Grave de Julia Ducourneau –, le suisse allemand Blue My Mind parvient à apporter sa pierre à l’édifice, d’abord par la piste choisie quant à la transformation qui sera finalement celle de son héroïne, puis dans la relation entre celle-ci et un autre personnage de jeune fille, dont on ne sait d’abord pas bien s’il s’agit d’une antagoniste ou d’une alliée. Si le film n’échappe pas à l’une ou l’autre faute de goût – notamment dans sa propension douteuse à faire du sexe quelque chose de répugnant –, il finit par rendre justice à ses personnages et à aller jusqu’au bout de son programme de manière assez honnête.

Note : 7/10

 

The Lodgers de Brian O’Malley

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Quelque part entre Le Village et Les Autres, cette histoire de malédiction et de fantômes victoriens ne brille pas par son originalité mais réussi au moins là où a lamentablement échoué le Muse de Balagero, dans la mise en place de « règles » bien établies et d’un pacte plutôt bien dessiné. Au-delà de ça, le film de Brian O’Malley reste passablement ennuyeux.

Note : 4/10

 

La Femme la plus assassinée du monde de Franck Ribière

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Film de mise en abyme sur le théâtre de grand-guignol, questionnant de manière aussi pertinente qu’habile la place du spectateur et la condition de l’acteur, le premier film en tant que réalisateur du producteur Franck Ribière (Cell 211, La Meute, plusieurs films d’Alex de la Iglesia,…) mêle réflexion déguisée sur la fiction et polar gothique de manière ludique et vertigineuse. Le vertige fut également double lors de la projection au BIFFF puisque les conditions de réception spectatorielle décrites par le film sont exactement les mêmes que celles mises en place par le festival et ses habitués. Les « derrière toi », « n’y va pas » et autres exhortations du public dirigées vers des personnages de fiction eurent cette fois-ci cours à la fois dans la salle et sur l’écran. La Femme la plus assassinée du monde était donc en quelque sorte le film parfait pour le BIFFF, presque un film « sur » le BIFFF.

Note : 8/10

 

A Special Lady de An-kyu Lee

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Thriller coréen à base de gangsters retors, de coups de Trafalgar et de courses poursuites ennuyeuses, A Special Lady remplit vraiment le minimum syndical de ce qu’on attend d’un film de ce type, en termes de simple efficacité. Parfois incompréhensible, le film échoue en outre à créer des personnages forts et cohérents, à l’image de la « femme spéciale » du titre, qui n’a finalement de spécial que sa coiffure néo-punk.

Note : 3/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2018 : Carnet de bord (jour 4)

Entre quelques films conventionnels et/ou pas vraiment réussis, le BIFFF a de nouveau dégainé, en ce quatrième jour, deux belles cartouches : l’excellent nouveau film de John Cameron Mitchell, sélectionné au dernier Festival de Cannes, et l’étonnante première œuvre Dhogs, deux films déstabilisants mais envoûtants.

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Trench 11 de Leo Scherman

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Film de guerre horrifique à base de soldats mutants sous les tranchées de 14-18, Trench 11 souffre d’une esthétique impersonnelle, d’un manque de rythme évident et d’une absence d’enjeu lié également au déficit de charisme et d’intérêt des personnages. En résulte un petit bloc d’ennui compact, mauvais mais pas assez pour être drôle.

Note : 3/10

 

El año de la plagua (The Year of The Plague) de C. Martín Ferrera

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Ayant bien du mal à choisir entre comédie ou film d’épidémie plus sérieux, El año de la plaga est l’un de ces films en quête de personnalité, de singularité, mais qui n’atteint jamais son but. Se rêvant d’abord un Shaun of the Dead espagnol, le film s’achemine ensuite vers une version douteuse de L’Invasion des profanateurs de sépultures ou du Invasion Los Angeles de John Carpenter, avant de finir en eau de boudin, sans réelle conclusion digne de ce nom.

