Critique et analyse cinématographique

« Les Fleurs bleues » d’Andrzej Wajda : L’art résistant

À la fin des années 40, le célèbre peintre avant-gardiste Władysław Strzemiński, professeur à l’École Nationale des Beaux-Arts de Łódź, entre dans un conflit idéologique avec les autorités communistes, refusant de se conformer aux normes esthétiques du « réalisme socialiste » que le parti entend bien imposer aux artistes. Soutenu par la grande majorité de ses élèves, Strzemiński subit malgré tout l’acharnement du gouvernement et des organes en place : renvoyé de l’école, rayé du syndicat des artistes et interdit de pratiquer légalement son art, il tente de survivre dans une misère de plus en plus grande.

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Décédé en octobre 2016, le cinéaste polonais Andrzej Wajda a, tout le long de sa carrière, laissé transparaître son engagement politique – il fut proche de Lech Wałęsa et participa aux actions de Solidarność – et réalisé des œuvres qui mettent l’historique et l’idéologique en leur centre. Proposant donc un cinéma engagé mais à l’esthétique de plus en plus classique, il se situait dans une mouvance qui conçoit le cinéma comme un vecteur de parole politique, et de conscientisation populaire.

Tout comme certains des films récents de Wajda – Katyn, sur les exactions de l’armée russe en Pologne au début de la seconde guerre, ou encore un biopic consacré à Wałęsa –, Les Fleurs bleues tend à mettre en lumière un épisode de l’histoire polonaise, dans un geste de conservation de la mémoire, qui caractérise toute la démarche du cinéaste.

Dans une mise en scène simple, voire aride, le film propose un portrait à la fois proche d’une certaine forme de dolorisme, à la façon d’une vie de saint, mais qui permet également à cette figure historique, artistique et politique qu’est Strzemiński de reprendre corps et présence à travers la fiction. Si l’on peut ne pas adhérer totalement à son austérité et son classicisme, ce film posthume – ainsi que la démarche globale de Wajda – soulève tout de même plus d’intérêt que le populisme unilatéral et victimaire d’un Ken Loach, par exemple.

Thibaut Grégoire

 

Retrouvez cette critique sur Le Suricate Magazine

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