Critique et analyse cinématographique

Courts métrages

Brussels Short Film Festival 2015 – « Espagnol niveau 1 » de Guy Dessent

Le film de fin d’études à l’INRACI de Guy Dessent était présenté dans la compétition Next Generation du Brussels Short Film Festival. Cette comédie rafraichissante trouve le ton juste, sans être révolutionnaire, notamment grâce au tempérament comique de son acteur-réalisateur.

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Victor, jeune belgo-uruguayen débarquant à Bruxelles, doit s’inscrire à un cours de langue pour pouvoir toucher les allocations familiales. Découvrant que le seul cours avec encore quelques places disponibles est « Espagnol : niveau 1 », il n’a d’autre choix que de feindre ne pas parler un mot de sa langue maternelle.

Il y a un petit côté Woody Allen dans le style de jeu de Guy Dessent, dont la spontanéité et le naturel sont indéniablement la plus grande qualité du film. Mais celui-ci arrive également à bien tirer parti des situations improbables et des quiproquos qu’engendre son « pitch » malin. À la fois pince-sans-rire et bon enfant, l’humour de Guy Dessent pourrait apporter quelque chose de neuf et d’intéressant dans la comédie belge, actuellement inexistante.

Thibaut Grégoire

 

Lien vers la bande-annonce : https://vimeo.com/107838948

 

Le BSFF se tient du 23 avril au 3 mai à Bruxelles

Plus d’infos sur le site du festival


Brussels Short Film Festival 2015 – « Taprobana » de Gabriel Abrantes

Dans le programme consacré aux courts métrages des European Film Awards, récompensés dans divers grand festivals de cinéma, on retrouve un film de Gabriel Abrantes, réalisateur trentenaire d’origine portugaise et américaine, et déjà auteur d’une bonne douzaine de courts métrages réalisés à travers le monde.

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Taprobana avait été présenté au Festival de Berlin en 2014 – où il avait remporté le Prix UIP du meilleur court européen – et est sorti en France dans une anthologie de trois courts métrages d’Abrantes, recueillis sous le titre de Pan pleure pas. Le film décrit les délires sous opium du poète Camões dans la jungle indienne, alors qu’il est poursuivi par les autorités portugaises. Abrantes tend à s’approcher de la beauté pure des poèmes de Camões, en en respectant la folie et en essayant de retranscrire celle-ci à l’image. Cela se traduit par des séquences entre onirisme, psychédélisme et… scatologie. On se trouve ici devant un véritable univers d’auteur, très affirmé et qui semble avoir trouvé dans le court métrage un terrain idéal d’expression. Dans un festival comme celui-ci, qui présente à la fois des films professionnels, des très courts et des films d’étudiants, Taprobana semble voler bien au-dessus de la mêlée.

Thibaut Grégoire

 

Le BSFF se tient du 23 avril au 3 mai à Bruxelles

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Brussels Short Film Festival 2015 – « Spada, bandit d’honneur » de Pauline Nicoli

C’est dans la compétition Next Generation que l’on a découvert le premier court (de plus de 4 minutes) vraiment intéressant de ce Brussels Short Film Festival. Et il s’agit encore une fois d’un film d’animation…. Peut être est-ce le format court qui s’accorde particulièrement bien au genre animé, ou bien est-ce la fiction en prises de vue réelles qui échoue à faire de vraies propositions inédites.

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Quoi qu’il en soit, le film de fin d’études de Pauline Nicoli (à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre) trouve un compromis parfait entre son sujet quasi-documentaire et son traitement visuel plus proche de la fiction. Partant d’une histoire racontée par son grand-père – sa vision de la fuite du bandit André Spada dans le maquis corse –, Nicoli illustre les propos de celui-ci par des dessins dans un style très proche d’une bande dessinée plutôt adulte. Spada, bandit d’honneur mêle habilement l’histoire vraie – avec des images d’archives de Spada en début de film – et le ressenti personnel du grand-père – enfant au moment des faits – sur ce récit hors-normes, lequel est très bien traduit dans le trait parfois naïf du dessin. Ce film d’étudiant est en tout cas très prometteur, et même bien meilleur que d’autres présentés dans des compétitions dites plus professionnelles.