Note : 3/10

 

How to Talk to Girls at Parties de John Cameron Mitchell

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Traversé par une vague de libertarisme et de folie communicative conforme à l’esprit punk-rock londonien qu’il décrit, le nouveau John Cameron Mitchell est aussi jouissif qu’hybride et difficile à appréhender, par la richesse des thèmes et des affects qu’il déploie. Comédie foutraque, satire socio-sexuelle, teen-movie rétro-psychédélique, film de SF aux influences diverses et perverties – on peut y voir une version tordue de E.T. – …. Il est difficile de qualifier de manière juste et fidèle ce film multiple.

Note : 8/10

 

Dhogs d’Andrés Goteira

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Drôle de film que ce Dhogs, premier film de l’espagnol Andrés Goteira et sorte de mix improbable entre un film de festival misanthrope et moralisateur, une réflexion méta sur le rapport entre spectateur et voyeurisme, et un film de genre immersif et cru. À priori, Dhogs a tout pour nous rebuter mais finit par nous avoir par la maîtrise presque imparable de ce jeune réalisateur et par l’étrangeté envoûtante de certaines scènes ainsi que de son dispositif parfois abscons – pourquoi cette division en trois parties : Hogs, Dogs et Dhogs ? – mais vraiment original.

Note : 7/10

 

Muse de Jaume Balagueró

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Retour manqué à l’horreur classique pour Jaume Balagueró, qui se révèle finalement plus intéressant quand il marche dans les pas de son comparse Paco Plaza – avec la série des Rec – que quand il s’essaie au récit horrifique plus conventionnel à base de fantômes, de démons ou autres goules. Au-delà de son esthétique de téléfilm de luxe et de son montage tape-à-l’œil et infantilisant, Muse souffre d’un gros problème de « pacte spectatoriel ». Alors que le film ne cesse de brandir dans ses dialogues la caution des « règles » fantastiques qui régiraient son récit, ces fameuses règles ne sont en réalité jamais exposées clairement, de sorte qu’elles apparaissent toujours en cours de récit de façon grand-guignolesque. Contrairement à un Shyamalan qui pose clairement ses « règles » soit d’emblée, soit progressivement mais en suivant un code de dévoilement cohérent, Balagueró en est totalement incapable et s’avère donc être, outre un metteur en scène médiocre, un bien piètre narrateur.

Note : 3/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2018 : Carnet de bord (jour 3)

L’édition 2018 du BIFFF continue de surprendre de jour en jour et s’annonce d’ores et déjà comme un grand cru, avec notamment deux films de qualité : le britannique Double Date et le japonais Survival Family.

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Double Date de Benjamin Barfoot

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Comédie noire britannique mettant en scène deux gentils losers tombant dans les griffes de sœurs « mangeuses d’hommes » (au sens pratiquement littéral), le premier film de Benjamin Barfoot parvient, par ses dialogues parfois savoureux et les situations qu’il met en place, à se hisser dans le haut du panier du genre. Les personnages plutôt bien écrits et surtout leurs interprètes sont également pour beaucoup dans la sympathie que dégage Double Date, permettant à cette virée nocturne sans temps mort de s’acheminer vers un final plus grand guignolesque mais totalement conforme aux conventions du genre et au pacte posé préalablement par le film.

Note : 7/10

 

Flashburn de Giorgio Serafini

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Direct-to-VOD mettant en scène un has been flamboyant (Sean Patrick Flannery, jadis « Young Indiana Jones » dans la série du même nom), Flashburn utilise la recette bien connue du personnage enfermé dans un hangar clos et contraint par une mystérieuse personne de réussir une épreuve pour s’en sortir. Ici, le virologue Wes Nolan, souffrant en outre d’amnésie, doit trouver le remède à une épidémie mondiale qu’il a lui-même provoquée. Autant dire tout de suite que les apparences sont trompeuses…. Le double twist final n’est pas plus mauvais qu’un autre mais les dialogues explicatifs qui l’accompagnent le décrédibilise totalement. Au final, Flashburn est l’exemple parfait de ce qu’est une série B moyenne (pour ne pas dire médiocre) à petit budget.

