Critique et analyse cinématographique

Nouveau

BIFFF 2017 – 2 avis sur « Órbita 9 » de Hatem Khraiche

Pour cette édition, le BIFFF avait beaucoup misé sur la science-fiction, et le cinéma de genre espagnol répondait évidemment présent en masse, comme chaque année. Situé au confluent de ces deux tendances, Órbita 9 ne pouvait que figurer dans la programmation du festival.

Orbiter-9-3

 

Thibaut Grégoire :

Dans l’impressionnante délégation de films espagnols de consommation courante qui sont présentés cette année au BIFFF, Órbita 9 est le représentant science-fictionnel. Le film commence comme un Gravity ou un Passengers à petit budget et petite surface, avant de basculer suite à un twist censément bouleversant dans un film d’anticipation plus terre-à-terre. Et c’est le principal défaut du film : au lieu de l’ouvrir, de lui offrir des horizons plus larges, ce retournement de situation mal négocié l’enferme dans des thèmes et des enjeux déjà vus et à la portée finalement très faible. Il ne reste au final qu’une romance maladroite dans un cadre vaguement futuriste, servie par des acteurs transparents, des dialogues atterrants et une absence flagrante de mise en scène.

 

Guillaume Richard :

Un film de SF prometteur sur papier qui sombre très vite dans la romance naïve faute d’idées et d’originalité. Est-il préférable de sauver l’humanité entière ou un des dix cobayes humains (en l’occurrence, une jeune femme fort séduisante) qui prépare l’avenir de notre espèce ? Le dilemme moral aurait pu être posé autrement. Il perd ici toute sa force, et impossible, dans ce contexte, d’avoir de l’empathie pour un personnage aussi bêtement égoïste (et au demeurant incarné par un acteur transparent, ce qui n’aide pas).

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

BIFFF 2017 – « Replace » de Norbert Keil (pour/contre)

L’allemand Norbert Keil est un grand fan du BIFFF, au point d’y être resté pratiquement tout le long de cette 35ème édition, et surtout à celui de lui réserver la primeur de son film, présenté donc en première mondiale mardi passé au Palais des Beaux-Arts. Replace est un récit de dévoration et de régénération, une parabole sur la peur de vieillir et une histoire d’amour tordue. Mais c’est aussi à la fois un film d’horreur assez gore et une divagation auteurisante aux ambitions visuelles et thématiques quelque peu démesurées. Il fallait donc bien deux regards pour appréhender ce film multiple.

Replace-1

 

Pour :

Derrière son côté arty déplaisant et poseur, le film essaie d’explorer une idée intéressante : celle de la dévoration des corps qui se présentent de manière éphémère au spectateur lorsqu’il regarde un film. Le personnage voit en effet sa peau sécher et vieillir prématurément. Pour suivre à la momification, elle se met en quête de la peau d’autres femmes. On pourrait ainsi y voir une métaphore de l’acteur de cinéma, condamné à disparaître et à s’envoler en poussière. Replace serait alors une tentative de déconstruire ce principe fondateur sauf que, malheureusement, le réalisateur ne semble pas tellement se poser les mêmes questions que nous et préfère faire tourner sa fable au grotesque. Replace nous aura au moins permis de rêver de ce film le temps de la projection. (Guillaume Richard)

 

Contre :

Curieux film que ce Replace, qui semble partagé entre deux volontés : celle de s’ancrer dans un cinéma « arty » à prétention esthétisante mais qui semble plus se baser sur des canons publicitaires ou clipesques que cinématographique, et celle de proposer un film de genre référencé avec une part de grand-guignolesque assumée. Dans les faits, le film est d’ailleurs clairement coupé en deux, le côté « arty » insupportable investissant nettement plus la première partie que la seconde, laquelle laisse plus de place au raté, à l’imperfection. Ce film sur la chair en putréfaction et le vieillissement accéléré voudrait bien faire penser à Cronenberg, mais n’y parvient que par ses thèmes, jamais par sa mise en scène ou sa photographie qui pousse à l’extrême la saturation des sources de lumières et les effets de voiles. Dans ce cas, trop de stylisation tue le style. (Thibaut Grégoire)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

BIFFF 2017 – Jours 9 et 10

Mercredi et jeudi, le BIFFF dégainait des grands classiques : un « found footage », un thriller espagnol, des vampires affamés, un « whodunit » londonien et un huis-clos oppressant.