Thibaut Grégoire

 

Lien vers la bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=lVSYrk4deco

 

Le BSFF se tient du 23 avril au 3 mai à Bruxelles

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Brussels Short Film Festival 2015 – Les Très courts

Le BSFF a consacré une séance au Festival Très Court, avec des films de moins de 3 minutes. Parmi de nombreux sketchs et autres spots publicitaires plus ou moins dispensables, on a retenu quelques films d’animations. (À noter que la plupart des très courts sont visibles en intégralité sur YouTube. Vous retrouverez donc les liens des films cités en bas de l’article.)

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Dans ce programme de films très courts, ce sont de nouveau l’animation et l’expérimental qui ont intéressé, même si le deuxième était moins présent ici. Plus que d’expérimental, il s’agit plutôt d’expérimentation des formes et des techniques d’animations. Parmi les films les plus réussis à cet égard, on retiendra le petit clip de Professor Kliq, qui utilise l’image de synthèse pour illustrer les vibrations et les fluctuations de la musique qu’il accompagne. Le stop motion était également essayé, de deux manières différentes, dans Little Plastic Figure et Une ballade à la mer. C’est dans le deuxième film qu’est le mieux exprimé le caractère minutieux et de longue haleine de cette technique, en montrant le décalage entre le temps spécifique au personnage de pâte à modeler et celui du monde autour. Enfin Fragments de Hugo Bravo recrée un effet de papier plié et collé, par l’intermédiaire du numérique, dans une court où le résultat prime donc sur la technique utilisée.

En plus de ces quatre courts d’animation faits dans une ambition de recherche ou de perfectionnement d’une technique, on peut aussi en pointer trois autres, moins singuliers et plus anecdotiques, mais qui fonctionnent en tant que gag et sont réellement drôles. (Voir ci-dessous)

 

Animation et experimentations :

Professor Kliq – Victor Haegelin – France

https://www.youtube.com/watch?v=z8_NoE4nwss

Little plastic figure – Somo Sama – Allemagne

https://www.youtube.com/watch?v=gvkjXG0jhqQ

Une ballade a la mer – Damien Stein – France

https://www.youtube.com/watch?v=Wsp9XA75I0c

Fragments – Hugo Bravo – France

https://www.youtube.com/watch?v=RIChIv-q6yk

 

Films d’animation anecdotiques mais drôles :

Pommes frites – Balder Westein – Pays bas

https://www.youtube.com/watch?v=aJbaeStoHPU

La main de Nefertiti – Guillermo Garcia Carsí – Espagne

https://www.youtube.com/watch?v=PnVCiho_SE0

Bayanne – Sebastien Buffi, Thomas Vuillier – France

https://www.youtube.com/watch?v=JkdvEPjJGgY

 

Le BSFF se tient du 23 avril au 3 mai à Bruxelles

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Brussels Short Film Festival 2015 – Allemagne

Dans le focus qu’a consacré le festival du court métrage à l’Allemagne, ce sont des films expérimentaux et d’animation qui on retenu notre attention, au milieu de choses plus conventionnelles et naturalistes.

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Deux films expérimentaient la transformation des formes, de deux manières différentes mais dans le même but: Another Season d’Anna Lytton en utilisant un simple trait de crayon et son tracé continu pour assimiler le corps humain aux plantes et aux arbres, dans une mutation constante du dessin et une hybridation en mouvement ; Artefakt d’Iris Schwarz en partant également du corps humain – un dos féminin – pour montrer la texture de l’image numérique et ce que ses déflagrations – pixellisation, persistance des couleurs, … – peuvent créer comme visions nouvelles à partir de surfaces connues. Ces deux films sont intéressant par leur volonté de créer de nouvelles images – que ce soit à partir de rien en ce qui concerne le film de Lytton, ou en utilisant des imperfections du numérique pour Schwartz – mais aussi par leur capacité à s’emparer du format court – voire très court, concernant Artefakt – pour y exprimer quelque chose qui s’y prête totalement, là où des films plus scénarisés échouent à en exploiter les spécificités.