Note : 3/10

 

Survival Family de Shinobu Yaguchi

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Du jour au lendemain, un blackout généralisé paralyse le monde entier, le privant d’électricité, de voitures, de portables…. Dans ce contexte déstabilisant, une famille tokyoïte décide de traverser le Japon en vélo, à la recherche d’électricité. Traversé de coups de génie et de morceaux de bravoure, mais surtout d’un humour assez mordant, le film s’ouvre aussi sur une satire sociale plutôt bien vue, dans laquelle la technologie est étroitement liée à une certaine forme d’asservissement et, indirectement, au travail. Lorsque les hommes actifs japonais sont privés de travail, c’est un peu tous les piliers de la société qui s’écroulent. Si Survival Family est donc assez riche de pistes et d’interprétations diverses, sa dernière demi-heure, plus conventionnelle, voire formatée, constitue une réelle déception, à la hauteur de la promesse que faisaient les trois premiers quarts du film.

Note : 7/10

 

I Kill Giants d’Anders Walter

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Adaptation d’un comics et surtout « rip-off » éhonté du déjà pas fameux Quelques minutes après minuit, I Kill Giants est une espèce de salmigondis psychologisant et larmoyant qui essaie de se faire passer pour un film à grand spectacle sur l’enfance. Le fin mot de l’histoire, ce qui se cache derrière cette fausse piste de chasseuse de géants, est prévisible depuis pratiquement le début du film, et le graphisme des fameux géants est plus que douteux. Il est à noter à cet égard que la majorité des effets ont été réalisés en Belgique, ce qui a permis à un ponte belge du genre – qui n’a même pas chanté, cela-dit en passant – de venir se vanter sur scène et de dire des grandes firmes d’images de synthèse, en gros : « ils ont le pognon, on a le talent ». Voilà, voilà….

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2018 : Carnet de bord (jours 1 et 2)

Bienvenue au BIFFF pour deux semaines de visionnage intensif, de bons (et de moins bons) films, d’ambiance survoltée et de Cuvée des Trolls. Ces deux premiers jours furent déjà fructueux et permirent une découverte : un réjouissant premier film espagnol.

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Marrowbone de Sergio G. Sánchez

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Un film de fantôme dans la lignée de L’Orphelinat ou Les Autres, suivant jusque dans les moindres détails les règles du genre, au point de paraître affreusement téléphoné à quiconque a vu plus d’un film du même acabit. Malgré tout, Marrowbone bénéficie d’un jeune casting homogène (dont l’excellente Anya Taylor-Joy, vue dans Split et The Witch) et reste largement regardable et plus ou moins agréable, moyennant un ennui intermittent, sa forme plus que classique lui conférant un aspect lisse mais pas dénué de charme.

Note : 5/10

 

Jungle de Greg McLean

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Depuis sa sortie de la saga Harry Potter, Daniel Radcliffe semble être dans un concours permanent avec lui-même, pour interpréter le rôle le plus improbable, le plus humiliant ou le plus avilissant. Après avoir fait le cadavre péteur dans Swiss Army Man, le voici donc en pseudo aventurier du pauvre, tout aminci, amoindri et claudiquant, dans un grand numéro de cabotinage hystérique. Sa performance est grotesque, mais peut-être pas autant que le film, sorte d’ersatz « cheap » de La Plage de Danny Boyle, déjà pas fameux en soi.

Note : 3/10

 

RIP de Caye Casa et Albert Pintó

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Présenté en avant-programme du long métrage Matar a Dios, ce court métrage de « Caye et Pintó » a eu le mérite d’installer l’univers de ses deux auteurs et de dérider la salle avant le plat de résistance, de par son humour noir et ses effets gore décomplexés, tout anecdotique soit-il.