Boy-Missing-5

 

Mercredi 12 avril

 

Therapy de Nathan Ambrosioni

Therapy-11

Film amateur français mêlant un « found footage » à des scènes montrant les flics qui enquêtent sur ce qui a été filmé, Therapy a la particularité d’avoir été tourné sans budget par un jeune de 16 ans. Il n’y a donc aucune raison de taper contre cet objet forcément imparfait, comme l’ont pourtant fait des bifffeurs peu regardants quant à la sensibilité du jeune réalisateur présent dans la salle. Mais était-il vraiment nécessaire de le projeter ?

 

Secuestro (Boy Missing) de Mar Targarona

Boy-Missing-3

Énième avatar de la ribambelle de thrillers espagnols interchangeables qu’égrène le festival de jour en jour, Secuestro est probablement le plus pénible, le plus mollasson, une sorte de cross-over entre Derrick et Perry Mason dont le twist final est censé être spectaculaire – au vu du cri grandiloquent que pousse l’héroïne juste avant le générique de fin – mais tombe terriblement à plat.

 

Eat Local de Jason Flemyng

Eat-local-4

Et si on disait que c’étaient des vampires qui se réunissaient pour inclure dans leurs rangs une nouvelle recrue ? Et si on disait que nos vampires se faisaient assiéger par des militaires ? … C’est probablement comme ça qu’a été conçu le scénario de ce film d’horreur satirique qui ressemble à s’y méprendre à un spectacle de fin d’année, en moins drôle. On est typiquement là devant un film fait entre potes pour se marrer, et dont les vannes faciles ont très vite contenté leurs auteurs fiers de leurs bons mots ou de leurs gags de cour de récré. C’est vite écrit, vite mis en scène, vite joué, vite consommé, vite oublié. (TG) / De l’humour vaguement so british, mais surtout terriblement commun et rarement drôle. C’est certes fun par moments, mais tellement mal fichu et mal réalisé qu’on ne comprend pas très bien où veut en venir ce délire entre potes qui, sur papier, prétendait pourtant à autre chose, au vu du casting mobilisé. (GR)

 

Jeudi 13 avril

 

The Limehouse Golem de Juan Carlos Medina

The-Limehouse-Golem-4

La description que fait The Limehouse Golem des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur. C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes.

Lire la critique complète

 

The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal

The-Autopsy-of-Jane-Doe-10

Huis-clos à la morgue qui commence comme une enquête scientifique sur la mort d’un cadavre et finit en film horrifique grand-guignolesque sur une malédiction de sorcellerie. Le film pourrait être intriguant, voire surprenant dans son passage du réalisme sanguinolent au survival surnaturel, mais ne démarre jamais, se contente d’aligner les tunnels dialogués et de faire passer ses deux personnages de légistes pris au piège par toute une série de frayeurs fabriquées. L’impression qui domine après la vision est celle d’avoir assisté à la version étirée d’un épisode moyen d’une quelconque anthologie de l’horreur en perte de vitesse.

 

(Merci à Guillaume Richard pour sa contribution)

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

BIFFF 2017 – « The Limehouse Golem » de Juan Carlos Medina

Dans le Londres de la fin du XVIIIe siècle, un tueur en série perpètre des meurtres tellement horribles que la rumeur l’assimile à un monstre légendaire, le Golem. Dans ce contexte tendu, Scotland Yard envoie au casse-pipe l’inspecteur Kildare, un détective assez âgé dont c’est la première affaire de meurtre, pour succéder à un confrère qui a échoué dans sa tâche de débusquer l’assassin. Lors de ses investigations, Kildare est intrigué par l’histoire de Lizzie Cree, accusée d’avoir empoisonné son mari, lequel était un suspect sérieux dans l’affaire du Golem.