Dans une moindre mesure, deux autres films d’animation ont tiré leur épingle du jeu dans ce programme, en tirant le mieux parti du cadre court. Recently in the Woods de Daniel Van Westen joue la carte du gag rapide et surréaliste, avec ses deux chevaux se moquant d’une licorne. Le film repose entièrement sur sa chute et sa naïveté rafraîchissante, le tout emballé en une seule minute. Tout est dit, la blague fonctionne, pas besoin de faire plus long. Sry Bsy de Verena Westphal et Moritz P.G. Katz est un peu moins court mais tout aussi concis, et met en scène un personnage esclave de son ordinateur, qui prend son café en intraveineuse et met directement ses aliments dans son ventre – littéralement –, entre autres. Sry Bsy emprunte un style que n’aurait pas renié Tim Burton, et surprend par sa noirceur. Ces deux petits films ne brillent pas par une esthétique éblouissante, et sont même visuellement assez laids mais sont, encore une fois, en totale adéquation avec l’idée même de court métrage et font des propositions à cette mesure, plutôt originales.

Thibaut Grégoire

 

Le BSFF se tient du 23 avril au 3 mai à Bruxelles

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BIFFF 2015 – Jour 4 (Belgian Film Day)

Le festival se faisait patriotique en ce vendredi, avec une compétition de courts métrages belges (plus quelques autres hors compète) et un long inédit (Être de Fara Sene). On s’est attardé sur la première session de courts et sur un film russe…. Le cinéma belge ne pouvait pas non plus couvrir toute la programmation de cette longue journée !

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Des courts métrages (en compétition)…

 

Il faut parfois se lancer à l’aventure et entreprendre de s’enquiller une bonne dizaine de courtes productions nationales, estampillées « film de genre ». Et il a donc fallu se farcir neuf pastiches sans intérêt pour trouver une perle : le beau film d’animation de Sacha Feiner.

 

Wien for Life d’Alidor Dolfing

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Dans la Flandre profonde, quelques pieds nickelés s’entretuent pour un ticket de Win for Life. Tentative hystérique et insupportable de faire du Guy Ritchie (ancienne période) à la flamande.

Note : 2/10

 

Le Zombie au vélo de Christophe Bourdon

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Christophe Bourdon a pris le temps de mettre en chantier, de faire financer et de réaliser ce qui n’était qu’une idée alcoolisée, un soir de BIFFF bien arrosé : une parodie du cinéma des frères Dardenne à la sauce « zombie ». Et bien évidemment, ce qu’il en résulte est aussi anecdotique qu’une brève de comptoir. C’est très laid, parfois amusant, mais profondément inutile.

Note : 4/10

 

La Valse mécanique de Julien Dyckmans

Petit film d’animation presque aussi court qu’un spot publicitaire, sous-tendu par l’idée saugrenue de faire un film de marionnettes en images de synthèse. Le faire avec de vraies marionnettes aurait aussi fonctionné… et trouver le début d’une idée originale également.

Note : 3,5/10

 

Alles voor de film de Lukas Buys

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Faux torture-porn filmé avec des moufles et mal joué, qui joue à fond la carte du malsain et du crasseux avant de se raviser dans un twist final abracadabrant, qui réduit le tout à une anecdote fumeuse.

Note : 3,5/10

 

Ed & Shoeldaer de Maxime Pasque

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Un affrontement bavard et incompréhensible entre des coiffeurs déjantés, le tout phagocyté par une voix-off plus qu’envahissante, et baignant dans une esthétique post-Amélie Poulain.