Note : 5/10

 

Matar a Dios (Killing God) de Caye Casas et Albert Pintó

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Partant sur une idée de court métrage – Dieu, sous l’apparence d’un clochard de petite taille, donne l’opportunité aux quatre membres d’une famille dysfonctionnelle de choisir les deux survivants de la fin de l’humanité –, le premier long métrage de « Caye et Pintó » fait preuve de réelles qualités d’écriture et d’une habileté certaine à étirer son pitch « timbre poste » sur une heure et demi, par quelques cassures de rythme et autres revirements narratifs. Esthétiquement très inspirés par quelques aînés (dont Alex de la Igelsia ou encore Jean-Pierre Jeunet), les deux auteurs de Matar a Dios arrivent le plus souvent à se défaire de cette emprise référentielle et tombent plutôt dans un autre piège, celui d’une fin résonnant comme une « chute » – attention, double sens pour ceux qui ont vu le film – de petits malins, ramenant le film à ce qu’il avait réussi à faire oublier qu’il était en filigrane : un court étiré en long.

Note : 7/10

 

QEDA (Man Divided) de Max Kestner

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Dès les premières minutes, nous comprenons que ce film d’anticipation danois va être un long chemin de croix. Une succession de scènes superflues peine à masquer le manque d’inspiration criant d’un cinéaste incapable d’insuffler une dimension métaphysique dans sa mise en scène et son écriture. Man Divided s’offre ainsi comme un énième film de SF prétentieux qui se regarde brasser du vide. Si son ambition est louable, il est symptomatique de constater que ce genre de films ne parvient jamais à approcher une idée du Temps (ou un ressenti métaphysique) qui est pourtant leur sujet. (GR)

Note : 2/10

 

Downrange de Riûhei Kitamura

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Une bande de jeunes écervelés crèvent un pneu sur une route déserte et se retrouvent à la merci d’un sniper fou. Parsemé d’effets visuels douteux (mentions spéciales au maquilleur et au chef op, déchaînés), le royal nanar que constitue Downrange joui du casting le plus homogènement cataclysmique qui soit, réuni dans un grand concours de mimiques improbables et de gémissements impromptus. Cette particularité s’explique peut-être par la direction d’acteurs, le réalisateur Kitamura ayant peut-être demandé à ces jeunes comédiens américains de jouer comme des acteurs de soap japonais. Quoi qu’il en soit, le manque de rythme du film l’empêche d’accéder au rang de plaisir coupable au second degré, mais les commentaires plutôt inspirés des « bifffeurs » lors de la séance ont largement aidé à faire passer la pilule. À noter également : une fin des plus abruptes, cruelles et arbitraires, qui faute de sauver le naufrage que constitue Downrange, a le mérite de laisser le spectateur médusé sur une note sympathique.

Note : 2/10

 

Le BIFFF se tient du 3 au 15 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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Sorties Cinéma – 21/03/2018

Ce n’est pas toutes les semaines que sort sur nos écrans un film kirghize, c’est donc l’occasion d’en profiter, d’autant plus que Centaure d’Aktan Arym Kubat vaut réellement le détour. Ce qui n’est pas forcément le cas de deux autres films d’auteur à haute ambition sociétale ou politique, également visibles.

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Centaure d’Aktan Arym Kubat

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Avec Centaure, c’est un témoignage à la fois assez désespéré et hautement métaphorique sur la situation actuelle de son pays et de sa culture que livre Aktan Arym Kubat, en mettant en parallèle la perte de contact des Kirghizes avec leur terre, leur culture, leurs traditions, et la montée en puissance d’un radicalisme religieux – représenté par des barbus croqués comme des personnages burlesques, influençant de manière subreptice la vie de la communauté. (…) Dans sa manière d’opposer à l’obscurantisme et à la perte des racines un élan libertaire en rapport avec la nature, Aktan Arym Kubat fait également intervenir les films comme éléments primordiaux de ce sursaut salutaire de liberté, posant ainsi le cinéma comme un des derniers terrains de protestation possibles, et le « film » comme objet révolutionnaire.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 7,5/10

 

