Critique et analyse cinématographique

FIFF 2017 – Carnet de bord (3)

Le FIFF s’est donc clôturé le vendredi 6 octobre par un bien curieux palmarès. Retour sur les trois derniers jours de films, faits de belles découvertes et de déceptions programmées.

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Une part d’ombre de Samuel Tilman

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Une part d’ombre aurait pu se faire passer pour la saison 2 de La Trève que nous n’y aurions vu que du feu, tant les vieilles recettes et les gros sabots de la série belge à succès imprègnent ce thriller balourd aux allures de téléfilm RTBF. On retrouve d’ailleurs au casting quelques poulains de la maison Reyers comme l’insipide Yoann Blanc ou Saule en super pote. On ne sait pas trop ce qui est le plus atterrant dans ce film : la lourdeur absolue du scénario qui souligne en rouge chaque indice et chaque (fausse) piste ? Les clichés habituels où les moments de bonheur sont directement suivis de crises aiguës ? L’absence totale de mise en scène ? La surenchère de psychologie bas de gamme au profit de tout autre forme de rapport au monde ? La normalité comme seul point de repère acceptable ?

Note : 2/10

 

Tuktuq de Robin Aubert

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Cette pseudo quête identitaire pavée de bonnes intentions accouche d’un film rempli de contradictions. Un « homme ordinaire » est choisi par le gouvernement afin de tourner des images d’archives du Nunavik où une communauté locale va être déplacée. Les plans documentaires qu’il tourne sur place occupent une grande partie du film. Le geste est louable mais se montre très vite inconstant. De ces gens, nous ne sauront presque rien, si ce n’est qu’ils sont très forts pour abattre et dépecer des animaux (montrer ces scènes crues et interminables n’obéissent à aucune logique apparente). Très vite, et avec une incroyable naïveté, l’homme ordinaire se rend compte que l’action du vilain gouvernement n’est pas gentille du tout. Les plans documentaires sont effet entrecoupés de dialogues téléphoniques entre notre homme et un sous-ministre québécois. Si l’idée est bonne, le réalisateur n’en fait rien et le procédé vire rapidement au grotesque. Le sommet de comique involontaire est atteint lorsque l’homme ordinaire lit une lettre « émouvante » de sa femme et s’entretient avec elle par téléphone. Il découvre alors qu’il a quand même une opinion sur le monde (en passant : effroyablement stéréotypée). On croit rêver devant autant de maladresses et de naïveté, mais ce genre de films existe, et ça s’appelle Tuktuq.

Note : 2/10

 

Volubilis de Faouzi Bensaïdi

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Faouzi Bensaïdi signe un film fort sur la lutte des classes et l’infatigable volonté de ceux qui ne veulent jamais lâcher prise. Le film repose sur un équilibre magique sans réelle fausse note, où chaque nouvelle scène brille par son inventivité et sa tonalité. Il est toujours difficile de mettre des mots sur ce type d’alchimie inexplicable, si ce n’est par la convergence des intuitions et des talents de ceux qui le portent. On peut certainement rapprocher Volubilis de Murnau et de la nouvelle vague italienne.

Note : 8/10

 

Chien de Samuel Benchetrit

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Le film n’est pas drôle, et c’est la principale erreur de Benchetrit d’avoir cru qu’il eût pu l’être. Cela l’a mené à en rater les deux tiers. C’est seulement lorsqu’il assume pleinement sa noirceur que le film gagne une singularité qu’il n’aurait jamais eue en restant dans l’ironie et dans le décalage. La violence réelle et physique du film lui donne son ampleur et le fait, paradoxalement, décoller du réel fadement transformé qu’il arborait dès ses premières images. Les dernières minutes du film, faisant suite à ce déferlement de violence, font accéder le film et le personnage à un degré supplémentaire d’émotion et – peut-être – de poésie.

Lire la critique complète

Note : 5/10

 

En attendant les hirondelles de Karim Moussaoui

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En divisant son film en trois parties, évoquant chacune la responsabilité et la culpabilité de ses personnages issus de classes sociales différentes mais ratachés par un inconscient lié à l’histoire de l’Algérie, Karim Moussaoui dépasse le film-choral et atteint à un certain instantané d’une âme collective.

Note : 7/10

 

Drôle de père d’Amélie Van Elmbt

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Le deuxième film d’Amélie Van Elmbt se réclame toujours de Jacques Doillon dont elle fut l’assistante, mais le fond est définitivement passé du côté du téléfilm sentimentaliste. Nous avons donc droit à une comédie dramatique de paternité, dans laquelle un père absent tente de renouer avec sa petite fille, laquelle ne sait bien sûr pas qui il est et commence imperceptiblement à s’attacher à lui. Des grosses ficelles et des bons sentiments sont donc les armes de cette bluette insipide, produite par les frères Dardenne et Martin Scorsese (!!!???), et récompensée au FIFF d’un incompréhensible double prix (de la critique et Cinévox). Les voies du petit monde merveilleux du cinéma belge sont impénétrables !

Note : 2,5/10

 

Sparring de Samuel Jouy

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Le Rocky de Samuel Jouy et de Mathieu Kassovitz arbore la construction classique d’un film de boxe, avec la déchéance du champion, puis le retour sur le devant de la scène pour un dernier combat, sauf qu’il ne s’intéresse pas du tout à un champion mais bien à un « petit », un boxeur de dernière catégorie, vieillissant et affaibli, qui reste dans l’ombre des champions du début à la fin. Si le film se laisse voir par sa structure familière et l’interprétation correcte de Kassovitz, il tombe néanmoins dans des travers assez handicapants, notamment la banalité d’un film social à tendance misérabiliste, ainsi qu’une scène particulièrement ignoble, dans laquelle le « héros » du film se fait humilier devant son enfant, et que le réalisateur fait durer avec un plaisir sadique non-dissimulé.

Note : 4/10

 

La Part sauvage de Guérin van de Vorst

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Après Noces, voici le nouveau film belge sur un sujet de société : en occurrence, le départ de jeunes musulmans pour la Syrie. Guérin van de Vorst a beau se cacher derrière l’autre sujet du film – le retour d’un père de prison et le lien qu’il tente de renouer avec son fils –, il ne peut dissimuler l’opportunisme honteux et l’absence totale de point de vue avec lesquels il s’empare d’un thème d’actualité uniquement pour marquer les esprits. C’est clair qu’il ne les aurait pas marqués autrement, avec cette version longue d’un court d’école, où les personnages ne sont que des fonctions scénaristiques et la fin une « chute » aussi abrupte que ridicule.

Note : 2/10

 

Diane à les épaules de Fabien Gorgeat

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Mix entre comédie de maternité et comédie romantique, le premier film de Fabien Gorgeat capitalise un maximum sur son duo d’acteurs « vedettes », Clotilde Hesme et Fabrizio Rongione. Ils sont tous les deux bons – comme souvent – mais se démènent avec un matériel qui s’empêtre dans des clichés de la comédie bourgeoise et de « genres »  (il s’agit de l’histoire d’une mère porteuse partagée entre son couple d’amis gays et son nouveau compagnon), tout en se revendiquant originale. Les petits décalages – uniquement scénaristiques, et encore – de ce film esthétiquement et idéologiquement conforme à la norme ne suffisent jamais à le sortir d’une banalité et d’un ennui tenaces.

Note : 3/10

 

Le FIFF se tient du 29 septembre au 6 novembre à Namur

Plus d’infos sur le site du FIFF

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