Note : 3/10

 

De Vijver de Jeroen Dumoulein

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Film de fantôme stylisé, qui servira probablement de carte de visite à son réalisateur pour tourner de petites séries B horrifiques, chez nous ou à l’étranger. Mais pour le moment, cela reste de l’imitation appliquée et assez peu inspirée.

Note : 4/10

 

I Wish My Life de Joachim Huveneers

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Science-fiction incompréhensible et contemplative, dont le but est probablement de créer des ambiances et des images, mais qui tombe malheureusement à plat.

Note : 3/10

 

Dernière porte au sud de Sacha Feiner

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Sacha Feiner livre un beau film d’animation, singulier malgré ses influences reconnaissables, et qui parvient à créer un univers dans l’espace d’un quart d’heure.

Lire la critique complète

Note : 7,5/10

 

Plutôt crever que mourir ici de Jean-Baptiste Delannoy

Un vieil homme qui regarde trop de films d’espionnages se met en tête de s’évader de sa maison de retraite avec l’aide de son ami imaginaire, une espèce sous-James Bond du nom de Roger. Ce n’est pas drôle, pas émouvant, et l’esthétique de l’ensemble fait incroyablement « cheap ».

Note : 3,5/10

 

Noct de Vincent Toujas

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Un homme affronte son démon intérieur pour s’accepter tel qu’il est. En gros, c’est l’intrigue du film, mais ça passe évidemment par un remake d’Alien – le monstre qui sort du ventre – et par une créature hideuse et menaçante. C’est en quelque sorte la rencontre entre un court de l’IAD et un film d’horreur basique.

Note : 3/10

 

… Et un long

 

III de Pavel Khvaleev

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D’un film russe qui tente une incursion dans le cinéma métaphysique, on attend forcément beaucoup au vu des antécédents. Mais ce deuxième film d’un jeune réalisateur va plus chercher du côté de Tarsem Singh (The Cell) ou de Jan Kounen (Blueberry) que de celui de Tarkovski. Il y a, c’est vrai, quelques belles images, mais les dialogues très premier degré et l’intrigue assez « nunuche » de ce trip chamanique et onirique le plombent irréversiblement.

Note : 4/10

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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BIFFF 2015 – « Dernière porte au sud » de Sacha Feiner

Une fois n’est pas coutume, c’est un court métrage belge qui nous a enthousiasmé aujourd’hui au BIFFF. Réalisé par un habitué du festival – il fallait entendre ses copains l’encourager dans la salle –, Dernière porte au sud était d’ailleurs le seul film digne d’intérêt dans la compétition des courts.

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Ce film d’animation emmène son spectateur dans l’univers très particulier d’un enfant et de sa tête siamoise Toto, enfermés dans une immense maison représentant pour eux le monde dans sa globalité. Sous-tendu par la voix-off omniprésente de l’enfant – belle prestation vocale d’Aaron Duquaine – Dernière porte au sud parvient lui aussi à créer un monde à part entière en un quart d’heure à peine et à développer une véritable progression dramatique et esthétique.

C’est aussi et surtout par son animation précise – véritable travail d’orfèvre dont on aperçoit toute l’ampleur lors d’un générique final en forme de making-of – que ce court métrage impressionne. Mais s’il convoque inévitablement des références visuelles fortes (Burton, Selick,…), le film de Sacha Feiner parvient toutefois à s’en détacher et à s’affirmer, notamment par l’usage d’un noir et blanc en parfaite adéquation avec l’ambiance sombre qu’induisent le scénario et la voix-off. Car il se dégage une certaine poésie désespérée de Dernière porte au sud, un décalage salutaire, comme si un drame shakespearien était raconté avec la candeur d’un enfant de six ans.

(N.B. : Le film a en toute logique remporté le Méliès d’Argent, récompensant le meilleur court métrage de la compétition)

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se déroule du 7 au 19 avril, au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

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