Critique et analyse cinématographique

Editos

Top 5 Jake Gyllenhaal

À l’occasion de la sortie en salles de Life, film d’horreur science-fictionnel dans l’ombre d’Alien et sans grand intérêt, petit retour sur la carrière de l’un des acteurs du film, Jake Gyllenhaal, à travers cinq films et cinq rôles. Top 5 subjectif…

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1/ Zodiac de David Fincher

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Le meilleur film de Gyllenhaal est également le meilleur de son réalisateur, David Fincher. Une fresque ample sur la traque du serial killer du même nom, à la fin des années 60.

 

2/ Donnie Darko de Richard Kelly

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Le film qui a révélé Gyllenhaal reste une œuvre culte pour ceux qui l’ont découverte à sa sortie. L’image de l’acteur restera d’ailleurs intimement liée à ce personnage pour ceux-là même, qui auront dès lors un penchant pour ses personnages les plus « borderline » – ceux de Nightcrawler, de End of Watch ou de Demolition.

 

3/ Nightcrawler de Dan Gilroy

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Polar très noir dans un LA nocturne, et le personnage le plus fou – dans tous les sens du terme – composé par l’acteur.

 

4/ Le Jour d’après de Roland Emmerich

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Considéré comme le grand film « sérieux » – car écolo-conscient – de Roland Emmerich, Le Jour d’après reprend pourtant la structure de films catastrophes « mainstream » et les grandes lubies du réalisateur d’Independence Day. La performance de Gyllenhaal n’est pas franchement ce qu’il y a de plus marquant dans ce film, mais celui-ci se suffit à lui-même, en tant que divertissement plus qu’honnête.

 

5/ Brokeback Mountain d’Ang Lee

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Un film important et attachant, dont la structure très étrange, usant de l’ellipse à outrance, a tout de même de quoi décontenancer.


Le meilleur et le pire de 2016

Petit retour traditionnel et obligé sur l’année écoulée, sous forme de deux listes mettant en évidence ce qui était grand et ce qui ne l’était pas.

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Top 10 (ou 11)

(Difficile de départager les trois premiers et les trois derniers de ce top, d’où les égalités et le petit débordement d’un top 10 à un top 11.)

1/ Ma loute – Bruno Dumont

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=/ Paterson – Jim Jarmusch

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=/ Un jour avec, un jour sans – Hong Sang-soo

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4/ Midnight Special – Jeff Nichols

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5/ The Neon Demon – Nicolas Winding Refn

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6/ Elle – Paul Verhoeven

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7/ Rester Vertical – Alain Guiraudie

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8/ Les Huit salopards – Quentin Tarantino

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9/ Aquarius – Kleber Mendonça Filho

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=/ Brooklyn Village – Ira Sachs

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=/ Ce sentiment de l’été – Mikhaël Hers

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(On retrouve plus de navets d’auteurs que de cornichoneries grand public dans cette liste non-exhaustive. Honneur aux films et aux « cinéastes » dont les ambitions démesurées ne s’accordent jamais avec l’étroitesse de leurs visions.)

1/ Divines – Houda Benyamina

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2/ Éternité – Tran Anh Hung

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3/ Collateral Beauty – David Frankel

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4/ La Pazza Gioia – Paolo Virzì

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5/ I, Daniel Blake – Ken Loach

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6/ Parasol – Valéry Rosier

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7/ L’Économie du couple – Joachim Lafosse

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8/ Le Disciple – Kirill Serebrennikov

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9/ Ils sont partout – Yvan Attal

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10/ Belgica – Felix Van Groeningen

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11/ The Danish Girl – Tom Hooper

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12/ Le Confessioni – Roberto Andò

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Top 10 Palmes d’or

Alors que le 69ème Festival de Cannes est dans sa dernière ligne droite et que l’on attend le palmarès ce dimanche, nous n’avons pas résisté au sempiternel top 10 des meilleures Palmes d’Or. Ce classement est bien entendu subjectif et ne prétend pas à l’exhaustivité.

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1. Elephant de Gus Van Sant

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2. La Chambre du fils de Nanni Moretti

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3. Le Goût de la cerise d’Abbas Kiarostami

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4. Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul

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5. The Tree of Life de Terrence Malick

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6. Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy

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7. La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche

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8. Pulp Fiction de Quentin Tarantino

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9. Blow Up de Michelangelo Antonioni

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10. Sailor et Lula de David Lynch

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Le meilleur d’avril 2016

Le mois d’avril présentait deux très bons films et un film malade, mais aussi deux divertissements honnêtes. S’il est parfois difficile de trouver cinq films à défendre dans les sorties belges, cela pousse à se demander qu’est-ce qui fait qu’un film d’auteur atteint son but, ou qu’est-ce qui fait qu’un divertissement sort du lot.

