Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2017 – « Zagros » de Sahim Omar Kalifa

Réalisateur belgo-kurde jouissant d’une discrète renommée internationale grâce à quelques courts métrages ayant récolté des prix de par le monde – et ayant figuré dans la « short list » des courts oscarisables – Sahim Omar Kalifa s’intéresse, pour son premier long, au sort d’un berger kurde, suivant sa femme en Belgique après que celle-ci ait été accusée d’adultère par la petite communauté patriarcale de leur village, mais vite rattrapé par le doute et la jalousie lorsque la loi de l’honneur familial le suit jusqu’à son lieu d’exil.

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Dans la droite lignée de ce qu’a pu nous proposer « l’édifiant » Noces de Stefan Streker, il y a quelques mois, Zagros surfe sur cette vague de films « engagés » cherchant à dénoncer des pratiques rétrogrades mais s’appliquant surtout à stigmatiser une communauté et à faire rentrer dans l’inconscient collectif des idées nauséabondes sur les minorités immigrantes. Non pas que ces films le fassent délibérément. On peut raisonnablement penser que les intentions de Kalifa – tout comme celles de Streker, mais d’une autre manière, celui-ci étant totalement étranger à la communauté qu’il décrivait et n’ayant pas de légitimité, a priori, pour la montrer telle qu’il l’a fait – sont sincères et louables, qu’il tend à mettre en lumière des inégalités et un système pervers lié à une culture qu’il connaît probablement très bien de l’intérieur.

Mais l’aspect pervers de sa démarche est qu’elle revient à assigner à l’exemple fictionnel qu’il donne – le film n’est pas clairement inspiré d’un fait divers, contrairement à Noces – une valeur d’universalité et de vérité, tant l’esthétique du film et sa mise en scène sont dans l’imitation unilatérale du réel. Ce type de film peut avoir un effet dangereux car l’aspect naturaliste qu’il dégage lui confère une dimension « véridique » qui n’est pas toujours analysée et décortiquée comme il se doit.

Ce que le film va imprégner dans l’esprit d’une majorité de spectateurs, à travers l’exemple de cet homme rattrapé par sa culture et de vieilles traditions, c’est que l’intégration est impossible parce que les hommes seront toujours hantés par de vieux réflexes traditionnalistes, qu’ils ne pourront pas intégrer complètement une autre culture et un autre système de pensée, qu’ils en reviendront à une violence primale supposément liées à leurs origines. Autrement dit, en voulant dénoncer des injustices, ce type de film fait inconsciemment et malgré lui le lit du racisme ordinaire, et participe à la perpétuation de clichés sur les minorités et sur l’immigration. Il est parfois difficile de le déceler, mais il faut toujours être vigilant quant à ce que véhicule idéologiquement un film, en dehors de ses intentions de départ, qui ne sont pas toujours en adéquation avec les chemins qu’il emprunte et le résultat qu’il atteint.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 10 au 20 octobre 2017

Plus d’infos sur le site du festival

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5 Réponses

  1. Louis Dandroit

    « On sait que le monde est injuste mais c’est comme ça et on l’a accepté » signé cet abruti de Streker lors de la sortie de « Le monde nous appartient » (très bon titre, vraiment super intéressant)… On va pê aussi demander l’avis de Weinstein sur la cause palestinienne ou mieux encore féministe?

    octobre 16, 2017 à 11:04

  2. Louis Dandroit

    Tout ça pour vous dire que les intentions de Streker sont pê consciemment, je vous cite, « sincères et louables » mais qu’inconsciemment elles ne le sont pas comme le démontre d’ailleurs certaines de ses déclarations publiques (dans lesquelles il juge, en mauvais critique de cinéma qu’il fut, que ses films sont de très grande qualité – et c’est d’ailleurs la SEULE chose qui lui importe vraiment – tout le reste n’étant qu’infatigable blabla pour vendre sa camelote).

    octobre 18, 2017 à 13:25

    • Louis Dandroit

      Correction: comme le démontreNT.

      octobre 18, 2017 à 13:26

  3. Louis Dandroit

    2 minutes 50

    octobre 27, 2017 à 20:23

  4. Pingback: Sorties Cinéma – 15/11/2017 | CAMERA OBSCURA

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