Critique et analyse cinématographique

BIFFF 2017 – « Safe Neighborhood » de Chris Peckover

Pour son deuxième long métrage, Chris Peckover s’aventure sur le terrain balisé du « home invasion », genre largement investi récemment, notamment dans le domaine du Direct-to-DVD, et dont les récentes mues – dont Don’t Breathe apparaît comme l’aboutissement suprême – semblent l’avoir figé dans de nouvelles normes tout aussi handicapantes que les précédentes.

Safe-Neighborhood-1

Mais Safe Neighborhood joue en réalité avec ces attentes-là, avec l’état blasé des spectateurs face à ce sous-genre, pour justement jouer un tour pendable à son public. Car il s’agit, en réalité, de tout sauf d’un « home invasion ». Du « pitch » initial – un jeune garçon et sa tout aussi jeune baby-sitter aux prises avec un intrus cherchant à pénétrer leur maison, un soir d’absence parentale – le film ne fait qu’une bouchée pour le digérer complètement et partir dans une toute autre direction, sitôt qu’un retournement de situation franchement imprévisible vient rebattre les cartes tant sur le plan du scénario que du genre, et même de la mise en scène.

Il est difficile d’en dire plus sans en dévoiler trop sur un film qui se savoure aussi comme un plaisir du moment, qui prend cet effet de surprise comme un véritable élément de force pour la structure de son ensemble et non comme un twist destiné à en mettre plein la vue sans en faire quelque chose de concluant par la suite. Safe Neighborhood s’articule précisément autour de ce twist et ne commence vraiment qu’à partir de celui-ci, la première demi-heure étant à appréhender comme une sorte de diversion.

Ce n’est pas pour autant que le préambule du film est dénué d’intérêts. Il témoigne déjà d’une certaine maîtrise des espaces dans sa manière de suivre ses deux personnages pris au piège dans un cocon familial de carte postale, la maison de banlieue américaine par excellence. Mais surtout, il installe les bases des thèmes d’un « teen movie » tordu, qui continue de se développer dans le cœur du film avec en bonus un humour tantôt noir, tantôt franchement potache.

La dernière partie du film se permet même des références littérales à Maman, j’ai raté l’avion et continue ainsi de mélanger les genres, les influences et les tons. Sans être gore ni exagérément violent, Safe Neighborhood glisse de plus en plus dans une certaine folie horrifique, tout en gardant un aspect « propre » qui crée une véritable dissension avec son fond. Car plus le film s’achemine vers son dénouement, plus il tend vers une certaine amoralité assez réjouissante. Malheureusement, la toute fin semble rétablir l’ordre moral, avant de se raviser in extremis, mais de manière un peu trop évasive, dans un « cliffhanger » très bref. Quoi qu’il en soit, même avec cette petite réserve, le film aura revisité des genres avec une réelle soif d’originalité et aura proposé un divertissement intelligent, à la fois très construit et protéiforme.

Thibaut Grégoire

 

Le BIFFF se tient du 4 au 16 avril au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles

Plus d’infos sur le site du BIFFF

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