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L’Avenir de Mia Hansen-Love

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Après deux visions, l’idée du film – plus que le film lui-même – persiste : celle de redonner sa liberté à une femme d’âge mûr, la confrontant ainsi à un avenir vierge. Isabelle Huppert et le style de Mia Hansen-Love font également la force de L’Avenir.

 

L’Étreinte du serpent de Ciro Guerra

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Ciro Guerra orchestre un périple entre deux époques, sur les traces d’une plante aux vertus hallucinogènes et de la colonisation. Le noir et blanc léché du film est à la fois sa force et sa faiblesse : L’Étreinte du serpent est visuellement très beau, mais cette beauté empêche parfois de voir la profondeur cachée de son propos.

 

Nos souvenirs de Gus Van Sant

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Gus Van Sant livre un film malade, naviguant entre deux genres, qui séduit malgré tout par ses qualités et ses défauts, par son indécision entre film d’errance et moralisme hollywoodien qui lui confère une certaine étrangeté.

 

Maggie’s Plan de Rebecca Miller

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Un ersatz du cinéma de Woody Allen et de la comédie new-yorkaise, qui parvient néanmoins à se démarquer de ses ainés en évitant le jugement moral et par son casting impeccable emmené par Greta Gerwig et Ethan Hawke.

 

The Huntsman : Winter’s War de Cédric Nicolas-Troyan

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Ce blockbuster calculé pour le succès – pompage en règle de Game of Thrones et de La Reine des neiges – atteint sa cible de divertissement pur par son entrain et sa naïveté rafraichissante.


Le meilleur de mars 2016

Il n’y a pas eu de grands films dans les sorties de mars. Les films ici mis en avant sont donc bons et méritent d’être défendus, mais ne marqueront probablement pas les esprits sur la durée, pour le restant de l’année. Top 5 en mode mineur, donc….

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10 Cloverfield Lane de Dan Trachtenberg

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Véritable hybride en matière de scénario, ce film de genre très malin surfe sur l’attente que peut engendrer sa filiation avec le Cloverfield de Matt Reeves. C’est bel et bien ce caractère imprévisible, au sein d’un huis-clos pourtant très cadré, qui fait sa singularité et son charme.

 

Le Garçon et la bête de Mamoru Hosoda

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Un beau film d’animation poétique et porteur d’un bon message universel, mais qui puise également ses influences dans un style de manga plus sériel et « standard ». Un vrai objet pop, donc, qui allie le trivial au « noble », avec des références au film de sabre comme à Moby Dick d’Herman Melville.

 

Quand on a 17 ans d’André Téchiné

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Beau film sur l’adolescence, à la fois classique et profondément humain, qui plonge son spectateur en plein dans les vies fictionnelles mais « vraies » de ses personnages attachants.

 

Le Grand jeu de Nicolas Pariser

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Entre film d’espionnage politique et film parisien sur un auteur à la dérive, ce premier film marche sur les traces du cinéma d’Arnaud Desplechin et convainc principalement par son mélange des genres et son duo d’acteurs (Poupaud et Dussolier).

 

The High Sun de Dalibor Matanic

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Construit en trois parties, The High Sun met en lumière la situation des Balkans et l’effet des guerres sur trois générations, par le prisme de trois histoires d’amour – jouées par les deux mêmes comédiens. Le film est porté par sa lumière et par son couple d’acteurs prodigieux.


Le meilleur de février 2016

Qu’est-ce qui reste du mois de février ? Quels étaient les films importants qui resteront lors du grand inventaire de fin d’année ? Petit top 5 de haute volée….

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Un jour avec, un jour sans de Hong Sangsoo

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Un Hong Sangsoo programmatique et théorique qui laisse néanmoins une grande liberté à ses personnages, jusqu’à leur permettre de corriger leurs erreurs. Le meilleur film de l’année, jusqu’à présent.

 

The Assassin de Hou Hsio-hsien

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La beauté fulgurante des images l’emporte sur l’opacité de la narration. C’est d’ailleurs en jetant des voiles surs ses cadrages comme il jette un voile sur son récit que Hou Hsiao-hsien atteint la plus parfaite adéquation entre le fond et la forme.

