Critique et analyse cinématographique

« Fast and Furious 8 » de F. Gary Gray : La huitième est la bonne

Pour le cinéphile qui la regarde de loin, d’un œil distrait et souvent condescendant, la franchise Fast and Furious apparaît comme quelque chose de très vague et ayant assez peu de rapport avec ce qu’il conçoit comme étant du cinéma. Pourtant, il serait idiot de la laisser hors de portée du regard analytique, tant elle semble définitivement ancrée dans la culture populaire, notamment en ayant intégré une dimension sérielle et en étant parvenue à importer dans son univers des acteurs venus d’horizons différents, au point de créer un casting d’ensemble assez impressionnant, mêlant « action stars » et acteurs dits « sérieux », qui semblent d’ailleurs y prendre plaisir et revenir de film en film.

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Dans ce huitième opus, à Vin Diesel, Dwayne Johnson, Jason Statham, Michelle Rodriguez et Kurt Russel, se sont greffés Charlize Theron, Scott Eastwood ou encore Helen Mirren – en mère de Statham, oui, vous avez bien lu. Theron y incarne d’ailleurs la méchante de service, celle qui convainc Dominic Toretto – le héros incarné par Diesel – de passer du côté obscur, grâce à un odieux chantage dont on ne découvrira la teneur qu’à mi-parcours. Toretto se retrouve donc à jouer dans le camp adverse de son équipe de copains accros aux beaux bolides et à la vitesse, en essayant de mettre la main sur tout un arsenal destiné – pour la vilaine Theron – à prendre ni plus ni moins que le contrôle du monde.

Depuis quelques films, la série des Fast and Furious semble déterminée à s’éloigner de l’étiquette « film de bagnoles/film de beaufs » qui lui était irrémédiablement accolée, et tente d’élargir son public en y insufflant une dimension de film d’action plus généraliste, en dehors des sempiternelles courses illégales ou autres règlements de comptes sur quatre roues. Dans ce film-ci, l’utilisation des véhicules dépasse le cadre habituel, jusqu’à être utilisé comme vecteur d’une scène sortant tout droit d’un film catastrophe – un ballet de voitures folles et téléguidées qui se transforme en pluie d’automobiles tombant comme des météorites sur des héros désemparés (sic) – ou encore dans un climax final sur la banquise, à base de sous-marins, de missiles et de chars d’assauts (re-sic).

Fast and Furious 8 tente donc d’aérer le film de voitures et de courses-poursuites en donnant une dimension démesurée à celles-ci, mais également en privilégiant une autre piste du film d’action : celle des bastons en corps-à-corps comme au bon vieux temps. Il faut dire que le casting de grosses bases viriles, aux physiques hors-normes et « surhumains » (Diesel, Johnson, Statham) renvoie maintenant plus à un fantasme de l’action à l’ancienne, comme a pu également le faire la trilogie Expendables – apparemment clôturée. La franchise Fast and Furious semble donc destinée à reprendre ce flambeau qui continue de fumer malgré son déclin progressif et son passage dans le domaine du Direct-to-DVD ou de la VOD – les films actuels de Steven Seagal, de Dolph Lundgren ou encore de Van Damme.

Mais ce qui apparaît comme nouveau dans ce Fast and Furious – ou en tout cas plus prononcé qu’auparavant –, c’est cet humour de plus en plus présent, à la fois dans une succession de punchlines de bon aloi et dans un second degré permanent quant à la prolifération de démonstrations de force ou de morceaux de bravoure qui assument leur part de grotesque. Si le second couteau Tyrese Gibson hérite d’une grande partie des bons mots et des scènes de comédie ostentatoires, ce qui frappe le plus dans ce domaine est le potentiel comique en expansion de deux acteurs de plus en plus à l’aise dans ce registre, à savoir Dwayne Johnson et Jason Statham. Le premier exulte littéralement quand il a la possibilité d’exposer son timing comique à présent maîtrisé – et il est toujours jouissif de voir un acteur naître à la comédie, surtout quand il semblait ne pas s’y prêter – tandis que le second promène son air patibulaire tout en imposant un côté pince-sans-rire tout britannique.

Avec son intention de touche-à-tout, cette manière de maximiser l’aspect de divertissement très grand public en mêlant action physique, délires pyrotechniques et comédie au premier degré, Fast and Furious 8 atteint un degré de réussite – à la mesure de son ambition – rarement atteint dans les épisodes précédents. Si l’on reste malgré tout dans le domaine du blockbuster décérébré, sans aucune velléité réflexive, il faut admettre de manière humble et honnête que l’on se trouve là face à un résultat à la hauteur de ce que l’on est en droit d’attendre de ce type de grand spectacle.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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