The-Limehouse-Golem-4

Le film de Juan Carlos Medina alterne donc la ligne narrative de l’enquête menée par Kildare (Bill Nighy) et son adjoint avec de longues et nombreuses séquences en flashback, retraçant le parcours de Lizzie Cree dans les milieux de saltimbanques où gravitaient feu son mari ainsi que toute une série d’individus plus suspects les uns que les autres. Cette description des bas-fonds londoniens, baignée d’une lumière diffuse et feutrée, recrée une ambiance digne de vieilles adaptations des aventures de Sherlock Holmes ou de divagations fictionnelles autour de Jack l’Éventreur.

C’est cette dimension de roman de gare, voire même de « whodunit » qui domine dans ce film à la facture classique mais qui parvient de manière assez admirable à faire revivre au premier degré ce plaisir du récit à énigmes. Certains trouveront aussi probablement de l’intérêt aux allusions féministes un peu trop ostentatoires et à propos pour être honnêtes, ainsi qu’un aspect gay-friendly pas vraiment développé – Kildare est décrit comme « pas à marier », et son adjoint n’en est pas loin non plus –, mais c’est vraiment l’aspect de divertissement « à l’ancienne » qu’il faut retenir d’un film dont l’ambition ne semble pas non plus porter plus loin.

Les allusions historico-culturelles en forme de clins d’œil, dont l’intervention dans l’intrigue de Karl Marx ou encore de l’écrivain George Gissing, vont également dans le sens de cette lecture pleinement ludique du film, qui ne se prive d’ailleurs pas de jouer avec son spectateur et de l’inciter à réfléchir par lui-même, en multipliant les points de vue et en remettant sans cesse en question la véracité de flashbacks qu’il a d’abord pris pour argent comptant. Si la révélation du tueur apparaîtra dès lors comme prévisible à celui qui aura bien suivi toutes les tergiversations narratives et le système visuel du film, la scène finale le surprendra une dernière fois en faisant intervenir, le temps de quelques secondes, une dimension surnaturelle qui n’était pas présente auparavant.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

BIFFF 2017 – Jours 7 et 8

Des espagnols dans l’espace (ou pas), un coréen dans un tunnel, des soldats dans les bois et du Cronenberg light ont animé les séances de ce début de deuxième semaine au BIFFF.

Kill-Command-1

 

Lundi 10 avril

 

Orbiter 9 de Hatem Khraiche

Orbiter-9-3

Dans l’impressionnante délégation de films espagnols de consommation courante qui sont présentés cette année au BIFFF, Orbiter 9 est le représentant science-fictionnel. Le film commence comme un Gravity ou un Passengers à petit budget et petite surface, avant de basculer suite à un twist censément bouleversant dans un film d’anticipation plus terre-à-terre. Et c’est le principal défaut du film : au lieu de l’ouvrir, de lui offrir des horizons plus larges, ce retournement de situation mal négocié l’enferme dans des thèmes et des enjeux déjà vus et à la portée finalement très faible. Il ne reste au final qu’une romance maladroite dans un cadre vaguement futuriste, servie par des acteurs transparents, des dialogues atterrants et une absence flagrante de mise en scène.

Voir les 2 avis

 

Tunnel de Kim Seong-hun

Tunnel-2

Difficile de reconnaître la patte du réalisateur de Hard Day dans ce film catastrophe assez « mainstream », malgré les tentatives d’humour noir, de critique sociale et une dimension chorale plutôt bien rendue. Le personnage principal, bloqué sous un tunnel écroulé et attendant plus d’un mois qu’on vienne le secourir, est décrit de manière assez complexe pour que l’on s’intéresse à lui et à son sort jusqu’à la fin, mais le film est aussi plombé par une tendance tenace au poujadisme, entamant avec un peu trop de facilité le vieux refrain du « tous pourris » ou encore assimilant la presse à un tas de crétins. S’il s’agissait d’une satire assumée, cela passerait sans problème, mais l’aspect critique du film n’est pas assez développé pour que l’on puisse lui donner du crédit au-delà d’une certaine forme de café du commerce.