 

Ce sentiment de l’été de Mikhaël Hers

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La pudeur et les non-dits sont les maîtres-mots de ce film d’une infinie douceur, qui cache peut-être aussi bien son jeu et recèle encore bien d’autres trésors.

 

La Tour 2 contrôle infernale d’Eric Judor

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La singularité de l’humour d’Eric et Ramzy, surtout dans le paysage ravagé de la comédie française actuelle, a de quoi interloquer dans un premier temps, puis sidérer par son jusqu’au-boutisme, pour finir par emballer complètement.

 

Deadpool de Tim Miller

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Ce super-héros cynique et vulgaire dynamite le genre de l’intérieur. Le film est bizarre et hybride, au point que l’on se demande constamment quel est la part de lâcher-prise et la part de contrôle de Marvel sur un film qui critique ouvertement le système auquel il appartient.


« Charlie Chaplin » par Peter Ackroyd

Alors que la figure esthétique et symbolique de Charlie Chaplin semble ne jamais avoir été aussi forte, et que les publications à son sujet sont foison, l’écrivain et critique littéraire anglais Peter Ackroyd y va de sa biographie sur « Charlot », avec une triple ambition : littéraire, premièrement ; de restitution la plus vraisemblable des événement de sa vie – parfois en contradiction avec son autobiographie, qui serait un peu trop à son avantage – ; d’analyse succincte de chacun de ses films, pour finir, dans un esprit très pragmatique qui tendrait à mettre à chaque fois en évidence les défauts et les qualités des œuvres.

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Ackroyd retrace donc de manière tout ce qu’il y a de plus linéaire la vie de Chaplin, de sa naissance à sa mort, mais change parfois de style en cours de route en fonction des aspects biographiques qu’il aborde. Ainsi, on craint une trop grande factualité dans les premières pages, qui tentent d’éclairer le plus largement possible l’enfance et les origines de Chaplin. Mais cette manière de faire assied la méthode de l’auteur qui par la suite, s’appuiera sur nombre de témoignages parfois contradictoires pour tenter de s’approcher le plus d’une vérité objective.

On peut s’interroger sur la légitimité d’une telle démarche – faut-il faire toute la lumière sur la réalité d’un mythe ou laisser s’exprimer l’image semi-fictionnelle qu’il a bien voulu laisser de lui-même ? – mais elle n’est pas plus discutable qu’une autre et a le mérite d’exister. Là où le livre est un peu plus déstabilisant, c’est qu’en plus de vouloir être objectif sur la vie de Chaplin, il voudrait également l’être sur sa filmographie. Ackroyd énumère les films tournés et réalisés par l’acteur-réalisateur, en ajoutant presque systématiquement au contexte de production un appendice critique constitué d’avis de journalistes ou de personnalités de l’époque, augmenté de son appréciation personnelle.

On peut louer les qualités de chercheur et de biographe de Peter Ackroyd, mais ses qualités de critique cinématographique sont apparemment plus discutables. Sa méthode est en tout cas très ancrée dans une approche anglo-saxonne de la critique, rationaliste et factuelle, qui empêche parfois de voir la beauté là où elle se trouve, en se concentrant presque exclusivement sur des questions de vraisemblance ou de rendu technique. L’appréciation d’Ackroyd sur les films de Chaplin est donc à prendre avec des pincettes, notamment lorsqu’il émet des réserves sur Les Temps Modernes et Le Dictateur, mais peut-être encore plus lorsqu’il tire sur des ambulances, des films largement critiqués par « l’opinion publique », à savoir Monsieur Verdoux, Un roi à New York ou encore La Comtesse de Hong-Kong.

Le livre est néanmoins agréable à lire, même s’il ne faut pas avoir peur de voir l’image de Chaplin quelque peu écornée. Ackroyd le décrit parfois comme un tyran, imbu de lui-même et inflexible, mais s’appuie sur assez de sons de cloches concordants pour que l’on ne puisse pas – trop – mettre en doute sa sincérité. Ce Charlie Chaplin est une lecture instructive, un document qui sera utile dans la bibliographie toujours en construction consacrée au cinéaste, mais qui mérite peut-être d’être agrémentée d’autres ouvrages sur le sujet pour avoir une idée moins orientée de l’homme et de l’artiste.

Thibaut Grégoire

 

Charlie Chaplin

Auteur : Peter Ackroyd

Édition : Philippe Rey

Parution : 4 février 2016

 

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