La Prière de Cédric Kahn

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En se mettant en tête de suivre un personnage de drogué en rémission dans une communauté d’anciens addicts qui se soignent par la prière et la foi religieuse, Cédric Kahn à tendance à vouloir être plus catholique que le pape. Son but est manifestement de s’immerger dans cette communauté et de la décrire de manière la plus honnête possible, mais il le fait sans recul ni point d’ancrage idéologique, ce qui revient à cautionner sans remise en question son aspect sectaire. À travers ces scènes de dévotion béate ou de rassemblements « bénéfiques » baignés de démonstrations appuyées d’amitié fraternel ou de bienveillance systématisée, le film en vient à faire l’apologie de l’angélisme. Encore une fois, la fameuse « expérience immersive », que veulent éprouver et retranscrire à l’écran nombre de cinéastes, aura débouché sur un naturalisme neutre et atone, sans reliefs ni point de vue.

Note : 2,5/10

 

Après la guerre d’Annarita Zambrano

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Comme si le genre du film à sujet impliquait forcément de ne pas accorder beaucoup d’importance à la forme, Annarita Zambrano semble avoir choisi d’épurer celle-ci au maximum. Mais ici, « épure » n’est pas synonyme de « radicalité », loin de là. Arborant une esthétique de téléfilm didactique, Après la guerre a des allures de film à débats que l’on inclurait dans une soirée thématique ou dans le cadre d’une projection scolaire, mais il est difficile d’y voir du « cinéma » à proprement parler.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2,5/10

Sorties Cinéma – 14/03/2018

Un premier film belge à sujet, un blockbuster « vintage » et la première réalisation d’un comique français sont à l’affiche cette semaine. Le point commun entre ces trois films : ils sont égalitairement ratés.

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La Part sauvage de Guérin Van de Vorst

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Après Noces, voici le nouveau film belge sur un sujet de société : en l’occurrence, le départ de jeunes musulmans pour la Syrie. Guérin van de Vorst a beau se cacher derrière l’autre sujet du film – le retour d’un père de prison et le lien qu’il tente de renouer avec son fils –, il ne peut dissimuler l’opportunisme honteux et l’absence totale de point de vue avec lesquels il s’empare d’un thème d’actualité uniquement pour marquer les esprits. C’est clair qu’il ne les aurait pas marqués autrement, avec cette version longue d’un court d’école, où les personnages ne sont que des fonctions scénaristiques et la fin une « chute » aussi abrupte que ridicule.

Note : 2/10

 

Tomb Raider de Roar Uthaug

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Si l’on pouvait déjà se poser la question de l’utilité d’une nouvelle adaptation de Tomb Raider au cinéma, alors que le jeu et le personnage de Lara Croft sont désormais des objets « vintage » à la limite de la ringardise, elle n’en est que plus légitime à la vision du présent film, sorte d’ersatz raté d’un Indiana Jones féminin mêlé à un survival en milieu naturel hostile. Il n’y a absolument aucune originalité dans ce film d’aventures qui se voudrait « à l’ancienne » mais n’est que dépassé, d’une banalité affligeante et d’un ennui certain.

Note : 2/10

 

Tout le monde debout de Franck Dubosc

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Si l’on ne devait probablement pas attendre grand-chose de la première réalisation de Franck Dubosc, on pouvait pour tout le moins espérer qu’il livre une comédie vaguement drôle dans ses dialogues, et qu’il s’y réserve un rôle le mettant en valeur dans son abattage comique. Force est de constater que ni l’un ni l’autre de ces espoirs bien naïfs n’est comblé, puisque Dubosc à plutôt voulu verser dans la comédie « douce-amère », genre dont rêvent apparemment les comiques en manque de respectabilité. (…) Ne reste donc qu’une « comédie française » dans tout ce qu’impliquent maintenant presque irrémédiablement ces deux termes associés : un téléfilm bon enfant, plein de bons sentiments et de raccourcis intellectuels.

La critique complète sur Le Suricate Magazine

Note : 2/10