 

Mardi 11 avril

 

Kill Command de Steven Gomez

Kill-Command-3

Mix maladroit entre un « survival » dans les bois et un jeu vidéo de tir, Kill Command fait s’affronter une équipe de militaires et des robots tireurs ultra-perfectionnés, conçus pour les remplacer. Le design des robots et les effets spéciaux, en règle générale, sont plutôt réussis. C’est correctement joué et d’un rendu globalement professionnel… mais c’est répétitif en diable et d’un ennui profond.

 

Replace de Norbert Keil

Replace-1

Curieux film que ce Replace, qui semble partagé entre deux volontés : celle de s’ancrer dans un cinéma « arty » à prétention esthétisante mais qui semble plus se baser sur des canons publicitaires ou clipesques que cinématographique, et celle de proposer un film de genre référencé avec une part de grand-guignolesque assumée. Dans les faits, le film est d’ailleurs clairement coupé en deux, le côté « arty » insupportable investissant nettement plus la première partie que la seconde, laquelle laisse plus de place au raté, à l’imperfection. Ce film sur la chair en putréfaction et le vieillissement accéléré voudrait bien faire penser à Cronenberg, mais n’y parvient que par ses thèmes, jamais par sa mise en scène ou sa photographie qui pousse à l’extrême la saturation des sources de lumières et les effets de voiles. Dans ce cas, trop de stylisation tue le style.

Voir le pour/contre

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

« Fast and Furious 8 » de F. Gary Gray : La huitième est la bonne

Pour le cinéphile qui la regarde de loin, d’un œil distrait et souvent condescendant, la franchise Fast and Furious apparaît comme quelque chose de très vague et ayant assez peu de rapport avec ce qu’il conçoit comme étant du cinéma. Pourtant, il serait idiot de la laisser hors de portée du regard analytique, tant elle semble définitivement ancrée dans la culture populaire, notamment en ayant intégré une dimension sérielle et en étant parvenue à importer dans son univers des acteurs venus d’horizons différents, au point de créer un casting d’ensemble assez impressionnant, mêlant « action stars » et acteurs dits « sérieux », qui semblent d’ailleurs y prendre plaisir et revenir de film en film.

cover-r4x3w1000-58e6447bf1521-2473-d053-00472-0480-comp

Dans ce huitième opus, à Vin Diesel, Dwayne Johnson, Jason Statham, Michelle Rodriguez et Kurt Russel, se sont greffés Charlize Theron, Scott Eastwood ou encore Helen Mirren – en mère de Statham, oui, vous avez bien lu. Theron y incarne d’ailleurs la méchante de service, celle qui convainc Dominic Toretto – le héros incarné par Diesel – de passer du côté obscur, grâce à un odieux chantage dont on ne découvrira la teneur qu’à mi-parcours. Toretto se retrouve donc à jouer dans le camp adverse de son équipe de copains accros aux beaux bolides et à la vitesse, en essayant de mettre la main sur tout un arsenal destiné – pour la vilaine Theron – à prendre ni plus ni moins que le contrôle du monde.

Depuis quelques films, la série des Fast and Furious semble déterminée à s’éloigner de l’étiquette « film de bagnoles/film de beaufs » qui lui était irrémédiablement accolée, et tente d’élargir son public en y insufflant une dimension de film d’action plus généraliste, en dehors des sempiternelles courses illégales ou autres règlements de comptes sur quatre roues. Dans ce film-ci, l’utilisation des véhicules dépasse le cadre habituel, jusqu’à être utilisé comme vecteur d’une scène sortant tout droit d’un film catastrophe – un ballet de voitures folles et téléguidées qui se transforme en pluie d’automobiles tombant comme des météorites sur des héros désemparés (sic) – ou encore dans un climax final sur la banquise, à base de sous-marins, de missiles et de chars d’assauts (re-sic).

