Critique et analyse cinématographique

FILM FEST GENT 2016 – « Sully » de Clint Eastwood

Avec American Sniper, Clint Eastwood semble avoir opéré un dernier virage dans sa carrière et s’être désormais spécialisé dans les portraits édifiants d’american heroes contemporains. Sully est totalement dans cette vague-là, et s’intéresse cette fois-ci à Chesley Sullenberger, ce pilote qui a réussi, début 2009, un amerrissage forcé sur l’Hudson River.

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On sait depuis longtemps que Clint Eastwood est positionné très à droite politiquement, mais jamais il ne l’avait autant laissé transparaître dans son cinéma que dans son précédent film. On pouvait donc redouter que ce Sully soit du même acabit – même si le sujet est moins délicat – puisqu’il fait également l’hagiographie d’une figure patriotique ordinaire censée redonner foi en l’Amérique à ses concitoyens. On ne peut bien entendu pas échapper à une certaine dimension triomphaliste et à quelques plans discrets sur la bannière étoilée, mais le film est tout de même nettement plus intéressant et moins ambigu qu’American Sniper.

Tom Hanks y est une fois de plus l’homme de la rue propulsé héros national par une action extraordinaire, rôle qu’il semble devoir endosser indéfiniment. Mais l’emblème très politiquement correcte que représente aujourd’hui l’acteur est ici au centre des tergiversations des avocats de la compagnie aérienne et – un peu – de l’opinion publique quant au fait de savoir si, oui ou non, il a pris la bonne décision en décidant d’amerrir au lieu de retourner à l’aéroport de décollage.

Là où Sully surprend réellement, c’est dans sa manière de traiter les flashbacks et la répétition de mêmes scènes, autour de la scène fondatrice du crash. Le film commençant au lendemain de celui-ci, l’accident n’est montré en tant que tel qu’à mi-parcours, dans la longueur. Puis, une seconde fois à la fin du film, lors de l’audition du pilote et de son co-pilote. Cette manière de contourner la scène fondatrice pour ensuite la disséquer et l’analyser jusque dans ses moindres recoins donne à la fois au film une certaine ampleur dramaturgique et un angle plus intimiste, analysant les petites réactions humaines, les détails déterminants.

Cette dissection du climax du film va jusqu’à la recréation artificielle de celui-ci, par les simulations de vol répétées à de nombreuses reprises durant l’audition des pilotes. Par l’utilisation de ces images factices qui apportent une autre perspective sur ce qui a déjà été montré de manière plus spectaculaire, Eastwood théorise une certaine distanciation critique et réflexive par rapport à son sujet et appelle ainsi à la réflexion du cinéaste sur son œuvre ou à celle du spectateur sur un film.

Thibaut Grégoire

 

Le Festival de Gand se déroule du 11 au 21 octobre 2016

Plus d’infos sur le site du festival

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