Fast and Furious 8 tente donc d’aérer le film de voitures et de courses-poursuites en donnant une dimension démesurée à celles-ci, mais également en privilégiant une autre piste du film d’action : celle des bastons en corps-à-corps comme au bon vieux temps. Il faut dire que le casting de grosses bases viriles, aux physiques hors-normes et « surhumains » (Diesel, Johnson, Statham) renvoie maintenant plus à un fantasme de l’action à l’ancienne, comme a pu également le faire la trilogie Expendables – apparemment clôturée. La franchise Fast and Furious semble donc destinée à reprendre ce flambeau qui continue de fumer malgré son déclin progressif et son passage dans le domaine du Direct-to-DVD ou de la VOD – les films actuels de Steven Seagal, de Dolph Lundgren ou encore de Van Damme.

Mais ce qui apparaît comme nouveau dans ce Fast and Furious – ou en tout cas plus prononcé qu’auparavant –, c’est cet humour de plus en plus présent, à la fois dans une succession de punchlines de bon aloi et dans un second degré permanent quant à la prolifération de démonstrations de force ou de morceaux de bravoure qui assument leur part de grotesque. Si le second couteau Tyrese Gibson hérite d’une grande partie des bons mots et des scènes de comédie ostentatoires, ce qui frappe le plus dans ce domaine est le potentiel comique en expansion de deux acteurs de plus en plus à l’aise dans ce registre, à savoir Dwayne Johnson et Jason Statham. Le premier exulte littéralement quand il a la possibilité d’exposer son timing comique à présent maîtrisé – et il est toujours jouissif de voir un acteur naître à la comédie, surtout quand il semblait ne pas s’y prêter – tandis que le second promène son air patibulaire tout en imposant un côté pince-sans-rire tout britannique.

Avec son intention de touche-à-tout, cette manière de maximiser l’aspect de divertissement très grand public en mêlant action physique, délires pyrotechniques et comédie au premier degré, Fast and Furious 8 atteint un degré de réussite – à la mesure de son ambition – rarement atteint dans les épisodes précédents. Si l’on reste malgré tout dans le domaine du blockbuster décérébré, sans aucune velléité réflexive, il faut admettre de manière humble et honnête que l’on se trouve là face à un résultat à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de grand spectacle.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

« Lady Macbeth » de William Oldroyd : Premier film à la beauté froide

Dans les plaines rurales de l’Angleterre du 18ème siècle, Katherine mène une vie malheureuse et ennuyeuse après un mariage forcé avec un Lord deux fois plus âgé qu’elle. Alors qu’elle est condamnée à attendre son mari, parti au front, en compagnie des domestiques dans la grande demeure conjugale, elle entame une relation avec un jeune palefrenier et s’avère prête à tout, aux actes les plus inconsidérés et immoraux, pour mener à bien cette passion charnelle.

ladymacbeth_01

Après trois courts métrages, le britannique William Oldroyd – homme de théâtre – s’attèle, pour son premier long, à l’adaptation de Lady Macbeth du district de Mtsensk de Nikolaï Leskov. L’entreprise est particulière puisqu’il s’agit d’une transposition dans l’Angleterre du 18ème d’un roman qui est lui-même une transposition dans la Russie profonde du Macbeth de Shakespeare, lequel se déroulait dans l’Écosse médiévale.

S’il fait penser, dans un premier temps, à la tentative d’Andrea Arnold d’adapter Les Hauts de Hurlevent dans un style moderne, à grand renforts de caméra virevoltante et de travail sur le son, ce Lady Macbeth se révèle finalement beaucoup plus classique, ou tout du moins plus cadré. De par sa propension à décrire de manière assez rigide le basculement de son anti-héroïne dans une forme de froideur de plus en plus prégnante, jusqu’à des actes monstrueux accomplis de sang-froid, le film de William Oldroyd fait même parfois penser à un cinéma clinique, tel que celui de Michael Haneke.

Le style « glacé » et glaçant du film lui confère à la fois un effet de distanciation et un pouvoir de séduction assez paradoxal, revêtant une beauté noire et impénétrable qui peut fasciner autant qu’agacer. Cette impression doit également beaucoup au casting et à la direction des acteurs, emmenés par Florence Pugh, quasi-inconnue dont le charisme semble augmenter au gré du film, épousant ainsi pleinement la trajectoire de son personnage et symbolisant par là une belle naissance de cinéma.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine